31/05/2014

Proposition pour une introduction et une conclusion pour la LA comparée

Séquence IX : Célébrer en poésie : la figure de la femme (GT)

 

Objet d’étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours

 

Problématique : que célèbre la poésie quand elle se fait chant d’amour ?

 

Proposition d'introduction et de conclusion pour la LA comparée :« La Courbe de tes yeux », Paul Eluard, Capitale de la douleur (1926) et « Les yeux d'Elsa » Aragon 1942 

 

 

« Transformer le monde » a dit Marx, « changer la vie » a dit Rimbaud. Ces deux mots d’ordre pour nous ne sont qu’un » a déclaré A. Breton, chef de file du groupe surréaliste. Cette ambition se traduisit dans tous les arts durant l’entre deux guerres, peinture, photographie, littérature et principalement dans l’écriture poétique. Eluard, Aragon, Breton, Dali, M. Ernst, cherchèrent à traduire, par la recherche d’images nouvelles, surprenantes et belles comme « la rencontre d’une machine à coudre et d’un parapluie sur une table de dissection », leur quête d’une vérité surréelle, plus vraie que le réel, en dehors de la raison, de la logique, de la morale. Ils explorèrent le monde de l’inconscient à la recherche d’une beauté « bouleversante ». La figure de la femme aimée, l’amoureuse et la muse, fut pour ces artistes une source d’inspiration, comme un lieu de passage vers le rêve et l’expression de cette surréalité. Les deux textes, « Les yeux d’Elsa » et « La courbe de tes yeux » ont été écrits par deux auteurs qui se connaissaient, ayant tous deux appartenu dès le départ, au groupe formé par Breton. Le texte d’Eluard est cependant ici le plus lié à ce mouvement : Capitale de la douleur est en effet paru en 1926, alors que » Les yeux d’Elsa », premier poème du recueil du même nom a été publié en 1941. Le contexte est donc différent : le poème d’Aragon relevant également de ce que l’on a appelé « le grand chant national », marqué par le retour à des formes poétiques inspirées du Moyen Age dans le cadre de la poésie résistante. Tous deux célèbrent la femme aimée, Gala pour P. Eluard et Elsa pour Aragon. Quelles visions de la figure féminine ces deux poèmes livrent-ils au lecteur ? Nous verrons tout d’abord qu’ils s’agit de deux blasons célébrant la même partie du corps, le regard, les yeux, puis que la symbolique mise en place par l’écriture divinise la femme-muse.

 

Ainsi, les deux poèmes peuvent différer par leur forme mais tous deux donnent de la femme une vision caractéristique de la muse surréaliste, idéalisée et quasi divine, la femme est celle qui ouvre au poète les portes de l’écriture et donne accès à cette réalité supérieure qu’il cherche à faire voir. Cependant, entre les deux textes, l’ancrage historique a changé et l’irruption des « naufrageurs » dans la réalité française donne au texte d’Aragon une dimension engagée, alors que « La courbe de tes yeux » reste une célébration de l’amour fou, au lyrisme plus intimiste. Les femmes ont dans ces poésies la place privilégiée que leur accorde l’ensemble du groupe surréaliste que ce soit André Breton dans Nadja, ou Max Ernst dans sa peinture de la femme monde « Le jardin de la France », ou encore Man Ray qui par son « Violon d’Ingres » montre l’union entre l’amour, la perfection du corps, et la rencontre insolite de deux objets, la femme est une harmonie, une musicalité. Vecteur du rêve et de l’inconscient, c’est une dynamique, elle permet l’éloge de la beauté du monde.

Question de synthèse/ dissertation : poésie et lyrisme

Séquence XI : et pourquoi pas dire la beauté du monde ?

 

Objet d’étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours

 

Problématique : les fonctions de la poésie comme célébration de l'amour et vision du monde ?

 

Dissertation / question de synthèse : la poésie se limite-elle au lyrisme ?

 

I Célébration de la beauté, de la nature, de la création, beauté des sentiments, des sources d’inspiration.

1) Chant à l’origine de la poésie, envoûtement du monde par la beauté et l'amour

  • Orphée = image du poète qui a accès à un autre monde, cf Apollinaire + Eluard. Importance de la musique, de la forme : MA : poésie = chansons, reprises, répétitions refrains, création d’une harmonie qui fonctionne par elle-même, en dehors d’un récit ou de personnages. Lyre = l’instrument d’Orphée + Orphée, qui donnait la vie par son chant aux objets inanimés : pouvoir merveilleux, extraordinaire. Cf imptce de l’onirisme pour les surréalistes : le rêve comme la porte ouverte vers l’inconscient et la femme muse qui donne accès à ce monde pur et originel, intouché « la courbe de tes yeux »

  • Pétrarquisme : l'amour pur, mais l'amour qui fait souffrir le poète (cf cours) + LA « Nuit rhénane » Apollinaire. Ou tonalité légère et érotique de Marot « Blason du beau tétin »

 

2) Beauté de la femme, de la nature, à la modernité quotidienne.

  • La Nature comme sujet d’inspiration cf les romantiques : vision lyrique, l’âme se reflète dans les éléments naturels dc souvent paysages excessifs, tempêtes, ou sources de regrets, de mélancolie, cf « Les yeux d'Elsa » Aragon et LA comparée avec « La courbe de tes yeux » Eluard

+ thème de la fuite du temps // permanence de la nature // mortalité inévitable cf Apollinaire et « Une charogne »

 

  • Beauté de la modernité ( Notion de « modernité poétique » à partir de Baudelaire) : célébration de la ville, de la vitesse, de la technicité cf Apollinaire « Zone »

  • OU Beauté de l’art pour l’art, le Parnasse (Parnasse, montagne où séjournaient Apollon et les sept muses), recherche de la beauté formelle, la poésie n’a pas d’autre but qu’elle-même, supériorité de l’art sur le réel et donc du poète sur les autres hommes : Mallarmé « Au-dessus du bétail ahuri des humains », poète doit se tenir à l’écart (« tour d’ivoire ») : l’engagement, le réalisme = « une perversion », apologie du travail de la forme ( contre l’engagement et l’inspiration divine romantique)  cf Les Trophées J.M. De Hérédia.

 

3) Beauté des sentiments : célébration de la femme aimée, beauté des sentiments amoureux ou exaltation des sentiments du poète qui crée un autre monde.

  • Célébration de la femme aimée depuis le pétrarquisme « Ode à Cassandre » Ronsard+ femme muse des romantiques + femmes muses des surréalistes : exaltation des sentiments amoureux dans leur plénitude « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur » P. Eluard ou dans la souffrance de la perte « La chanson du mal aimé » Apollinaire : c’est la souffrance même qui devient sujet d’inspiration, et figure du poète amoureux qui domine celle de la femme aimée.

  • Fonction sacrée du poète qui transcende le réel par la puissance de sa vision cf « Une charogne » ; fait naître la beauté de la laideur du réel, fait naître l’éternité de l’idéal alors que la beauté de la femme aimée disparaîtra, seuls les vers du poète la célébrant seront éternels cf Ronsard et « le carpe diem »

 

La poésie est multiforme comme les autres formes artistiques, dire, chanter, célébrer la beauté et l'amour, peut être une des sources d’inspiration, des buts visés, mais les poètes se tournent vers d’autres expressions plus intimes, ou contraire plus publiques.

 

II la poésie peut se charger d’une mission dénonciatrice, s’engager dans le monde ou dans le profondément humain pour non, célébrer le monde mais le changer, le transformer, le rêver.

1) Poésie engagée dans le monde immédiat, reflet de la société où elle prend sens, peut devenir symbole d’une lutte et d’aspirations sociales ou politiques.

  • La poésie peut chercher à monter les défauts d’une société, porter un regard critique, engager à la réflexion, chercher à donner une leçon, à tirer une morale de faits contemporains cf les fables de La Fontaine : portée critique et didactique : « Le loup et le chien » : les compromissions du courtisan (le chien), les sacrifices que demande l’exercice de la liberté (le loup) peut être lue comme une analyse de la cour du roi Louis XIV + « Le chêne et le roseau » de Anouilh : une vision des comportements humains pendant l’occupation française durant la 2nde GM. + « Le mal » de Rimbaud dénonciation de la guerre comme mal absolu, désignation des coupables.

  • L’engagement du poète peut passer par la description d’inégalités sociales de son siècle et par ses prises de positions directes et l’expression de son indignation : « Mélancholia » d’abord une évocation affligeante des conséquences sur des enfants de conditions de travail inhumaines puis V. Hugo se fait tribun pour provoquer l’adhésion du lecteur indigné. + « Liberté » P. Eluard, la poésie de la résistance, un appel à l’action immédiate et engagé ( poème distribué comme des tracts politiques) + «  Les yeux d'Elsa » Aragon cf LA comparée.

 

2) Poésie support de l’indignation, mais aussi du « mal-être au monde »

  • La douleur intime, le mal d’amour, la peur devant la mort et devant la fuite inexorable du temps = des thèmes poétiques depuis l’Antiquité grecque, expression de la plainte, du tourment ( thèmes élégiaques) parcourt la poésie de la Pléiade (« le carpe diem » peut être lu comme une solution à la peur de la mort), s’exprime amplement chez les Romantiques, se retrouve dans la figure du mal aimé d’Apollinaire.

  • Peut devenir l’expression de l’inquiétude même d’être au monde : esthétique baroque, le monde inversé et onirique, inquiétant et morbide : Michaux « un certain Plume » : création d’un double poétique eu proie à la violence du monde qui l’entoure, son impuissance à le comprendre, à avoir prise sur le déroulements des événements, le monde comme poids, obstacle au bonheur personnel.

 

3) La poésie peut vouloir changer le monde, et non seulement le dire ou le traduire, créer un autre imaginaire, plus puissant et violent qu’une écriture réaliste, par la puissance du langage.

  • Le langage poétique comme affirmation d’une langue autre, plus libre cf calligrammes, absence de ponctuation chez Apollinaire, lien avec la peinture cubiste, donner à voir autrement, + « Plume » de Michaux

  • Esthétique de la surprise, la beauté des mots comme jeu créatif cf le surréalisme : « Le cadavre exquis boira le vin nouveau », « la terre est bleue comme une orange » (P. Eluard),"Beau comme la rencontre fortuite d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection" (Lautréamont) + la « beauté compulsive » de Breton. Beauté peut aussi ne pas être le but de la recherche poétique cf l'esthétique de la laideur dans « Une charogne » et plus tard, l'interrogation sur la référence, vers l'art moderne, en général : « ceci n’est pas une pipe » Magritte

 

Eléments de réponse à la question sur corpus

Séquence IX : Célébrer en poésie : la figure de la femme (GT)

 

Objet d’étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours

 

Problématique : que célèbre la poésie quand elle se fait chant d’amour ?

 

 

Elts de réponse à la question sur la cohérence du corpus

 

Elts de cohérence :

  • Le thème lyrique : la célébration de l'amour par la femme aimée, la nature, célébration de la poésie qui transfigure l'amour

  • Célébration de l'amour qui passe par un autre univers : la nature, le corps, les yeux ...

  • Domination des figures analogiques : métaphores, comparaisons généralisées ...

  • Aimer est aussi une douleur : amour fusionnel, passionnel des surréalistes, aimer est aussi une conscience de l'éphémère de la beauté ( une sorte de mémento mori pour "Une charogne")

Elts de dissemblance :

  • La forme prosodique : des formes régulières, vers une poésie en vers libres

  • La dimension de l'engagement chez Aragon et une forme de manifeste poétique pour Baudelaire : la dimension amoureuse comme insuffisante, voire une forme d'amusement chez Marot.

 

Marot "Blason du beau tétin"

 

Blason = genre qui aurait été inventé par Marot, sorte de jeu littéraire fondé sur l'anaphore. Célébration d'une partie du corps, féminin le plus souvent ( partie qui devient alors une synecdoque). Apparaît au milieu du Xvème siècle, avec son contraire, le contre blason. A la mode pendant une 15aine d'années (mode de cour). Peut être de registre courtois, voire pétrarquisme ou très grivois.

Si Pétrarquisme : perfection de la femme aimée, figure inaccessible et élevée, dc célébration des parties hautes du corps = visage, front, oeil, sourcil même.

Ici, choix d'une partie sensuelle du corps féminin, est évoqué le désir qu'il provoque, désir physique de toucher, goûter, consommer .... Sein = objet du désir féminin et de son fantasme érotique ?

Marot = poète de cour, mais aussi proche des idées de la Réforme ( cf biographie facilement trouvable). Héritier des "Rhétoriqueurs" du Moyen Age mais connaisseur aussi de la poésie italienne dt il s'inspire ( élégie, épigramme, un des premiers à utiliser le sonnet. Oeuvre très diverse, marquée par une tonalité satirique, un aspect ludique de l'usage des mots et des formes.

Première partie du texte = une description de l'objet marquée par la tentation et les sensations : couleur et forme mêlées : " plus blanc qu'un œuf", "petite boule d'ivoire" = fermeté, objet précieux et rondeur, fermeté, dureté + formes de de la louange = comparaisons, et superlatifs "plus beau que nulle chose". Toucher et douceur " satin" et insistance sur la couleur "blanc" : adj répété. Autre couleur et rapprochement érotique car évocation du mamelon, assimilé à une fleur "la rose" ( pétrarquisme), plus goût, gourmandise, consommation : "une fraise, une cerise". Raffinement et fraîcheur.

Louange de la jeunesse = fermeté "qui jamais ne se bouge et éloignement du poète qui rompt la fascination "je gage" : verbe qui renvie à la réflexion, poète qui a "repris ses esprits". S'adresse à l'objet de son désir familiarité du tu "Quand on te voit" mais s'éloigne de la tentation. Tétin qui prend la parole : "Mariez-moi tôt" et manifeste sa volonté et son impatience : "Tétin qui t'enfle et repousse", suggère aussi le désir féminin. Mais fin sur l'évocation de l'évolution de la femme dt le tétin = synecdoque "Tétin de femme entière et belle" quand va devenir mère = la maternité comme accomplissement de la féminité, de "pucelle" à "femme entière et belle".

Un poème érotique plutôt sage, puisque le désir masculin est contenu " Il faut bien se contenir" : forme impersonnelle = respect des convenances morales. Poème qui suit finalement, même si "coquin" et ludique le chemin de l'amoureux pétrarquiste : le coup de foudre de la rencontre, la naissance du désir, puis la sublimation du désir "vulgaire" en une passion pure et idéale ....

Un poème du plaisir des mots, du jeu, légèreté du propos. S'oppose à un lyrisme élégiaque de la douleur d'aimer ...

 

Baudelaire « Une charogne »

 

Les fleurs du mal 1857 : titre qui condense une double esthétique : opposition et fusion beauté/laideur // "spleen et idéal" (nom d’une section du recueil) // amour platonique/désir charnel.

Censure de certains poèmes pour outrage à la morale publique et morale religieuse en 1857 (même année que le procès d'Emma Bovary) et réédition en 1861.

Première partie = récit d’1 anecdote passée : la vision d’un cadavre animal en décomposition sur un chemin par le couple en promenade.

« Mon âme » : s’adresse à la femme aimée, dimension spirituelle de cette adresse. Aspect mélioratif et agréable du cadre de la nature : «  Ce beau matin d’été si doux », « Le soleil rayonnait ». Opposition forte avec la description de la charogne, répugnante et macabre «  Brûlante et suant les poisons », « Son ventre est plein d’exhalaisons », « La puanteur était si forte » = hyperboles // avec la femme est mis en place = une vision morbide et dégradante : « Les jambes en l’air, comme une femme lubrique », « Ouvrait (…) son ventre ».Oxymore « carcasse superbe » met en place l’équivalence horreur //beauté, prolongée par la comparaison : « Comme une fleur ».

Deuxième partie : description du cadavre avec détails particulièrement axés sur la décomposition « mouches, larves » et des mouvements de ce processus de mort naît le mouvement de la vie : « D’où sortaient de noirs bataillons / De larves », « On eut dit que le corps (…)/ vivait en se multipliant ». Vision qui donne lieu à un renversement : « Ce monde rendait une étrange musique », « Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve ». Comparaison avec un monde peint : « Une ébauche lente à venir », « Sur la toile oubliée ». Apparition de la figure de l’artiste comme celui qui transcende la réalité par son action sur elle : « l’artiste achève »

Troisième partie : ironie amoureuse domine et affirmation d’1 esthétique.

Utilisation du lexique amoureux : reprend les clichés romantiques et ironie par l’exagération et l’assimilation femme aimée = charogne future « Etoile de mes yeux, O la reine des grâces, mon âme, ma passion » = «  Quand vous irez (…) Moisir parmi les ossements », « Vous serez pareil à cette ordure ». Beauté de la femme et réalité constatée, destinée à être un cadavre en décomposition. Morale du dernier quatrain = une leçon morale et esthétique = seule la création artistique sauve la beauté = opposition beauté et sentiments éphémères, seule reste la beauté de l’oeuvre et la puissance de l’artiste : « Que j’ai gardé la forme et l’essence divine / De mes amours recomposées »

Poème à relier à la notion du "memento mori" + esthétisme "moderne" = la beauté est dans les mots.

 

 

30/05/2014

Eléments pour exploiter les trois photos d'"Éléphant man"

Eléphant man ou "le monstre qui avait peur"

 

Film de David Lynch est inspiré de la biographie de John Merrick ("l'homme éléphant et autres souvenirs" 1923). L'histoire racontée est donc est majeure partie véridique.

 

Première photographie : se réfère à la première scène du film, scène de fantasme, scène onirique, filmée d'ailleurs comme telle ( montage heurté et surimpressions). Elle montre la mère de John, enceinte, renversée par un éléphant agressif. Le viol est suggéré. Cette scène est reprise sur le rideau de scène, derrière Bytes ( celui qui se dit être le propriétaire de John Merrick et l'exhibe dans une foire de Londres). Dans un médaillon, on voit une jeune femme = mère, des l'autre côté = un autre médaillon, une tête d'éléphant ( sous entendu = le père). Entre les deux un "homme éléphant" dont le corps est normal. La tête de l'éléphant semble le manger, le dévorer, l'engloutir. Tête d'un animal en colère, agressif ( à l'inverse de ce qu'est John). Ce rideau de scène, pour le spectateur du film montre la version du fantasme présentée aux spectateurs de la foire. Cette interprétation délirante permet de retirer son statut d'humain à John Merrick, il serait né d'un acte ignoble, il est hors humanité, c'est un être en dehors de la normalité. C'est un être de légende, de fiction ( cf le minotaure), on ne peut donc en avoir pitié, la légende racontée par le rideau de scène, protège le spectateur-voyeur de toute mauvaise conscience. Il doit faire naître la peur, l'horreur, le dégoût.

 

La seconde photographie montre une autre exhibition de John Merrick, à l'académie de médecine. Trèves (un médecin qui a arraché Merrick à son propriétaire), dévoile le monstre à ses confrères. Le spectateur du film, lui, n'a toujours pas vu le personnage principal. En le dévoilant petit à petit, le réalisateur permet au spectateur de faire petit à petit connaissance avec lui et sa monstruosité. Ses touches permettent que le spectateur ne soit pas effrayé lorsque le monstre lui sera dévoilé, il ne sera pas choqué et sera touché par la sympathie, au contraire. Ici, on aperçoit la silhouette déformée et la tête énorme, mais un rideau nous voile la réalité des détails.

 

Les visages des scientifiques montrent leur intérêt et le geste de Treves est celui d'un "montreur de foire". On comprends alors que un des sujet principal du film est le voyeurisme. Nous voyons des voyeurs ... Nous sommes nous même des voyeurs de voyeurs ( notion de mise en abyme). + Treves, même si il agit pour de "bonnes" raisons est un personnage ambigu, il agit par générosité, mais cette générosité est aussi un curiosité scientifique personnelle. Merrick, n'est un encore, à ce moment là du film, un sujet pour lui, mais un objet (il pense d'ailleurs qu'il est "un demeuré congénital et qu'il n'a pas conscience de sa difformité)

Le mythe de la normalité est aussi au centre du film, comme le thème du regard sur l'autre; même monstrueux, Merrick est notre semblable. L'attrait pour la laideur révèle les sentiments ambigus des êtres "normaux" ; la répulsion et l'attirance.

La leçon du film est malgré tout la tolérance au delà des apparences.

 

L'affiche du film : montre une silhouette cagoulée et emmitouflée. C'est "le monstre qui a peur". Se protège du regard des autres qui le jugent, l'humilient. Les "normaux" sont alors interrogés par le slogan de l'affiche ( qui est une réplique de Merrick dans le film = " Je ne suis pas un animal ... Je suis un être humain ... Je suis un homme" = résume le thème principal du film, qui amène à changer son regard sur l'autre, à être tolérant. + La revendication principale de Merrick, un cri de désespoir. Noir et blanc et brume = le mystère qui entoure cette figure pour qui n'a pas vu le film + aussi une évocation du Londres industriel de l'époque victorienne ( époque où vécut John Merrick).

 

 

 

Éléments pour exploiter les photographies de Diane Arbus

Séquence I : Le monstrueux

 

Objet d’étude : le personnage de roman, du XVIIème siècle à nos jours.

Problématique : que met en jeu la fiction en utilisant la figure du monstre ?

 

Activités complémentaires : photographies de Diane Arbus

 

 

Elts pour exploiter les trois photographies de Diane Arbus

 

Un travail qui rend étange le quotidien mais aussi l'inverse, montre que l'étrange est aussi proche de nous, voire est, comme nous. Le fait que Diane Arbus a svt travaillé sur les exclus de la socité américaine ( travestis, trisomiques ...) a dérangé les critiques parce que le regard de la photographe les rendait touchant, tout en les montrant ridicules malgré tout.

Les photographies d’Arbus s’imposent par le contraste entre le caractère déchirant du sujet et une impression d’attention calme, presque flegmatique. Cette qualité d’attention – attention du photographe, attention du modèle concentré sur la photo qui est prise de lui – crée la scène morale de ses portraits directs, contemplatifs. Loin d’épier ces phénomènes et ces parias, loin de les prendre sans qu’ils le sachent, la photographe a fait leur connaissance, les a rassurés, si bien qu’ils ont posé pour elle aussi calmement, aussi dignement que n’importe quel notable ( ...). Une grande part du mystère réside dans ce que ces photos suggèrent sur les sentiments que pouvaient éprouver les modèles après avoir consenti à se faire photographier. Se voient-ils vraiment ainsi ? Se demande le spectateur. Savent-ils à quel point ils sont grotesques ? Il semblerait que non.”

Citation de Sontag ( une critique d'art que le travail de Diane Arbus choquait)

De même, elle rend ridicule et inquiétant, angoissant ce que la plupart d'entre nous trouve normal ( la photo de la famille américaine qui bronze).

Diane Arbus a srt travaillé à New-York, principalement de 1950 à 1960. Elle réalise surtout des portraits, de couples, d'enfants, svt des classes moyennes mais aussi des excentriques ou des déclassés. Sa carrière fut brève ( + ou – 15 ans). Elle se suicide à 48 ans. Elle est considérée comme l'une des plus importantes photographe artiste contemporaine.

On la place dans la succession des photographes "documentaires" = qui montraient ce qui n'allait pas dans le monde. Ils voulaient persuader les spectateurs en montrant la réalité, qu'il fallait agir pour changer ce qui était injuste ou insupportable. Le but de Diane Arbus, en montrant le réel, est différent. Elle ne veut pas réformer la vie qu'elle photographie, mais connaître et comprendre. Idée = l'ordinaire peut être regardé, une personne banale ou étrange, peut, si elle est regardée avec attention et compassion devenir extraordinaire.

"L’aspect le plus frappant de l’œuvre d’Arbus est qu’elle semble s’être engagée dans une des entreprises photographiques les plus fortes qui soient – s’intéressant essentiellement aux victimes, aux malchanceux – mais sans viser à la compassion que l’on s’attend à trouver comme but dans ce genre d’entreprise. Son œuvre montre des gens pathétiques, pitoyables autant que repoussants,

mais elle ne suscite aucun sentiment de compassion. (Il est impossible) pour qui les regarde de prendre ses distances avec leur sujet. (...) Arbus a pris des photos pour montrer (...) qu’il y a un autre monde. L’autre monde on le trouvera, comme toujours, à l’intérieur du nôtre. »

 

"L’Amérique à travers le miroir obscur des photographies », in Sur la photographie, Paris, Christian Bourgois, 2008

 

Vous pouvez donc aussi exploiter ces photos dans la séquence "l'inquiétante étrangeté du monde": faire voir le quotidien et le banal autrement, le magnifier et lui donner une dignité (même éphémère, cf "Le cageot")

29/05/2014

Descriptif EAF première STMG1

 

EPREUVE ANTICIPEE DE FRANÇAIS

 

SESSION 2014

 

 

 

 

Descriptif des lectures et activités de la classe de Première STMG1

Lycée Bréquigny - RENNES

 



CANDIDAT

NOM : ………………………………………………………………………………………..

Prénom : ……………………………………………………………………………………

















 

 

Signature du chef d’établissement, Mr Debray

 

 

Cachet de l’établissement :

 

 

Signature du professeur,

Mme Nathalie Caillibot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

_____________________________________________________

Lycée Bréquigny

7 avenue Georges GRAFF
BP 90516
35205 RENNES Cedex 2

 

 

Tél : 02 99 86 82 00

Fax : 02 99 86 82 01

OBJET D’ETUDE : Le personnage de roman, du XVIIème siècle à nos jours.

 

SEQUENCE I : Séquence I : Le monstrueux

 

Groupement de textes

Objet d’étude : le personnage de roman, du XVIIème siècle à nos jours.

Problématique : que met en jeu la fiction en utilisant la figure du monstre ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

(photocopies)

Groupementde textes

 

(1) « La pieuvre » Les travailleurs de la mer V. Hugo, 1866

(2) « La vampire » La morte amoureuse T. Gautier, 1836

 

 

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

 

  • Le monstre, ce diable : Le Léviathan, La Bible, Ancien Testament « livre de Job » II avt JC

  • Les métamorphoses symboliques : La métamorphose F. Kafka, (incipit), 1912 Rhinocéros Ionesco ( excipit de la nouvelle) 1957

  • Le monstre, une histoire de regards : « La demeure d’Astérion » Borges, « La mère aux monstres » Maupassant

 

Histoire des Arts

 

 

Les gargouilles du Moyen Age, le diable sur les tympans des églises, Jérôme Bosch triptyque « Le jugement dernier » vers 1510, « Vieille femme grotesque », Quentin Metsys 1525-1530

Lecture de l’image :

Le début du film : « Eléphant man » de David Lynch : trois photos extraites du film mettant en évidence le thème du regard.

Pistes d’étude et approches synthétiques

Qu’est-ce que le monstrueux ? Définition et  historique 

Pourquoi le monstrueux ? Les fonctions et variations : « l’autre regardé comme monstre»

 

 

Lecture cursive

 

Lecture cursive : La métamorphose Kafka

 

Activités proposées à la classe

 

Les monstres de la mythologie grecque :

  • les monstres physiques : Harpies, sirènes

  • Et moraux : les Atrides

Le regard porté sur l’autre : trois photos de Diane Arbus, « le transsexuel », « la famille dans le jardin », « les enfants trisomiques déguisés »

 

 

OBJETS D’ETUDE CROISES : Le personnage de roman, du XVIIème siècle à nos jours, la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVIème siècle à nos jours

 

SEQUENCE II : Eldorado Laurent Gaudé

 

Problématique : comment le roman contemporain mêle-il les genres et les registres pour construire une dénonciation et porter un regard autre sur « l’autre » ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

Œuvre intégrale

 

(3) « La présentation du commandant » de « Le commandant Salvatore » à « le suivait. »

(4) « La présentation de Soleiman » de : « Je suis avec mon frère Jamal »à « Et bientôt plus jamais. »

(5) « Le crime de Soleiman » : « J'ai attendu que la route » à « vers le nord »

(6) « L’attente » : de « Nous sommes allongés dans les hautes herbes » à «je le reconnaîtrai ? » 

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

  • Revue de presse : une dépêche de l'AFP, 2003, un

article de Libération janvier 2010 « En Corse, 124 migrants à la dérive », une dépêche de AFP 4 août 2013 « Naufrage à Lampedusa", Le Monde.fr | 2013 Propos recueillis par Cyril Bensimon : un état des lieux de l’immigration clandestine

  • INTERVIEW DE LAURENT GAUDE « Des histoires et

des hommes » : propos recueillis par T.Flamerion pour Even&fr – Août 2006  : comment un auteur s’inspire-il de la réalité contemporaine pour dénoncer par la fiction une injustice.

  • Extraits de monologues d’  Ecrits pour la parole de

Léonora Miano : la notion d’Afropéans, une vision autre des « migrants »

Histoire des Arts

Lecture de l’image 

 

  • Diaporama sur « l’affaire Taubira »

  • Diaporama présentant la situation des migrants dans

« Immigrer vers L'Eldorado et mourir ? » Le Monde.fr | 06.10.2005

Pistes d’étude et approches synthétiques

Le mythe de l’Eldorado et son traitement dans le roman par la quête des personnages.

L’ « héroïsme » : le commandant, Soleiman, Billy.

Comment dénoncer par la fiction ?

 

Lecture cursive

 

La cavale de Billy Micklhurst T. Willocks ( édition Allia)

Activités proposées à la classe

 

  • Réalisation d’un diaporama individuel sur un sujet au choix de l’élève (portant sur un enjeu du monde contemporain) et présentation orale.

  • Sujet d’invention : Rédaction d’un article de presse sur un sujet lié aux enjeux du monde contemporain.

OBJET D’ETUDE : le théâtre et ses représentations / la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

 

SEQUENCE III : le pouvoir de la caricature et du comique

Etude d’une œuvre intégrale : Ubu Roi Alfred Jarry 1896

 

Problématique : Comment le théâtre, par sa dimension comique, donne-t-il du pouvoir une image à la fois risible et inquiétante ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

 

Groupementde textes

 

 

(6) Scène d’exposition : Acte I scène 1

(7) Acte III scène 2

(8) Acte IV scène 4

 

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

(manuel p 458-459-460)

 

  • Discours d’Alfred Jarry prononcé à la première représentation d’Ubu Roi au théâtre de l’œuvre, 1896 : sa dimension provocatrice.

  •  Crabe rouge et  Après une longue apnée  : versions de 2014, textes de Julien Mabiala Bissila

Histoire des Arts

 

 

Des représentations d’Ubu : une caricature du souverain ;Ubu par Alfred Jarry 1896,Ubu roi par J. C. Averty 1965,Ubu roi par J.P. Vincent 2009

 

Pistes d’étude et approches synthétiques

  • Réponse à la problématique élaborée en utilisant Ubu

Roi et « Crabe rouge » : les différentes visions données du pouvoir, les différentes visions données des « victimes ».

  • La dimension de la parole et de la représentation au

théâtre : la scène d’exposition

Scène d’exposition d’une tragédie classique : acte I1 de Bérénice Racine, d’une comédie classique :Tartuffe de Molière, du théâtre de l’absurde ; La cantatrice chauve (mise en scène de J.L. Lagarce)

 

Lecture cursive

 

La cantatrice chauve Ionesco, 1950

 

Activités proposées à la classe

 

  • Les élèves ont effectué des recherches personnelles sur Julien Mabiala Bissila afin de préparer la rencontre avec l’auteur lors de sa résidence au lycée Bréquigny, ainsi que sur la guerre civile au Congo Brazzaville.

  • La rencontre avec Julien Mabiala Bissila a eu lieu en deux temps : un premier temps de questions sur le contexte historique et l’expérience personnelle de l’auteur pendant la guerre, un second temps a été consacré à la mise en voix de certains extraits de « Crabe rouge »

 

 

 

 

OBJETS D’ETUDE CROISES: le personnage de roman, du XVIIème siècle à nos jours / le théâtre et ses représentations

 

SEQUENCE IV : des scènes de crimes et des héros

Groupement de textes

 

Problématique : les personnages de fiction doivent-ils être héroïques ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

(photocopies)

Groupement de textes

 

 

 

(9) André Malraux,La Condition humaine (1933)

 

 

Pour l’entretien

 

 

Textes complémentaires

 

Stendhal, Le Rouge et le Noir (1830) CHAPITRE XXXV et XXXVI

Alexandre Dumas, Les Trois mousquetaires, Chapitre LXVI (1844)

 

 

Histoire des arts

 

 

 

Pistes d’étude et approches synthétiques

 

Un personnage médiocre peut-il être un héros de roman ?

Comment une scène de crime est-elle théâtralisée dans les trois extraits étudiés ?

 

Lecture cursive

 

 

Activités proposées à la classe

  • « The artist » M. Hazanavicius 2012 : un héros peut-il déchoir ?

  • Les élèves ont assisté à une représentation de « Un bon coup de poing dans la gueule » à la MJC Bréquigny

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

OBJET D’ETUDE : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours

 

 

 

Groupement de textes

Problématique : comment la poésie peut-elle donner à voir du monde quotidien une vison autre que celle de la banalité ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

 

Groupement de textes

 

(10) « Ode » Théophile de Viau Oeuvres poétiques 1621-1623

(11) « Le buffet » Arthur Rimbaudoctobre 70

(12) « Le cageot » Francis Ponge Le Parti pris des choses, 1942

 

 

 

 

Textes complémentaires

 

 

« Au Cabaret-Vert » Rimbaud octobre 70

« L'huître » Francis Ponge Le parti-pris des choses 1942

 

Histoire des arts

 

« La raie » de Chardin, 1726

 

Pistes d’étude et approches synthétiques

 

 

Comment, par l'utilisation des objets, l'art donne-t-il à voir « l'inquiétante étrangeté du monde » ?

 

Lecture cursive

 

 

Activités proposées à la classe

Au travers l'observation de plusieurs œuvres picturales : le mémento mori, le carpe diem, la symbolique des objets

« Nature morte à la vanité », Saint André vers 1650, « La chambre jaune » Van Gogh, 1889 « Fontaine »

Duchamp 1917, « Vitrine de référence » Boltanski 1971, « Réserve des enfants » Boltanski 1991, Exposition « Trash », 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

OBJET D’ETUDE : la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

 

SEQUENCE VI : le pouvoir des contes et des fables

 

Problématique : Comment le conte et les fables, par leur dimension fictive, peuvent-ils amener le lecteur à une vision critique ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

(photocopies)

Groupement de textes

 

 

 

 

(13) « Conte arabe » Rabah Belamri, Mémoire en archipel, 1990.

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

« La Génisse, la Chèvre et la Brebis, en société avec le Lion » La Fontaine,Fables, I, 6, 1668, « Le Loup et l'Agneau » La Fontaine, Fables, I, 10, 1668. extrait de l'article « Autorité politique » Diderot, Encyclopédie, 1751-1772.

 

Histoire des Arts

 

 

« Fallen princesses », Dina Goldstein, 2007,

« La véritable histoire des super héros », Dulce Pinzon, 2013

 

Pistes d’étude et approches synthétiques

 

La littérature est-elle une arme efficace pour critiquer les injustices ?

 

 

Lecture cursive

 

Lecture cursive commune aux séquences VII et VIII :

 Le miroir brisé  Jonathan Coe, 2014

 

Activité proposée à la classe

 

 

 

 

 

 

 

 

Séquence VII  : un conte satirique et oriental Zadig de Voltaire (OI)

 

Problématique : quelle argumentation est mise en œuvre derrière le romanesque du conte ?

 

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

(pas d’édition de référence) 

Œuvre intégrale

 

19. chapitre I « Le borgne » : de « Du temps du roi Moabdar » à «  …. l'atrocité de ce qu'il éprouvait servit même à le consoler. »

20. chapitre III « Le chien et le cheval » : de « Un jour, se promenant … » à «  …. Qu’il est difficile d’être heureux dans cette vie ! »

21. «  Le souper »

 

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

 

Article « Torture » Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1769, De l’horrible danger de la lecture, Voltaire 1765, article « Traite des nègres » Chevalier de Jaucourt, L’Encyclopédie ( Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers) 1751-1765, Fontenelle La dent d'or Histoire des Oracles, 1686, article « Paix » Diderot L’Encyclopédie( Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers) 1751-1765, Montesquieu Les lettres persanes, lettre XXIV, 1721

 

Histoire des Arts

 

 

 

Pistes d’étude et approches synthétiques

 

L'esprit philosophique des Lumières

Les différents genres de l'argumentation

 

 

Lecture cursive

 

Jonathan Swift Modeste proposition pour empêcher les enfants pauvres d’être à la charge de leur parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public 1729

 

Activité proposée à la classe

 

 

 

 

 

 

 

Séquence X : notes de cours pour "Phèdre" Yourcenar

Séquence X : Ubu roi, Alfred Jarry 1896 (OI) : Ubu roi, un roi pour rire ?

Objet d’étude : les réécritures

Problématique : comment la pièce de Jarry croise-t-elle les références sérieuses en une réécriture burlesque et délirante .... ou à prendre au sérieux ?

 

Notes sur la lecture cursive « Phèdre » Yourcenar dans Feux 1936

 

  • Nouvelle ou commentaire de la pièce de Racine ? ( Yourcenar parle de « proses lyriques » pour Feux =

recueil de neufs textes ou une figure est associée à une valeur morale ou immorale, personnage comme incarnation d’une abstraction cf « Achille ou le mensonge », «  Antigone ou le choix », « Clytemnestre ou le crime » // Homère, Ulysse = la ruse ) cf « Elle ne l’a pas revu depuis la grande scène du troisième acte » ms allusion aussi à la tragédie antique ( hypotexte) « le viol dont elle a accusé Hippolyte », n’est pas ds Racine, ms ds Euripide. ( Racine = impossible = règle de la bienséance et de la vraisemblance, scène violente qui aurait dû passer par le récit d’un personnage sur scène comme celui de Théramène pour la mort d’Hippolyte, or vraisemblance, une reine ne peut être ni violée ni commettre un tel mensonge, ds Racine, Phèdre laisse «  seulement » faire Oenone qui va mentir à Thésée, Phèdre reste « innocente »)

  • Expansion par rapport à Racine : évocation de l’enfance de Phèdre en Crête : « Elle abandonne sa mère au

taureau », « elle ne le connaît que sous forme d’inscription sur la muraille du labyrinthe », «  aveux de l’enfance balbutiées dans le cou de la nourrice », puis son mariage « Elle épouse distraitement Thésée » ( dans Racine, Phèdre a deux enfants, n’évoque pas son mariage avec Thésée ms seulement la première rencontre avec Hippolyte.)

  • Enrichissement du mythe par les divergences et création d’une autre lecture : engagement du pers racinien

ds d’autres références et mélanges, pour en faire une figure atemporelle, une incarnation de la femme passionnée et devient une figure héroïque. « Phèdre accomplit tout », sujet des verbes d’action mais reste un personnage tragique, « poussée par la cohue de ses ancêtres », elle reste déterminée par un destin qui la dépasse : «  dans ce milieu où l’innocence est un crime ». Elle a le crime « ds le sang » comme la Phèdre de Racine + « Son destin lui fait horreur », « elle porte avec soi la lèpre contractée sous un torride Tropique du cœur », « elle plante malgré soi les poteaux indicateurs », elle reste comme chez Racine, « ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente », comme Œdipe, ou Hippolyte, c’est en voulant fuir qu’elle accomplira son destin : « elle s’arrache par la fuite à son affreux futur ».

Divergences les + imptes = réduction du rôle des autres personnages, Phèdre est l’héroïne de son destin, elle l’orchestre. Quasi disparition du pers. D’Oenone, de Thésée ( disparition comme chez Racine « Elle devient veuve » et retour) ms pas de rappel de ses exploits amoureux, n’est pas comme chez Racine l’incarnation de la loi, n’est pas un héros admiré pour ses exploits de tueur de monstre ( seule allusion au minotaure est fait par le biais de Phèdre : «  Elle reconstruit au fond de soi-même un Labyrinthe où elle ne peut que se retrouver : le fil d’Ariane ne lui permet plus d’en sortir » = écho des vers de Racine dit à Hippolyte lors de la tirade de l’aveu II5 «  Et Phèdre au labyrinthe avec vous descendue, / Ce serait avec vous retrouvée ou perdue ») n’a pas la responsabilité de la mort de son fils, Hippolyte garde quelques élts du « fils de l’amazone » de Racine, « cette forêt vierge qui est le lieu d’Hippolyte » + un jeune homme étranger à l’amour, solitaire, fuyant les femmes : «  un cristal », « se méfier des femmes », « cette pureté détestable » ( vers d’Hippolyte chez Racine : « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur »), même mort sanglante « le jeune homme défiguré par ses morsures de fauves », par la faute de Phèdre : « il ne lui doit que la mort », et responsable de sa mort à elle : «  comme toute victime, il fut son bourreau ». Mais la figure de victime de Phèdre du jeune homme est accentué, il est le support de sa passion, Phèdre est coupable d’aimer ms pas honteuse ( ou alors fière de sa honte). Phèdre est autonome, n’a presque pas besoin des autres pr réaliser son destin : «  A chaque instant, elle crée Hippolyte », « Elle fabrique sa beauté, sa chasteté, ses faiblesses »,« Elle forge de toutes pièces l’inexistante Aricie » Puissance du personnage : fuit le labyrinthe du palais de Cnossos pr un Labyrinthe intérieur, comme la Phèdre de racine, récit d’une descente aux enfers, mas à l’intérieur de soi. Progressivement, Phèdre glisse sous la terre : le long de ces corridors de métro », «  au fond des galeries de sa Crête souterraine » et retour au point de départ : « sans changer de lieu, elle rejoint le palais familial ». Participe activement à la réalisation de son malheur jusqu’ au soulagement final : énumération des nbreuses actions, rythme rapide créé par les phrases courtes et apaisement « elle finira bien par rencontrer », ses lèvres que ne fait trembler l’espérance ». «  Que dira-t-elle ? sans doute merci. » ( Fin Racine très différente, Phèdre = objet de dégoût pour elle-même et les autres = un objet nié par Thésée)

  • Mélange d’élts mythologiques, d’autres du XVIIème et d’autres contemporains du moment de l’écriture.

Mythologie : antérieure à Racine voire à la version d’Euripide : « le profil de cet enfant lui rappelle Cnossos et la hache à deux tranchants », « les poteaux indicateurs du palais de Minos », «  sa mère au taureau, sa sœur à la solitude », « un labyrinthe où elle ne peut que se retrouver » = un écho des vers de Racine « Phèdre au labyrinthe avec cous descendue, / Se serait avec vous retrouvée ou perdue », « mithridatisée », terme formé sur Mithridate, rois légendaire, ms aussi une tragédie politique et amoureuse de Racine + mithridatisation = le fait de se rendre accoutumé au poison en absorbant régulièrement, traitement quasi surréaliste de l’enchaînement des images et la surimpression des thèmes = ds la même phrase : « poussée par la cohue de ses ancêtres, elle glisse le long de ces corridors de métro, plein d’une odeur de bête, où les rames fendent l’eau grasse de Styx » ( double sens de rames par exemple = en même temps rames du métro et rames de la barque de Charron)

 

 

 

Séquence X : notes de cours pour "Bovary 73"

Séquence X : Ubu roi, Alfred Jarry 1896 (OI) : Ubu roi, un roi pour rire ?

Objet d’étude : les réécritures

Problématique : comment la pièce de Jarry croise-t-elle les références sérieuses en une réécriture burlesque et délirante .... ou à prendre au sérieux ?

 

Une transposition appauvrissante et ciblée par l’expression d’1 signification claire et non perturbante pr le lecteur.

 

1. La dimension sociale : lieux et effets de réel

Roman réaliste : premier paragraphe = description d’une cuisine de ferme riche et bien tenue. Nbreux effets de réels qui ancrent le texte ds la réalité du XIX ème : «  le déjeuner bouillonnait », « des vêtements humides séchaient », « la pelle, les pincettes et le bec du soufflet ». Elts qui connotent la richesse de la ferme : « flambait un grand feu », « des gens » ( = nbreux domestiques, personnes qui travaillent ds les champs au moment de l’arrivée du médecin), « tous de proportions colossales », « une abondante batterie de cuisine ». Connotation de propreté, une prospérité ordonnée : «  brillaient comme de l’acier poli », « où ( …) miroitaient la flamme douce du foyer ( …) premières lueurs du soleil arrivant par les carreaux » = lieu fortement caractérisé, précisions nbreuses et signifiantes = le roman réaliste doit être ancré ds un milieu social.

Ds R. P. , pas de cuisine, médecin passe directement ds la chambre ( le R.P. obéit à des régles de rapidité de lecture + le lieu « cuisine » n’est plus connoté de la même façon ds les années 70, renverrait à l’image de la ménagère, or dimension romantique voulue par le R.P. et dc, de même, effacement du lieu « ferme », n’est pas moderne, ne permettrait pas l’adhésion des lectrices). Décor moins réaliste et peu caractérisé : lit et tête de lit assez monumentaux en bois sculpté, table de chevet ds le même style et lampe sur la table de chevet, une commode ds le même style que le lit. Tt est conforme, le décor est neutre, les objets sont à la place où on les attend, pas de caractérisation, décor qui relève d’un cadre bourgeois, sans originalité, d’un goût admis par le lectorat comme appartenant au confort et à la mode d’un milieu relativement aisé. Idem pr les vêtements des pers = appartiennent à leur époque sans signe distinctif d’une personnalité cf médecin en costume, malade en pyjama, jeune fille en pull noir, cheveux mi-long, serre tête, coiffure à la mode ms sans originalité, conforme aux critères attendues des lectrices ms assez neutre pr qu’elle puissent s’y projeter, comme ds un miroir déjà connu et dc rassurant.

La dimension sociale du roman est complètement gommée, l’insistance se fera sur l’aspect sentimental. Modernisation qui enlève tout ancrage ds un social réaliste, et uniformise, au contraire.

 

2. La dimension idéologique : la transposition marque 1 substitution d’époque, de sens, de valeurs, de lectorat.

Madame Bovary fut un grand succès lors de sa parution ms pas destiné à un lectorat ciblé alors que le roman photo n’est pas un genre littéraire et s’adresse à un lectorat particulier ( femmes ou jeunes filles des classes sociales moyennes des années 70, ayant fait des études secondaires) Transposition vers une simplicité du message, doit être univoque pr être bien compris, et correspondre aux valeurs admises sans troubler l’identification. ( contrairement à l’œuvre littéraire = svt dérange, plusieurs sens, ne se laisse pas appréhender facilement …). Se voit à travers les personnages par exemple.

Le père Rouault ds le roman de Flaubert = un personnage typé «  un gros petit homme de 50 ans », « ayant rejeté bien loin son bonnet de coton », « portait des boucles d’oreille », «  grande carafe d’eau de vie, dont il se servait de temps à autre » + « il se prit à geindre faiblement » = un paysan dur au mal, au caractère bien trempé, qui ne supporte pas facilement l’inactivité forcée, un comédien … Ds le R.P. = un pauvre père malade, bien sagement allongé ds son lit, couvertures tirées, seulement ds le dialogue : « Que je souffre ! » pr le rappel de la situation normale ( il a mal, c’est normal, il est tombé ..) Passivité, en arrière-plan, est là assurer la cause de la rencontre, la bienséance et la caution paternelle à une idylle naissante ( cf mvt des mains photo 3)

Emma ds le roman : la première phrase la présente avec un habillement qui la distingue de ce milieu paysan car évoque plutôt une gravure de mode par la couleur et les ornements : «  en robe de mérinos bleu garnie de trois volants », fille de pysan, même riche, le soin apporté à sa toilette peut paraître excessif en regard du lieu où elle apparaît (une cuisine de ferme) + portrait d’elle par les yeux de Charles «  fut surpris » dev ce décalage entre le personnage et son milieu social attendu et les contradictions du personnage, « entre deux mondes » : des élts qui renvoient à un manque de raffinement bourgeois «  point assez pâle », « sèche aux phalanges » (la pâleur, la rondeur, la douceur des mains caractérise les codes de la femme bourgeoise qui ne travaille pas de ses mains et ne sort pas à l’extérieur sans un chapeau ou une voilette pr la protéger du soleil). en même temps, raffinement de la coquetterie bourgeoise appris au couvent : « blancheur des ongles », soins extrêmes : « ongles (…) brillants, fins du bout, plus nettoyés que les ivoires de Dieppe » (objets considérés comme précieux). Nature ambivalente de la jeune fille soulignée par la description des yeux « quoiqu’ils fussent noirs, ils semblaient bruns ».

Ds le R. P., Emma est bcp + lisse, sans ambiguïté : « merveilleuse » et « le fixe avec hardiesse » ( cf roman «  une « hardiesse candide » = bcp + troublant …) « yeux magnifiques » + les photos ne laissent voir qu’une jolie jeune femme conforme par ses vêtements et son langage à une image peu personnalisée : regards uniquement fixés sur Charles ( sur toutes les photos sauf ds la trois où ts les 2 regardent le père), ses paroles = une suite de lieux communs, présent de vérité générale : « ce doit être .. », tournures impersonnelles : « Il faut être .. », n’a pas de paroles propres.

Charles : ds le roman est un officier de santé (≠ d’1 médecin). Le narrateur le montre soulagé par la facilité des soins à donner : « n’eut oser en souhaiter de plus faciles » + un imitateur, incapable de penser par lui-même : «  se rappelant les allures de ses maîtres », imitation d’une apparence et répétitions de ce qu’il a entendu dire cf métaphore prise en charge par le narrateur : «  les caresses chirurgicales qui sont comme l’huile dont on graisse les bistouris » = platitude du personnage ( cf plus loin dans le roman : «  La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire ».)

R.P. , l’image donnée de Charles est complètement inversée, ds les codes du genre, et ds les codes du lectorat, un médecin ne peut pas être médiocre. La simplicité du cas à soigner est détournée comme étant une exception «  Si tous les cas étaient aussi simples pour un médecin » et responsabilité efficace : «  Dans une semaine vous serez sur pied », donne un ordre : «  Apportez-moi de quoi bander sa jambe », alors que le savoir de Charles ds le roman se borne à un savoir pratique, il sait confectionner des attelles.

 

3. Clichés et stéréotypes : une reprise inversée

Scène de première rencontre = 1 topos littéraire ( cf Julien Sorel et madame de Rénal ds Le rouge et le noir de Stendhal, ou autres textes ds manuel p85 à 104) le + svt = un éblouissement, un coup de foudre. Pas le cas ici, absence de sentiment amoureux : « Charles fut surpris » slt ds le roman et R.P., aspect sentimental un peu plus accentué par le jeu des regards et jeu des mains, ms pas de coup de foudre (logique car futur mariage = décevant, repose sur une erreur d’appréciation et des attentes. Ds roma, Emma = élevée au couvent, imprégnée de lectures amoureuses romantiques, elle attend le prince charmant ( plus loin après ce passage, elle rêve d’ »un mari vêtu d’un habit de velours noir à longues basques, et qui porte des bottes molles, un chapeau pointu et des manchettes », pr elle «  un homme devrait tout connaître, exceller en des activités multiples, vous initier aux énergies de la passion » … Emma a des rêves stéréotypés, une image faussée de l’amour et du mariage.

Ds R.P. image conforme à la représentation attendue de l’homme et de la femme ds le couple : lui, position sociale sup, un peu plus grand, un peu plus agé, plus responsable … Ds l’idéologie des années 70, médecin = un bon parti pr une jeune fille, attente aussi du prince charmant. Ds le dialogue, valorisation de Charles par Emma admirative de la mission morale du médecin et des qualités (viriles …) qu’elle suppose : « ce doit être une grande satisfaction pour un médecin de rendre la santé à un malade », «  Il faut être très courageux pour être un bon médecin », « vous êtes venu très vite » … Emma se fait immédiatement auxiliaire de soin, à la disposition de son père « Tout de suite papa » et de Charles, lui passe le bandage (photo 4), le soulage des son tourment : « difficultés effrayantes », « on est impuissant », « on se sent écrasé par la fatalité »

Ds le roman Emma est aussi conforme à son rôle de jeune fille de la maison, s’efface dvt le médecin, rôle de subalterne doit coudre les « coussinets » pr les attelles de son père confectionnées par Charles. Ms est peu efficace, « son père s’impatienta » car « elle fut longtemps avant de trouver son étui » puis quand elle coud « elle se piquait les doigts » et geste très ambilavent, voire sensuel «  qu’elle portait ensuite à sa bouche pour les sucer ». Sensualité innocente, cf oxymore « une hardiesse candide ». Emma n’est pas à sa place. Et pourtant, même attente, celle de l’amour, ms un stéréotype qui est implicitement visé ds le roman comme faux et personnage en décalage, alors que ds le R.P., = un idéal est à respecter et à représenter.

 

Conclusion =

Une réécriture appauvrissante car on passe du littéraire au non littéraire, roman de Flaubert met en relief la petitesse des idéaux petits bourgeois de son époque, le décalage d’avec les attentes d’une jeune fille « romantique », alors que maintien de ces stéréotypes ds le R.P. N’est pas une parodie, ms pourrait être lue comme telle par un lecteur « littéraire ». R.P. raconte slt une histoire qui correspond aux attentes de son lectorat. Fonction morale et moralisatrice du R.P. ( en son intégralité) = mettre en garde les jeunes contre les dangers de l’infidélité, l’imptce de rester à sa place ds le fonctionnement social, alors que chez Flaubert, ses fonctionnements sont questionnés, démasqués. Le roman de Flaubert n’est que la caution intellectuelle du R.P.

Séquence X : "Bovary 73" une réécriture de Madame Bovary, Flaubert

Séquence X : Ubu roi, Alfred Jarry 1896 (OI) : Ubu roi, un roi pour rire ?

Objet d’étude : les réécritures

Problématique : comment la pièce de Jarry croise-t-elle les références sérieuses en une réécriture burlesque et délirante .... ou à prendre au sérieux ?

 

Activités complémentaires

 

ComparaisonMadame Bovary Flaubert 1857 et « Bovary 73 » ( roman photo paru dans un magasine « Nous Deux en juin 1973))

Une jeune femme, en robe de mérinos bleu garnie de trois volants, vint sur le seuil de la maison pour recevoir M. Bovary, qu'elle fit entrer dans la cuisine, où flambait un grand feu. Le déjeuner des gens bouillonnait alentour, dans des petits pots de taille inégale. Des vêtements humides séchaient dans l'intérieur de la cheminée. La pelle, les pincettes et le bec du soufflet, tous de proportion colossale, brillaient comme de l'acier poli, tandis que le long des murs s'étendait une abondante batterie de cuisine, où miroitait inégalement la flamme claire du foyer, jointe aux premières lueurs du soleil arrivant par les carreaux.
Charles monta, au premier, voir le malade. Il le trouva dans son lit, suant sous ses couvertures et ayant rejeté bien loin son bonnet de coton. C'était un gros petit homme de cinquante ans, à la peau blanche, à l'oeil bleu, chauve sur le devant de la tête, et qui portait des boucles d'oreilles. Il avait à ses côtés, sur une chaise, une grande carafe d'eau-de-vie, dont il se versait de temps à autre pour se donner du coeur au ventre ; mais, dès qu'il vit le médecin, son exaltation tomba, et, au lieu de sacrer comme il faisait depuis douze heures, il se prit à geindre faiblement.
La fracture était simple, sans complication d'aucune espèce. Charles n'eût osé en souhaiter de plus facile. Alors, se rappelant les allures de ses maîtres auprès du lit des blessés, il réconforta le patient avec toutes sortes de bons mots, caresses chirurgicales qui sont comme l'huile dont on graisse les bistouris. Afin d'avoir des attelles, on alla chercher, sous la charreterie, un paquet de lattes. Charles en choisit une, la coupa en morceaux et la polit avec un éclat de vitre, tandis que la servante déchirait des draps pour faire des bandes, et que mademoiselle Emma tâchait de coudre des coussinets. Comme elle fut longtemps avant de trouver son étui, son père s'impatienta ; elle ne répondit rien ; mais, tout en cousant, elle se piquait les doigts, qu'elle portait ensuite à sa bouche pour les sucer.
Charles fut surpris de la blancheur de ses ongles. Ils étaient brillants, fins du bout, plus nettoyés que les ivoires de Dieppe, et taillés en amande. Sa main pourtant n'était pas belle, point assez pâle peut-être, et un peu sèche aux phalanges ; elle était trop longue aussi, et sans molles inflexions de lignes sur les contours. Ce qu'elle avait de beau, c'étaient les yeux ; quoiqu'ils fussent bruns, ils semblaient noirs à cause des cils, et son regard arrivait franchement à vous avec une hardiesse candide.
Une fois le pansement fait, le médecin fut invité, par M. Rouault lui-même, à prendre un morceau avant de partir.


Retranscription du texte du roman photo :

Première photo : Un valet de ferme l’accompagne jusqu’à la chambre du malade. Charles est reçu par une merveilleuse jeune fille dont les yeux magnifiques le fixe avec hardiesse.

Charles : Je suis en retard n’est ce pas ?

Emma : Non, docteur, au contraire, vous êtes venu très vite.

Deuxième photo : Il examine le malade.

Père Rouault : Que je souffre ! J’ai glissé tout simplement et voilà où j’en suis !

Charles : Il ne s’agit que d’un foulure à la cheville et non d’une fracture. Il n’y a aucune complication à redouter. Un simple bandage suffira.

Troisième photo

Charles : Ce n’est rien monsieur Rouault : dans une semaine vous serez sur pied. Apportez-moi de quoi bander sa cheville s’il vous plait.

Père Rouault : Tu t’en occupes Emma ?

Emma : Tout de suite papa.

Quatrième photo :

Charles : Si tous les cas étaient aussi simples pour un médecin ! Hélas ! Combien de fois suis-je en face de difficultés effrayantes !

Emma : Mais ce doit être une grande satisfaction pour un médecin de rendre la santé à un malade.

Cinquième photo :

Charles : C’est vrai bien qu’il y ait des moments où l’on est impuissant et où on se sent écrasé par la fatalité !

Emma : Il faut être très courageux pour être un bon médecin !

 

 

Séquence X : lecture cursive "Phèdre ou le désespoir" Yourcenar

Séquence X : Ubu roi, Alfred Jarry 1896 (OI) : Ubu roi, un roi pour rire ?

Objet d’étude : les réécritures

Problématique : comment la pièce de Jarry croise-t-elle les références sérieuses en une réécriture burlesque et délirante .... ou à prendre au sérieux ?

 

Lecture cursive : M. Yourcenar « Phèdre ou le désespoir » dans Feux 1936 (texte intégral)

 

Phèdre accomplit tout. Elle abandonne sa mère au taureau, sa soeur à la solitude : ces formes d'amour ne l'intéressent pas. Elle quitte son pays comme on renonce à ses rêves ; elle renie sa famille comme on brocante ses souvenirs. Dans ce milieu où l'innocence est un crime, elle assiste avec dégoût à ce qu'elle finira par devenir. Son destin, vu de dehors, lui fait horreur : elle ne le connaît encore que sous forme d'inscriptions sur la muraille du Labyrinthe : elle s'arrache par la fuite à son affreux futur.

Elle épouse distraitement Thésée, comme sainte Marie l'Egyptienne payait avec son corps le prix de son passage ; elle laisse s'enfoncer à l'Ouest dans un brouillard de fable les abattoirs géants de son espèce d'Amérique crétoise. Elle débarque, imprégnée de l'odeur du ranch et des poissons d'Haïti, sans se douter qu'elle porte avec soi la lèpre contractée sous un torride Tropique du coeur. Sa stupeur à la vue d'Hippolyte est celle d'une voyageuse qui se trouve avoir rebroussé chemin sans le savoir : le profil de cet enfant lui rappelle Cnossos, et la hache à deux tranchants. Elle le hait , elle l'élève ; il grandit contre elle, repoussé par sa haine, habitué de tout temps à se méfier des femmes, forcé dès le collège, dès les vacances du jour de l'An, à sauter les obstacles que dresse autour de lui l'inimité d'une belle-mère. Elle est jalouse de ses flèches, c'est-à-dire de ses victimes, de ses compagnons, c'est-à-dire de sa solitude. Dans cette forêt vierge qui est le lieu d'Hippolyte, elle plante malgré soi les poteaux indicateurs du palais de Minos : elle trace à travers ces broussailles le chemin à sens unique de la Fatalité. A chaque instant, elle crée Hippolyte ; son amour est bien un inceste ; elle ne peut tuer ce garçon sans une espèce d'infanticide. Elle fabrique sa beauté, sa chasteté, ses faiblesses ; elle les extrait du fond d'elle-même ; elle isole de lui cette pureté détestable pour pouvoir haïr sous la figure d'une fade vierge : elle forge de toutes pièces l'inexistante Aricie. Elle se grise du goût de l'impossible, le seul alcool qui sert toujours de base à tous les mélanges du malheur . Dans le lit de Thésée, elle a l'amer plaisir de tromper en fait celui qu'elle aime, et en imagination celui qu'elle n'aime pas.

Elle est mère : elle a des enfants comme elle aurait des remords. Entre ses draps de fiévreuse, elle se console à l'aide de chuchotements de confession qui remontent aux aveux de l'enfance balbutiés dans le cou de la nourrice ; elle tête son malheur ; elle devient enfin la misérable servante de Phèdre.

Devant la froideur d'Hippolyte, elle imite le soleil quand il heurte un cristal : elle se change en spectre ; elle n'habite plus son corps que comme son propre enfer. Elle reconstruit au fond de soi-même un Labyrinthe où elle ne peut que se retrouver : le fil d'Ariane ne lui permet plus d'en sortir, puisqu'elle se l'embobine au coeur. Elle devient veuve ; elle peut enfin pleurer sans qu'on lui demande pourquoi ; mais le noir messied à cette figure sombre : elle en veut à son deuil de donner le change sur sa douleur. Débarrassée de Thésée, elle porte son espérance comme une honteuse grossesse posthume. Elle fait de la politique pour se distraire d'elle-même : elle accepte la Régence comme elle commencerait à se tricoter un châle.

Le retour de Thésée se produit trop tard pour la ramener dans le monde de formules où se cantonne cet homme d'Etat ; elle n'y peut rentrer que par la fente d'un subterfuge ; elle s'invente joie par joie le viol dont elle accuse Hippolyte, de sorte que son mensonge est pour elle un assouvissement. Elle dit vrai : elle a subi les pires outrages ; son imposture est une traduction.

Elle prend du poison, puisqu'elle est mithridatisée contre elle-même ; la disparition d'Hippolyte fait par le vide autour d'elle ; aspirée par ce vide, elle s'engouffre dans la mort. Elle se confesse avant de mourir, pour avoir une dernière fois le plaisir de parler de son crime. Sans changer de lieu, elle rejoint le palais familial où la faute est une innocence. Poussée par la cohue de ses ancêtres, elle glisse le long de ces corridors de métro, pleins d'une odeur de bête, où les rames fendent l'eau grasse du Styx, où les rails luisant ne proposent que le suicide ou le départ.

Au fond des galeries de mine de sa Crète souterraine, elle finira bien par rencontrer le jeune homme défiguré par ses morsures de fauve, puisqu'elle a pour le rejoindre tous les détours de l'éternité. Elle ne l'a pas revu depuis la grande scène du troisième acte ; c'est à cause de lui qu'elle est morte ; c'est à cause d'elle qu'il n'a pas vécu ; il ne lui doit que la mort ; elle lui doit les sursauts d'une inextinguible agonie. Elle a le droit de le rendre responsable de son crime, de son immortalité suspecte sur les lèvres des poètes qui se serviront d'elle pour exprimer leurs aspirations à l'inceste, comme le chauffeur qui gît sur la route, le crâne fracassé, peut accuser l'arbre auquel il est allé se buter. Comme toute victime, il fut son bourreau. Des paroles définitives vont enfin sortir de ses lèvres que ne fait plus trembler l'espérance. Que dira-t-elle ? Sans doute merci.