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17/01/2015

Lorenzaccio : représentation filmée

Représentations de la scène du meurtre de Lorenzaccio

Meurtre (1).pdf

14/01/2015

LA III3 "La tirade de Lorenzaccio" : être ou ne pas être ?

Séquence III : masques et mascarades

Etude d'une oeuvre intégrale : Lorenzaccio de Musset, 1834

 

Objet d’étude : Le texte théâtral et ses représentations du XVIIème à nos jours

Problématique : comment Lorenziaccio interroge-t-il les valeurs représentatives d'un personnage?

 

LA : la tirade de Lorenzo face à Philippe III, 3

 

LORENZO

 

Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? veux-tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette (Il frappe sa poitrine), il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je m'arrache le seul fil qui rattache aujourd'hui mon coeur à quelques fibres de mon coeur d'autrefois ? Songes-tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'aie pu cramponner mes ongles ? Crois-tu donc que je n'aie plus d'orgueil, parce que je n'ai plus de honte ? et veux-tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s'évanouir, j'épargnerais peut-être ce conducteur de boeufs. Mais j'aime le vin, le jeu et les filles ; comprends-tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c'est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois-tu, que les républicains me couvrent de boue et d'infamie ; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l'exécration des hommes empoisonne le pain que je mâche ; j'en ai assez d'entendre brailler en plein vent le bavardage humain ; il faut que le monde sache un peu qui je suis et qui il est. Dieu merci ! c'est peut-être demain que je tue Alexandre ; dans deux jours j'aurai fini. Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d'une curiosité monstrueuse apportée d'Amérique, pourront satisfaire leur gosier et vider leur sac à paroles. Que les hommes me comprennent ou non, qu'ils agissent ou n'agissent pas, j'aurai dit tout ce que j'ai à dire ; je leur ferai tailler leur plume, si je ne leur fais pas nettoyer leurs piques, et l'humanité gardera sur sa joue le soufflet de mon épée marqué en traits de sang. Qu'ils m'appellent comme ils voudront, Brutus ou Erostrate, il ne me plaît pas qu'ils m'oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête, en m'entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d'Alexandre ; dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté. 

LA I4 "Lorenzo ou Lorenzaccio ?

Séquence III : masques et mascarades

Etude d'une oeuvre intégrale : Lorenzaccio de Musset, 1834

 

Objet d’étude : Le texte théâtral et ses représentations du XVIIème à nos jours

Problématique : comment Lorenzaccio interroge-t-il les valeurs représentatives d'un personnage?

 

LAActe I Scène 4

 

Une cour du palais du duc.

LE DUC ALEXANDRE sur une terrasse ; des pages exercent des chevaux dans la cour. Entrent VALORI et SIRE MAURICE.

(...)

VALORI — Sa Sainteté craint que le duc ne se crée de nouveaux dangers par trop d'indulgence. Le peuple est mal habitué à la domination absolue ; et César, à son dernier voyage, en a dit autant, je crois, à votre Altesse.

LE DUC — Voilà, pardieu, un beau cheval, sire Maurice ! hé ! quelle croupe de diable !

SIRE MAURICE — Superbe, Altesse.

LE DUC — Ainsi, monsieur le commissaire apostolique, il y a encore quelques mauvaises branches à élaguer. César et le pape ont fait de moi un roi ; mais, par Bacchus, ils m'ont mis dans la main une espèce de sceptre qui sent la hache d'une lieue. Allons, voyons, Valori, qu'est-ce que c'est ?

VALORI — Je suis un prêtre, Altesse ; si les paroles que mon devoir me force à vous rapporter fidèlement doivent être interprétées d'une manière aussi sévère, mon cœur me défend d'y ajouter un mot.

LE DUC — Oui, oui, je vous connais pour un brave. Vous êtes, pardieu, le seul prêtre honnête homme que j'aie vu de ma vie.

VALORI — Monseigneur, l'honnêteté ne se perd ni ne se gagne sous aucun habit, et parmi les hommes il y a plus de bons que de méchants.

LE DUC — Ainsi donc, point d'explications ?

SIRE MAURICE — Voulez-vous que je parle, monseigneur ? Tout est facile à expliquer.

LE DUC — Eh bien ?

SIRE MAURICE — Les désordres de la cour irritent le pape.

LE DUC — Que dis-tu là, toi ?

SIRE MAURICE — J'ai dit les désordres de la cour, Altesse ; les actions du duc n'ont d'autre juge que lui-même. C'est Lorenzo de Médicis que le pape réclame comme transfuge de sa justice.

LE DUC — De sa justice ? Il n'a jamais offensé de pape à ma connaissance, que Clément VII, feu mon cousin, qui, à cette heure, est en enfer.

SIRE MAURICE — Clément VII a laissé sortir de ses États le libertin qui, un jour d'ivresse, avait décapité les statues de l'arc de Constantin. Paul III ne saurait pardonner au modèle titré de la débauche florentine.

LE DUC — Ah ! parbleu, Alexandre Farnèse est un plaisant garçon ! Si la débauche l'effarouche, que diable fait-il de son bâtard, le cher Pierre Farnèse, qui traite si joliment l'évêque de Fano ? Cette mutilation revient toujours sur l'eau, à propos de ce pauvre Renzo. Moi, je trouve cela drôle, d'avoir coupé la tête à tous ces hommes de pierre; Je protège les arts comme un autre, et j'ai chez moi les premiers artistes de l'Italie. Mais je n'entends rien au respect du pape pour ces statues qu'il excommunierait demain, si elles étaient en chair et en os.

SIRE MAURICE — Lorenzo est un athée ; il se moque de tout. Si le gouvernement de votre Altesse n'est pas entouré d'un profond respect, il ne saurait être solide. Le peuple appelle Lorenzo, Lorenzaccio : on sait qu'il dirige vos plaisirs, et cela suffit.

LE DUC — Paix ! tu oublies que Lorenzo de Médicis est cousin d'Alexandre.

Entre le cardinal Cibo.) Cardinal, écoutez un peu ces messieurs qui disent que le pape est scandalisé des désordres de ce pauvre Renzo, et qui prétendent que cela fait tort à mon gouvernement.

LE CARDINAL — Messire Francesco Molza vient de débiter à l'Académie romaine une harangue en latin contre le mutilateur de l'arc de Constantin.

LE DUC — Allons donc, vous me mettriez en colère ! Renzo un homme à craindre ! le plus fieffé poltron ! une femmelette, l'ombre d'un ruffian énervé ! un rêveur qui marche nuit et jour sans épée, de peur d'en apercevoir l'ombre à son côté ! d'ailleurs un philosophe, un gratteur de papier, un méchant poète, qui ne sait seulement pas faire un sonnet ! Non, non, je n'ai pas encore peur des ombres. Eh ! corps de Bacchus ! que me font les discours latins et les quolibets de ma canaille ! J'aime Lorenzo, moi, et, par la mort de Dieu, il restera ici.

LE CARDINAL — Si je craignais cet homme, ce ne serait pas pour votre cour, ni pour Florence, mais pour vous, Duc.

LE DUC — Plaisantez-vous, cardinal, et voulez-vous que je vous dise la vérité ? (Il lui parle bas.) Tout ce que je sais de ces damnés bannis, de tous ces républicains entêtés qui complotent autour de moi, c'est par Lorenzo que je le sais. Il est glissant comme une anguille ; il se fourre partout et me dit tout. N'a-t-il pas trouvé moyen d'établir une correspondance avec tous ces Strozzi de l'enfer ? Oui, certes, c'est mon entremetteur ; mais croyez que son entremise, si elle nuit à quelqu'un, ne me nuira pas. Tenez ! (Lorenzo paraît au fond d'une galerie basse.) Regardez-moi ce petit corps maigre, ce lendemain d'orgie ambulant. Regardez-moi ces yeux plombés, ces mains fluettes et maladives, à peine assez fermes pour soutenir un éventail, ce visage morne, qui sourit quelquefois, mais qui n'a pas la force de rire. C'est là un homme à craindre ? Allons, allons, vous vous moquez de lui. Hé ! Renzo, viens donc ici ; voilà sire Maurice qui te cherche dispute.

LORENZO monte l'escalier de la terrasse. — Bonjour, messieurs les amis de mon cousin.

LE DUC — Lorenzo, écoute ici. Voilà une heure que nous parlons de toi. Sais-tu la nouvelle ? Mon ami, on t'excommunie en latin, et sire Maurice t'appelle un homme dangereux, le cardinal aussi ; quant au bon Valori, il est trop honnête pour prononcer ton nom.

LORENZO — Pour qui dangereux, Eminence ? pour les filles de joie, ou pour les saints du paradis ?

LE CARDINAL — Les chiens de cour peuvent être pris de la rage comme les autres chiens.

LORENZO — Une insulte de prêtre doit se faire en latin.

SIRE MAURICE — Il s'en fait en toscan, auxquelles on peut répondre.

LORENZO — Sire Maurice, je ne vous voyais pas ; excusez-moi, j'avais le soleil dans les yeux ; mais vous avez bon visage et votre habit me paraît tout neuf.

SIRE MAURICE — Comme votre esprit ; je l'ai fait faire d'un vieux pourpoint de mon grand-père.

LORENZO — Cousin, quand vous aurez assez de quelque conquête des faubourgs, envoyez-la donc chez sire Maurice. Il est malsain de vivre sans femme, pour un homme qui a, comme lui, le cou court et les mains velues.

SIRE MAURICE — Celui qui se croit le droit de plaisanter doit savoir se défendre. À votre place, je prendrais une épée.

LORENZO — Si l'on vous a dit que j'étais un soldat, c'est une erreur ; je suis un pauvre amant de la science.

SIRE MAURICE — Votre esprit est une épée acérée, mais flexible. C'est une arme trop vile ; chacun fait usage des siennes. (Il tire son épée.)

VALORI — Devant le duc, l'épée nue !

LE DUC, riant — Laissez faire, laissez faire. Allons, Renzo, je veux te servir de témoin — qu'on lui donne une épée !

LORENZO — Monseigneur, que dites-vous là ?

LE DUC — Eh bien ! ta gaieté s'évanouit si vite ? Tu trembles, cousin ? Fi donc ! tu fais honte au nom des Médicis, je ne suis qu'un bâtard, et je le porterais mieux que toi, qui es légitime ? Une épée, une épée ! un Médicis ne se laisse point provoquer ainsi. Pages, montez ici ; toute la cour le verra, et je voudrais que Florence entière y fût.

LORENZO — Son Altesse se rit de moi.

LE DUC — J'ai ri tout à l'heure, mais maintenant je rougis de honte. Une épée ! (Il prend l'épée d'un page et la présente à Lorenzo.)

VALORI — Monseigneur, c'est pousser trop loin les choses. Une épée tirée en présence de votre Altesse est un crime punissable dans l'intérieur du palais.

LE DUC — Qui parle ici, quand je parle ?

VALORI — Votre Altesse ne peut avoir eu autre dessein que celui de s'égayer un instant, et sire Maurice lui-même n'a point agi dans une autre pensée.

LE DUC — Et vous ne voyez pas que je plaisante encore ! Qui diable pense ici à une affaire sérieuse ? Regardez Renzo, je vous en prie ; ses genoux tremblent ; il serait devenu pâle, s'il pouvait le devenir. Quelle contenance, juste Dieu ! je crois qu'il va tomber. (Lorenzo chancelle ; il s'appuie sur la balustrade et glisse à terre tout d'un coup.)

LE DUC, riant aux éclats — Quand je vous le disais ! personne ne le sait mieux que moi ; la seule vue d'une épée le fait trouver mal. Allons ! chère Lorenzetta, fais-toi emporter chez ta mère. (Les pages relèvent Lorenzo.)

SIRE MAURICE — Double poltron ! fils de catin !

LE DUC — Silence ! sire Maurice ; pesez vos paroles ; c'est moi qui vous le dis maintenant ; pas de ces mots-là devant moi.

VALORI — Pauvre jeune homme ! (Sire Maurice et Valori sortent.)

LE CARDINAL, resté seul avec le duc — Vous croyez à cela, monseigneur ?

LE DUC — Je voudrais bien savoir comment je n'y croirais pas.

LE CARDINAL — Hum ! c'est bien fort.

LE DUC — C'est justement pour cela que j'y crois. Vous figurez-vous qu'un Médicis se déshonore publiquement, par partie de plaisir ? D'ailleurs ce n'est pas la première fois que cela lui arrive ; jamais il n'a pu voir une épée.

 

LE CARDINAL — C'est bien fort, c'est bien fort. (Ils sortent.)

Textes complémentaires : "La figure du pouvoir au théâtre"

Séquence III : masques et mascarades

Etude d'une oeuvre intégrale : Lorenzaccio de Musset, 1834

 

Objet d’étude : Le texte théâtral et ses représentations du XVIIème à nos jours

Problématique : comment Lorenziaccio interroge-t-il les valeurs représentatives d'un personnage?

 

 

Textes complémentaires : la figure du pouvoir au théâtre

 

 

Texte 1 : Cinna, Corneille, acte II scène 1

 

Auguste, Cinna, Maxime, Troupe de courtisans

AUGUSTE

Que chacun se retire, et qu'aucun n'entre ici.

Vous, Cinna, demeurez, et vous, Maxime, aussi.

(Tous se retirent, à la réserve de Cinna et de Maxime)

Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde,

Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde,

Cette grandeur sans borne et cet illustre rang,

Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang,

Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune

D'un courtisan flatteur la présence importune,

N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit,

Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit.

L'ambition déplaît quand elle est assouvie,

D'une contraire ardeur son ardeur est suivie ;

Et comme notre esprit, jusqu'au dernier soupir,

Toujours vers quelque objet pousse quelque désir,

Il se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre,

Et, monté sur le faîte, il aspire à descendre.

J'ai souhaité l'empire, et j'y suis parvenu ;

Mais, en le souhaitant, je ne l'ai pas connu :

Dans sa possession, j'ai trouvé pour tous charmes

D'effroyables soucis, d'éternelles alarmes,

Mille ennemis secrets, la mort à tout propos,

Point de plaisir sans trouble, et jamais de repos.

Sylla m'a précédé dans ce pouvoir suprême ;

Le grand César mon père en a joui de même.

D'un oeil si différent tous deux l'ont regardé,

Que l'un s'en est démis, et l'autre l'a gardé ;

Mais l'un, cruel, barbare, est mort aimé, tranquille,

Comme un bon citoyen dans le sein de sa ville ;

L'autre, tout débonnaire, au milieu du sénat,

A vu trancher ses jours par un assassinat.

Ces exemples récents suffiraient pout m'instruire,

Si par l'exemple seul on devait se conduire ;

L'un m'invite à le suivre, et l'autre me fait peur ;

Mais l'exemple souvent n'est qu'un miroir trompeur ;

Et l'ordre du destin qui gêne nos pensées

N'est pas toujours écrit dans les choses passées :

Quelquefois l'un se brise où l'autre est sauvé,

Et par où l'un périt, un autre est conservé.

Voilà, mes chers amis, ce qui me met en peine.

Vous, qui me tenez lieu d'Agrippe et de Mécène,

Pour résoudre ce point avec eux débattu,

Prenez sur mon esprit le pouvoir qu'ils ont eu :

Ne considérez point cette grandeur suprême,

Odieuse aux Romains, et pesante à moi-même ;

Traitez-moi comme ami, non comme souverain ;

Rome, Auguste, l'Etat, tout est en votre main.

Vous mettrez et l'Europe, et l'Asie, et l'Afrique,

Sous les lois d'un monarque, ou d'une république :

Votre avis est ma règle, et par ce seul moyen

Je veux être empereur, ou simple citoyen.

 

Texte 2 : Ubu roi, Alfred Jarry, acte III, scène 2, 1896

La grande salle du palais. PERE UBU, MERE UBU, OFFICIERS ET SOLDATS ; GIRON, PILE, COTICE, NOBLES ENCHAINES, FINANCIERS, MAGISTRATS, GREFFIERS.

 

PERE UBU : Apportez la caisse à Nobles et le crochet à Nobles et le couteau à Nobles et le bouquin à Nobles ! ensuite, faites avancer les Nobles.

On pousse brutalement les Nobles.

MERE UBU : De grâce, modère-toi, Père Ubu.

PERE UBU : J'ai l'honneur de vous annoncer que pour enrichir le royaume je vais faire périr tous les Nobles et prendre leurs biens.

NOBLES : Horreur ! à nous, peuple et soldats !

PERE UBU : Amenez le premier Noble et passez-moi le crochet à Nobles. Ceux qui seront condamnés à mort, je les passerai dans la trappe, ils tomberont dans les sous-sols du Pince-Porc et de la Chambre-à-Sous, où on les décervèlera. (Au Noble.) Qui es-tu, bouffre ?

LE NOBLE : Comte de Vitepsk.

PERE UBU : De combien sont tes revenus ?

LE NOBLE : Trois millions de rixdales.

PERE UBU : Condamné !

Il le prend avec le crochet et le passe dans le trou.

MERE UBU : Quelle basse férocité !

PERE UBU : Second Noble, qui es-tu ? (Le Noble ne répond rien.) Répondras-tu, bouffre ?

LE NOBLE : Grand-duc de Posen.

PERE UBU : Excellent ! excellent ! Je n'en demande pas plus long. Dans la trappe. Troisième Noble, qui es-tu ? tu as une sale tête.

LE NOBLE : Duc de Courlande, des villes de Riga, de Revel et de Mitau.

PERE UBU : Très bien ! très bien ! Tu n'as rien autre chose ?

LE NOBLE : Rien.

PERE UBU : Dans la trappe, alors. Quatrième Noble, qui es-tu ?

LE NOBLE : Prince de Podolie.

PERE UBU : Quels sont tes revenus ?

LE NOBLE : Je suis ruiné.

PERE UBU : Pour cette mauvaise parole, passe dans la trappe. Cinquième Noble, qui es-tu ?

LE NOBLE : Margrave de Thorn, palatin de Polock.

PERE UBU : Ca n'est pas lourd. Tu n'as rien autre chose ?

LE NOBLE : Cela me suffisait.

PERE UBU : Eh bien ! mieux vaut peu que rien. Dans la trappe. Qu'as-tu à pigner, Mère Ubu ?

MERE UBU : Tu es trop féroce, Père Ubu.

PERE UBU : Eh ! je m'enrichis. Je vais faire lire MA liste de MES biens. Greffier, lisez MA liste de MES biens.

LE GREFFIER : Comté de Sandomir.

PERE UBU : Commence par les principautés, stupide bougre !

LE GREFFIER : Principauté de Podolie, grand-duché de Posen, duché de Courlande, comté de Sandomir, comté de Vitepsk, palatinat de Polock, margraviat de Thorn.

PERE UBU : Et puis après ?

LE GREFFIER : C'est tout.

PERE UBU : Comment, c'est tout ! Oh bien alors, en avant les Nobles, et comme je ne finirai pas de m'enrichir, je vais faire exécuter tous les Nobles, et ainsi j'aurai tous les biens vacants. Allez, passez les Nobles dans la trappe.

On empile les Nobles dans la trappe.

Dépêchez-vous plus vite, je veux faire des lois maintenant.

PLUSIEURS : On va voir ça.

PERE UBU : Je vais d'abord réformer la justice, après quoi nous procéderons aux finances.

PLUSIEURS MAGISTRATS : Nous nous opposons à tout changement.

PERE UBU : Merdre. D'abord les magistrats ne seront plus payés.

MAGISTRATS : Et de quoi vivrons-nous ? Nous sommes pauvres.

PERE UBU : Vous aurez les amendes que vous prononcerez et les biens des condamnés à mort.

UN MAGISTRAT : Horreur.

DEUXIEME : Infamie.

TROISIEME : Scandale.

QUATRIEME : Indignité.

TOUS : Nous nous refusons à juger dans des conditions pareilles.

PERE UBU : A la trappe les magistrats !

Ils se débattent en vain.

MERE UBU : Eh ! que fais-tu, Père Ubu ? Qui rendra maintenant la justice ?

PERE UBU : Tiens ! moi. Tu verras comme ça marchera bien.

MERE UBU : Oui, ce sera du propre.

PERE UBU : Allons, tais-toi, bouffresque. Nous allons maintenant, messieurs, procéder aux finances.

FINANCIERS : Il n'y a rien à changer.

PERE UBU : Comment, je veux tout changer, moi. D'abord je veux garder pour moi la moitié des impôts.

FINANCIERS : Pas gêné.

PERE UBU : Messieurs, nous établirons un impôt de dix pour cent sur la propriété, un autre sur le commerce et l'industrie, et un troisième sur les mariages et un quatrième sur les décès, de quinze francs chacun.

PREMIER FINANCIER : Mais c'est idiot, Père Ubu.

DEUXIEME FINANCIER : C'est absurde.

TROISIEME FINANCIER : Ca n'a ni queue ni tête.

PERE UBU : Vous vous fichez de moi ! Dans la trappe, les financiers !

On enfourne les financiers.

MERE UBU : Mais enfin, Père Ubu, quel roi tu fais, tu massacres tout le monde.

PERE UBU : Eh merdre !

MERE UBU : Plus de justice, plus de finances.

PERE UBU : Ne crains rien, ma douce enfant, j'irai moi-même de village en village recueillir les impôts.

 

Bertolt Brecht, La Résistible Ascension d’Arturo Ui, 1941, trad. A. Jacob

La city. L’assemblée des marchands de légumes de Chicago. Ils sont blancs comme linge. [...] Entrent les marchands de légumes de Cicero, blancs comme linge.

CEUX DE CICERO

Ho, hello ! Chicago !

CEUX DE CHICAGO

Ho, hello Cicero! Quel bon vent vous amène ?

CEUX DE CICERO

On nous a convoqués.

CEUX DE CHICAGO

Qui ça ?

CEUX DE CICERO

Lui ?

PREMIER MARCHAND DE CHICAGO

Mais comment

Peut-il vous convoquer et vous donner des ordres,

Parler en maître à Cicero?

PREMIER MARCHAND DE CICERO

Par le browning2

DEUXIÈME MARCHAND DE CICERO

On cède à la violence.

PREMIER MARCHAND DE CHICAGO

Oh, lâcheté maudite ! […]

TROISIÈME MARCHAND DE CHICAGO

Il faut, les gars,

Vous défendre. Écoutez : vous devez mettre un terme

À cette peste noire ! Ou le pays doit-il

Se laisser dévorer par cette maladie ?

PREMIER MARCHAND DE CHICAGO

Une ville d’abord, ensuite une autre ville.

La bataille au couteau, c’est un devoir civique.

DEUXIÈME MARCHAND DE CICERO

Pourquoi nous justement ? Nous nous lavons les mains.

QUATRIÈME MARCHAND DE CHICAGO

Et, si Dieu le permet, nous avons l’espérance

Que ce cochon un jour sur des gens tombera

Qui montreront les crocs.

Font leur entrée au milieu des fanfares Arturo Ui et Betty Dollfoot, celle-ci en deuil, suivis de Clark, Gori, Gobolla et de gardes du corps. Ui se fraie un passage entre eux. Les gardes du

corps prennent position à l’arrière-plan.

GORI

Hé ! Bonjour, les enfants !

Tous ceux de Cicero sont-ils arrivés ?

PREMIER MARCHAND DE CICERO

Certes.

GORI

Et ceux de Chicago ?

PREMIER MARCHAND DE CHICAGO

Tous.

GORI, à Ui

Tout le monde est là. […]

GOBBOLA

Écoutez Arturo Ui!

UI s’avance vers le microphone.

Hommes de Chicago et Cicero! Amis ! […]

La ville est libre entièrement de me choisir.

 

Pas de «Soit!» ronchonnant, de grinçant «À votre aise ! » 

Textes complémentaires : le monologue théâtral

Séquence III : masques et mascarades

Etude d'une oeuvre intégrale : Lorenzaccio de Musset, 1834

 

Objet d’étude : Le texte théâtral et ses représentations du XVIIème à nos jours

Problématique : comment Lorenziaccio interroge-t-il les valeurs représentatives d'un personnage?

 

 

Textes complémentaires : le monologue théâtral

 

 

 

Texte 1 : Racine, Bérénice, acte IV, scène 4

 

Titus, seul

Hé bien ! Titus, que viens-tu faire ?

Bérénice t'attend. Où viens-tu, téméraire ?

Tes adieux sont-ils prêts ? T'es-tu bien consulté ?

Ton coeur te promet-il assez de cruauté ?

Car enfin au combat qui pour toi se prépare

C'est peu d'être constant, il faut être barbare.

Soutiendrai-je ces yeux dont la douce langueur

Sait si bien découvrir les chemins de mon coeur ?

Quand je verrai ces yeux armés de tous leurs charmes,

Attachés sur les miens, m'accabler de leurs larmes,

Me souviendrai-je alors de mon triste devoir ?

Pourrai-je dire enfin : «Je ne veux plus vous voir ?»

Je viens percer un coeur que j'adore, qui m'aime.

Et pourquoi le percer ? Qui l'ordonne ? Moi-même.

Car enfin Rome a-t-elle expliqué ses souhaits ?

L'entendons-nous crier autour de ce palais ?

Vois-je l'Etat penchant au bord du précipice ?

Ne le puis-je sauver que par ce sacrifice ?

Tout se tait ; et moi seul, trop prompt à me troubler,

J'avance des malheurs que je puis reculer.

Et qui sait si, sensible aux vertus de la reine,

Rome ne voudra point l'avouer pour Romaine ?

Rome peut par son choix justifier le mien.

Non, non, encore un coup, ne précipitons rien.

Que Rome, avec ses lois, mette dans la balance

Tant de pleurs, tant d'amour, tant de persévérance,

Rome sera pour nous... Titus, ouvre les yeux !

Quel air respires-tu ? N'es-tu pas dans ces lieux

Où la haine des rois, avec le lait sucée,

Par crainte ou par amour ne peut être effacée ?

Rome jugea ta reine en condamnant ses rois.

N'as-tu pas en naissant entendu cette voix ?

Et n'as-tu pas encore ouï la renommée

T'annoncer ton devoir jusque dans ton armée ?

Et lorsque Bérénice arriva sur tes pas,

Ce que Rome en jugeait, ne l'entendis-tu pas ?

Faut-il donc tant de fois te le faire redire ?

Ah ! Lâche, fais l'amour, et renonce à l'empire.

Au bout de l'univers va, cours te confiner,

Et fais place à des coeurs plus dignes de régner.

Sont-ce là ces projets de grandeur et de gloire

Qui devaient dans les coeurs consacrer ma mémoire ?

Depuis huit jours je règne ; et jusques à ce jour,

Qu'ai-je fait pour l'honneur ? J'ai tout fait pour l'amour.

D'un temps si précieux quel compte puis-je rendre ?

Où sont ces heureux jours que je faisais attendre ?

Quels pleurs ai-je séchés ? Dans quels yeux satisfaits

Ai-je déjà goûté le fruit de mes bienfaits ?

L'univers a-t-il vu changer ses destinées ?

Sais-je combien le ciel m'a compté de journées ?

Et de ce peu de jours, si longtemps attendus,

Ah ! Malheureux, combien j'en ai déjà perdus !

Ne tardons plus : faisons ce que l'honneur exige :

Rompons le seul lien.

 

Texte 2 : Hernani, acte I scène 4, Victor Hugo, 1830

 

Hernani, seul .

Oui, de ta suite, ô roi ! De ta suite ! -j' en suis.

Nuit et jour, en effet, pas à pas, je te suis !

Un poignard à la main, l' oeil fixé sur ta trace,

je vais ! Ma race en moi poursuit en toi ta race !

Et puis, te voilà donc mon rival ! Un instant,

entre aimer et haïr je suis resté flottant,

mon coeur pour elle et toi n' était point assez large,

j' oubliais en l' aimant ta haine qui me charge ;

mais puisque tu le veux, puisque c' est toi qui viens

me faire souvenir, c' est bon, je me souviens !

Mon amour fait pencher la balance incertaine,

et tombe tout entier du côté de ma haine.

Oui, je suis de ta suite, et c' est toi qui l' as dit !

Va, jamais courtisan de ton lever maudit,

jamais seigneur baisant ton ombre, ou majordome

ayant à te servir abjuré son coeur d' homme,

jamais chiens de palais dressés à suivre un roi,

ne seront sur tes pas plus assidus que moi !

Ce qu' ils veulent de toi, tous ces grands de Castille,

c' est quelque titre creux, quelque hochet qui brille,

c' est quelque mouton d' or qu' on se va pendre au cou ;

moi, pour vouloir si peu je ne suis pas si fou !

Ce que je veux de toi, ce n' est point faveurs vaines,

c' est l' âme de ton corps, c' est le sang de tes veines,

c' est tout ce qu' un poignard, furieux et vainqueur,

en y fouillant long-temps peut prendre au fond d' un coeur.

Va devant, je te suis. Ma vengeance qui veille

avec moi, toujours marche et me parle à l' oreille !

Va, marche, je suis là, je te pousse, et sans bruit

mon pas cherche ton pas, et le presse et le suit !

Le jour tu ne pourras, ô roi, tourner la tête,

sans me voir immobile et sombre dans ta fête ;

la nuit tu ne pourras tourner les yeux, ô roi,

sans voir mes yeux ardents luire derrière toi !

Il sort par la petite porte.

 

Texte 3 : Shakespeare, Hamlet, Acte III scène 1, 1603

 

HAMLET. - Etre, ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter

par une révolte ?. Mourir... dormir, rien de plus ;... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là un dénouement qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ?. Voilà qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité

d'une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations, et les dédains du monde, l'injure de l'oppresseur, l'humiliation de la pauvreté, les angoisses de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi, l'insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d'hommes indignes, s'il pouvait en être quitte avec un simple poinçon ?. Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous

une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ?. Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d'action...

 

 

 

Portraits des Médicis

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Portraits de Musset

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Représentations de Lorenzaccio

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LA "Le monologue à la lune" Musset Lorenzaccio

Séquence III : masques et mascarades

Etude d'une oeuvre intégrale : Lorenzaccio de Musset, 1834

 

Objet d’étude : Le texte théâtral et ses représentations du XVIIème à nos jours

Problématique : comment Lorenziaccio interroge-t-il les valeurs représentatives d'un personnage?

 

LA : le monologue à la lune

 

LORENZO, entrant. Je lui dirai que c'est un motif de pudeur, et j'emporterai la lumière - cela se fait

tous les jours - une nouvelle mariée, par exemple, exige cela de son mari pour entrer dans la chambre nuptiale, et Catherine passe pour très vertueuse. - Pauvre fille ! qui l'est sous le soleil, si elle ne l'est pas ? Que ma mère mourût de tout cela, voilà ce qui pourrait arriver.
Ainsi donc, voilà qui est fait. Patience ! une heure est une heure, et l'horloge vient de sonner. Si vous y tenez cependant - mais non, pourquoi ? - Emporte le flambeau si tu veux; la première fois qu'une femme se donne, cela est tout simple. - Entrez donc, chauffez-vous donc un peu. - Oh ! mon Dieu, oui, pur caprice de jeune fille. - Et quel motif de croire à ce meurtre ? Cela pourrait les étonner, même Philippe.
Te voilà, toi, face livide ? (La lune paraît.) Si les républicains étaient des hommes, quelle révolution demain dans la ville ! Mais Pierre est un ambitieux; les Ruccellaï seuls valent quelque chose. - Ah ! les mots, les mots, les éternelles paroles ! S'il y a quelqu'un là- haut, il doit bien rire de nous tous; cela est très comique, vraiment. - Ô bavardage humain ! ô grand tueur de corps morts ! grand défonceur de portes ouvertes ! ô hommes sans bras !
Non ! non ! je n'emporterai pas la lumière. - J'irai droit au coeur; il se verra tuer... Sang du Christ ! on se mettra demain aux fenêtres.
Pourvu qu'il n'ait pas imaginé quelque cuirasse nouvelle, quelque cotte de mailles. Maudite invention ! Lutter avec Dieu et le diable, ce n'est rien; mais lutter avec des bouts de ferraille croisés les uns sur les autres par la main sale d'un armurier ! - Je passerai le second pour entrer; il posera son épée là - ou là - oui, sur le canapé. - Quant à l'affaire du baudrier à rouler autour de la garde , cela est aisé. S'il pouvait lui prendre fantaisie de se coucher, voilà où serait le vrai moyen. Couché, assis, ou debout ? assis plutôt. Je commencerai par sortir. Scoronconcolo est enfermé dans le cabinet. Alors nous venons, nous venons ! je ne voudrais pourtant pas qu'il tournât le dos. J'irai à lui tout droit. Allons, la paix, la paix ! l'heure va venir. - Il faut que j'aille dans quelque cabaret; je ne m'aperçois pas que je prends du froid, et je viderai un flacon. - Non; je ne veux pas boire. Où diable vais-je donc ? les cabarets sont fermés. Est-elle bonne fille ? - Oui, vraiment. - En chemise ? Oh, non, non, je ne le pense pas. - Pauvre Catherine ! - Que ma mère mourût de tout cela, ce serait triste. - Et quand je lui aurais dit mon projet, qu'aurais-je pu y faire ? au lieu de la consoler, cela lui aurait fait dire : Crime ! Crime ! jusqu'à son dernier soupir !
Je ne sais pourquoi je marche, je tombe de lassitude.( Il s'assoit sur un banc.)

Pauvre Philippe ! une fille belle comme le jour. Une seule fois, je me suis assis près d'elle sous le marronnier; ces petites mains blanches, comme cela travaillait ! Que de journées j'ai passées, moi, assis sous les arbres ! Ah ! quelle tranquillité ! quel horizon à Cafaggiuolo ! Jeannette était jolie, la petite fille du concierge, en faisant sécher sa lessive. Comme elle chassait les chèvres qui venaient marcher sur son linge étendu sur le gazon ! la chèvre blanche revenait toujours, avec ses grandes pattes menues. (Une horloge sonne.)

Ah ! ah ! il faut que j'aille là-bas. - Bonsoir, mignon; eh ! trinque donc avec Giomo. - Bon vin ! Cela serait plaisant qu'il lui vînt à l'idée de me dire: Ta chambre est-elle retirée ? entendra-t-on quelque chose du voisinage ?" Cela sera plaisant; ah ! on y a pourvu. Oui, cela serait drôle qu'il lui vînt cette idée.

Je me trompe d'heure; ce n'est que la demie. Quelle est donc cette lumière sous le portique de l'église ? on taille, on remue des pierres. Il paraît que ces hommes sont courageux avec les pierres. Comme ils coupent ! comme ils enfoncent ! Ils font un crucifix; avec quel courage ils le clouent ! Je voudrais voir que leur cadavre de marbre les prît tout d'un coup à la gorge.

Eh bien, eh bien, quoi donc ? j'ai des envies de danser qui sont incroyables. Je crois, si je m'y laissais aller, que je sauterais comme un moineau sur tous ces gros plâtras et sur toutes ces poutres. Eh, mignon, eh, mignon ! mettez vos gants neufs, un plus bel habit que cela, tra la la ! faites-vous beau, la mariée est belle. Mais, je vous le dis à l'oreille, prenez garde à son petit couteau. (Il sort en courant. )