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16/05/2015

Lecture cursive : des poèmes de résistance

Séquence VI : Obéir ou résister ?

 

Objet d'étude : la question de l’homme dans les genres argumentatifs du XVIème siècle à nos jours

 

Problématique : en littérature, la loi du plus fort est-elle toujours la meilleure ?

 

Lecture cursive : des poèmes dans la résistance

 

« La Rose et le Réséda » Louis Aragon, mars 1943 (repris dans La Diane française, 1944)

 

À Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Tous deux adoraient la belle prisonnière

des soldats

Lequel montait à l’échelle et lequel guettait

en bas

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Qu’importe comment s’appelle cette clarté sur

leur pas

Que l’un fut de la chapelle et l’autre s’y dérobât

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles des lèvres du

cœur des bras

Et tous les deux disaient qu’elle vive et qui

vivra verra

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait

le délicat

Fou qui songe à ses querelles au cœur du

commun combat

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Du haut de la citadelle la sentinelle tira

Par deux fois et l’un chancelle l’autre tombe

qui mourra

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat

Lequel plus que l’autre gèle lequel préfère les rats

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Un rebelle est un rebelle deux sanglots font un seul glas

Et quand vient l’aube cruelle passent de vie à trépas

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Répétant le nom de celle qu’aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu’il aima

Pour qu’à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat

 

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

L’un court et l’autre a des ailes de Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla

L’alouette et l’hirondelle la rose et le réséda

 

 

« Ce cœur qui haïssait la guerre… » Desnos, 1943, L'honneur des poètes

 

Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !

Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,

Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine.

Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent,

Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne,

Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.

Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.

Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs battant comme le mien à travers la France.

Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,

Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises

Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :

Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !

Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,

Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères

Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera.

Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées, du jour et de la nuit.

 

 

« Liberté » Paul Éluard, Poésie et Vérité, Paris, 1942.

 

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom

 

Sur toutes les pages lues

Sur toutes les pages blanches

Pierre sang papier ou cendre

J’écris ton nom

 

Sur les images dorées

Sur les armes des guerriers

Sur la couronne des rois

J’écris ton nom

 

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur les genêts

Sur l’écho de mon enfance

J’écris ton nom

 

Sur les merveilles des nuits

Sur le pain blanc des journées

Sur les saisons fiancées

J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur

Sur l’étang soleil moisi

Sur le lac lune vivante

J’écris ton nom

 

Sur les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J’écris ton nom

 

Sur chaque bouffée d’aurore

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente

J’écris ton nom

 

Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l’orage

Sur la pluie épaisse et fade

J’écris ton nom

 

Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique

J’écris ton nom

 

Sur les sentiers éveillés

Sur les routes déployées

Sur les places qui débordent

J’écris ton nom

 

Sur la lampe qui s’allume

Sur la lampe qui s’éteint

Sur mes maisons réunies

J’écris ton nom

 

Sur le fruit coupé en deux

Du miroir et de ma chambre

Sur mon lit coquille vide

J’écris ton nom

 

Sur mon chien gourmand

et tendre

Sur ses oreilles dressées

Sur sa patte maladroite

J’écris ton nom

 

Sur le tremplin de ma porte

Sur les objets familiers

Sur le flot du feu béni

J’écris ton nom

 

Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend

J’écris ton nom

 

Sur la vitre des surprises

Sur les lèvres attentives

Bien au-dessus du silence

J’écris ton nom

 

Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés

Sur les murs de mon ennui

J’écris ton nom

 

Sur l’absence sans désirs

Sur la solitude nue

Sur les marches de la mort

J’écris ton nom

 

Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur l’espoir sans souvenir

J’écris ton nom

 

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté.

 

 

 

LA Zola "Lettre à la jeunesse"

Séquence VI : Obéir ou résister ?

 

Objet d'étude : la question de l’homme dans les genres argumentatifs du XVIème siècle à nos jours

 

Problématique : en littérature, la loi du plus fort est-elle toujours la meilleure ?

 

LA Zola, La vérité en marche «  Lettre à la jeunesse » 1897

 

O jeunesse, jeunesse ! Je t'en supplie, songe à la grande besogne qui t'attend. Tu es l'ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d'équité, posés par le siècle finissant. Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d'obscurités peut-être, mais à coup sûr l'effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d'être encore plus généreuse, plus libre d'esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l'éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.

Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l'exprimer publiquement, c'est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n'es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c'est que de se réveiller chaque matin avec la botte d'un maître sur la poitrine, tu ne t'es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d'acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l'intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout. - Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l'idée de justice s'obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos codes, qui n'est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l'innocence possible d'un condamné, sans croire insulter les juges. N'est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n'est toi qui n'es pas dans nos luttes d'intérêts et de personnes, qui n'es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peux parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?[...]

 

 

Descriptif définitif première ST2S3 autre format

Descriptif EAF2015 ST2S.doc

Descriptif définitif première ST2S3

 

EPREUVE ANTICIPEE DE FRANÇAIS

 

SESSION 2015

 

 

 

 

Descriptif des lectures et activités de la classe de Première ST2S3

Lycée Bréquigny - RENNES

 



CANDIDAT

NOM : ………………………………………………………………………………………..

Prénom : ……………………………………………………………………………………

















 

 

Signature du chef d’établissement, Mr Debray

 

 

Cachet de l’établissement :

 

 

Signature du professeur,

Mme Nathalie Caillibot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

_____________________________________________________

Lycée Bréquigny

7 avenue Georges GRAFF
BP 90516
35205 RENNES Cedex 2

 

 

Tél : 02 99 86 82 00

Fax : 02 99 86 82 01

OBJET D’ETUDE : Le personnage de roman, du XVIIème siècle à nos jours.

 

SEQUENCE I : Le monstrueux

 

Groupement de textes

 

Problématique : que met en jeu la fiction en utilisant la figure du monstre ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

(photocopies)

Groupementde textes

 

« La vampire » La morte amoureuse T. Gautier, 1836

 

« La pieuvre » Les travailleurs de la mer V. Hugo, 1866

 

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

 

  • Le monstre, ce diable : Le Léviathan, La Bible, Ancien Testament « livre de Job » II avt JC

  • Les métamorphoses symboliques : La métamorphose F. Kafka, (incipit), 1912 Rhinocéros Ionesco ( excipit de la nouvelle) 1957

  • Le monstre, une histoire de regards : « La demeure d’Astérion », Borges, « La mère aux monstres » Maupassant

 

Histoire des Arts

 

 

Les gargouilles du Moyen Age, le diable sur les tympans des églises, Jérôme Bosch triptyque « Le jugement dernier » vers 1510, « Vieille femme grotesque », Quentin Metsys 1525-1530

Lecture de l’image :

Le début du film : « Eléphant man » de David Lynch : trois photos extraites du film mettant en évidence le thème du regard.

Pistes d’étude et approches synthétiques

Qu’est-ce que le monstrueux ? Définition et  historique 

Pourquoi le monstrueux ? Les fonctions et variations : « l’autre regardé comme monstre»

 

 

Lecture cursive

 

 

La métamorphose Kafka

 

Activités proposées à la classe

 

Les monstres de la mythologie grecque

Le regard porté sur l’autre : trois photos de Diane Arbus, « le transsexuel », « la famille dans le jardin », « les enfants trisomiques déguisés 

 

 

 

 

 

 

SEQUENCE II : Du soleil et des hommes

 

Etude d’une oeuvre intégraleLe Soleil des Scorta, Laurent Gaudé

 

Problématique : en quoi le roman peut-il représenter un monde, entre réalisme et fantastique, et donner à voir des personnages symboliques ?

 

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé

 

L’incipit du roman : « Sur un chemin de poussière … » à

«  … ;continua sa route »

Le discours de Rocco aux villageois : chapitre II de « Une foule de badauds … à …le regard droit »

Le trabucco : chapitre V« Mais Raffaele n’avait pas dit son dernier mot … à ….que rien ne change »

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

Un groupement de textes autour de la nourriture et des personnages en liaison avec la scène du « Trabucco » dans Le soleil des Scorta :

 

Flaubert, Madame Bovary, 1857

Emile Zola, L’Assommoir, 1877

Proust, Sodome et Gomorrhe, 1923

Marguerite Duras, Moderato Cantabile, 1958

Histoire des Arts

 

 

" Les danses macabres au Moyen Age : description et fonctions

Les scènes de repas et la nourriture dans les arts plastiques : "La Cène" Léonard De Vinci 1497, "Les noces de Cana" Véronèse" 1562, "Repas de noce" Bruegel l'ancien, 1567, "The candy store" R. Estes, 1968, "Super market lady", Hanson Duane 1969.HANSON

Pistes d’étude et approches synthétiques

Le rôle des personnages : portrait individuel et portrait de groupes à travers les scènes de repas en littérature et au cinéma

Le rôle des personnages : des héros entre figures épiques et quotidiennes : la notion de hérosépiques

Le soleil des Scorta : une saga qui se sert et se sort du tragique : les éléments du tragique dans le roman

 

 

Lecture cursive

 

La Veuve Aphrodissia : une nouvelle de Marguerite Yourcenar, dans Nouvelles orientales

Activités proposées à la classe

 

Le rôle des scènes de repas au cinéma : des extraits de "Américain Beauty" de Sam mendes, 1999, "Les grandes vacances" avec Louis de Funès 1967, "Des hommes et des dieux" X. Beauvais 2010, "Les petits mouchoirs » G. Canet 2010.

 

OBJETS D’ETUDE : le théâtre et ses représentations / la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

 

SEQUENCE III : le pouvoir des contes et des fables

 

Groupement de textes

 

Problématique : Comment le conte et les fables, par leur dimension fictive, peuvent-ils amener le lecteur à une vision critique ?

 

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

(photocopies)

Groupement de textes

 

 

« Conte arabe » Rabah Belamri, Mémoire en archipel, 1990.

 

« De l'horrible danger de la lecture » Voltaire, 1765

 

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

« La Génisse, la Chèvre et la Brebis, en société avec le Lion » La Fontaine,Fables, I, 6, 1668, « Le Loup et l'Agneau » La Fontaine, Fables, I, 10, 1668. extrait de l'article « Autorité politique » Diderot, Encyclopédie, 1751-1772.

Histoire des Arts

 

 

 

« Fallen princesses », Dina Goldstein, 2007.

 

 

Pistes d’étude et approches synthétiques

 

La littérature est-elle une arme efficace pour critiquerles injustices ?

A quoi servent les histoires ?

(sous la forme de deux dissertations)

 

 

Lecture cursive

 

 

 Le miroir brisé  Jonathan Coe, 2014

 

Activité proposée à la classe

 

 

Les élèves ont assisté à une représentation de « Antigone à New-York » de de Janusz Glowacki par la compagnie de « L'homme de paille »

 

 

SEQUENCE IV : le pouvoir de la caricature et du comique

 

Etude d’une œuvre intégrale : Ubu Roi Alfred Jarry 1896

 

Problématique : Comment le théâtre, par sa dimension comique, donne-t-il du pouvoir une image à la fois risible et inquiétante ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

 

Ubu Roi Alfred Jarry 1896

 

Scène d’exposition : Acte I scène 1

 

Le massacre : Acte III scène 2

 

Ubu à la guerre :Acte IV scène 4

 

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

 

 

 

Une pièce provocatrice : Discours d’Alfred Jarry prononcé à la première représentation d’Ubu Roi au théâtre de l’œuvre, 1896 : sa dimension provocatrice.

 

Des textes qui pourraient faire sourire, noir ….

 

Crabe rouge Julien Mabiala Bissila version de 2014

Voltaire, «Guerre»,Dictionnaire philosophique, 1764.

 

 

Histoire des Arts

 

 

Des représentations d’Ubu : une caricature du souverain ;Ubu par Alfred Jarry 1896,Ubu roi par J. C. Averty 1965,Ubu roi par J.P. Vincent 2009, Ubu roi E. Reuzé ( bande dessinée) 2002

 

 

Pistes d’étude et approches synthétiques

 

Réponse à la problématique élaborée en utilisant Ubu

Roi : les différentes visions données du pouvoir, les différentes visions données des « victimes », le pouvoir et la guerre

 

 

Lecture cursive

 

Lecture personnelle : ____________________________________________

Activités proposées à la classe

 

Les élèves ont assisté à une représentation de « Antigone à New-York » de de Janusz Glowacki par la compagnie de « L'homme de paille »

 

 

 

 

 

 

 

OBJET D’ETUDE : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours

 

Séquence V : l'inquiétante étrangeté du monde

 

Groupement de textes

 

Problématique : comment la poésie peut-elle donner à voir du monde quotidien une vison autre que celle de la banalité ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

Groupement de textes

 

« Ode » Théophile de Viau Oeuvres poétiques 1621-1623

 

« Le buffet » Arthur Rimbaudoctobre 70

 

« Le cageot » Francis Ponge Le Parti pris des choses, 1942

 

 

 

Textes complémentaires

 

 

« Au Cabaret-Vert » Rimbaud octobre 70

« L'huître » Francis Ponge Le parti-pris des choses 1942

Histoire des arts

 

Au travers l'observation de plusieurs œuvres picturales : le mémento mori, le carpe diem, la symbolique des objets

« Nature morte à la vanité », Saint André vers 1650, « Fontaine » Duchamp 1917, « Vitrine de référence » Boltanski 1971, « Réserve des enfants » Boltanski 1991, Exposition « Trash », 2014

 

Le baroque : une inquiétante vision du monde

 

Pistes d’étude et approches synthétiques

 

 

Comment, par l'utilisation des objets, l'art donne-t-il à voir « l'inquiétante étrangeté du monde » ?

 

Lecture cursive

 

Lecture personelle : ____________________________________________

 

Activités proposées à la classe

 

Les élèves ont réalisé une anthologie poétique sur le thème de leur choix : les textes sont présentés dans une préface argumentée et sont reliés à des œuvres artistiques.

 

 

 

OBJETS D’ETUDE : la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

 

 Séquence VI : Obéir ou résister ?

Groupement de textes

 

Problématique : en littérature, la loi du plus fort est-elle toujours la meilleure ?

 

Pour l’exposé :

 

supports des lectures analytiques

(photocopies) 

Groupement de textes

 

 

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1549, extrait dit « Du pain et des hommes »

 

Zola, La vérité en marche «  Lettre à la jeunesse » 1897

 

Pourl’entretien

 

 

Textes complémentaires

 

 

Leslie Kaplan « Un homme libre », et « les mots » publie.net, 2007.

D'après Noam Chomsky, Dix stratégies de manipulation de masses, Pressenza, Boston, 2010.

 

Histoire des Arts

 

 

Un extrait de la bande dessinée de Manu Larcenet « le rapport de Brodeck » 2015, adaptée du roman de P. Claudel, 2007, l'épisode du « chien Brodeck ».

Pistes d’étude et approches synthétiques

Eléments de réponse à la problématique de la séquence

Comment la littérature et les arts peuvent-ils être une forme de résistance ?

 

 

 

Lecture cursive

 

Une sélection de poèmes de la résistance :

 

«Liberté » Eluard, 1942,

«  La rose et le réséda », Aragon,1944,

«  Ce coeur qui haïssait la guerre », Desnos,1943

 

Activités proposées à la classe

 

 

Deux courts métrages sur le fonctionnement social : "Le moulin" court métrage d'animation, Florian Thouret, 2005

"More" court métrage d'animation, Mark Osborne, 1999

« Obéir ou résister » documentaire sur l'expérience de Milgram

 

 

 

15/05/2015

"Le moulin" court métrage

"More" court métrage

Textes complémentaires : Leslie Kaplan

Séquence VI : Obéir ou résister ?

 

Objet d'étude : la question de l’homme dans les genres argumentatifs du XVIème siècle à nos jours

 

Problématique : en littérature, la loi du plus fort est-elle toujours la meilleure ?

 

 

Textes complémentaires : Leslie Kaplan « Un homme libre », publie.net, 2007.

 

 

 

Extrait 1 : "Un homme libre, qu’est-ce que c’est ?" texte écrit pour Marcial Di Fonso Bo, à Lausanne en 2000

c’est l’instituteur d’Imre Kertész emmené dans un convoi pour Auschwitz qui garde la portion de nourriture de l’adolescent évanoui à côté de lui et qui lui rend quand il se réveille, alors qu’il aurait pu, naturellement, la manger ;

c’est Fritz Lang qui part pour Paris le 20 juillet 1933 en sortant du bureau de Goebbels qui vient de lui offrir la direction du cinéma allemand ;

c’est Simone Weil qui malgré tout ce que la bonne société française lui renvoie d’injures et de calomnies fait voter la loi sur l’avortement ;

c’est un paysan du Chambon-sur-Lignon, il y en a eu beaucoup, qui a caché un enfant juif pendant la guerre sans même se poser la question ;

c’est Miguel Angel Estrella enfermé dans la prison de Liberta en Uruguay à qui un tortionnaire vient dire, Je vais te casser les doigts, et qui lui répond : Comme vous le savez, je suis pianiste, si vous faites cela, vous me supprimez ma raison de vivre, et je serai très triste pour vous ;

c’est une femme déportée dans un camp d’extermination qui tous les jours se lève et va se laver dans l’eau glaciale ;

c’est Sigmund Freud qui découvre l’Inconscient et qui dit, Ils ne le savent pas mais nous leur apportons la peste ;

c’est un ouvrier préposé à la chaufferie à qui son chef demande d’augmenter le rythme et qui refuse, s’en va, et ne remet plus jamais les pieds dans une usine ;

c’est Che Guevara, la jambe mitraillée, qu’un officier vient chercher pour le tuer et qui se met debout en disant, Tu vas voir comment meurt un homme libre ;

c’est un homme qui a passé sa vie en prison en subissant le pire et qui sort avec un visage ouvert, radieux. Nelson Mandela.

c’est une femme qui a toujours pensé qu’elle était l’égale de l’homme ;

c’est Bartleby le copiste de Melville qui un jour arrête tout en disant, I prefer not to, Je préfère ne pas. Quand on finit par le mettre en prison et que son ancien patron vient le consoler, Regarde le ciel bleu, regarde l’herbe verte, il répond seulement, I know where I am, Je sais où je suis.

(...)

c’est Baruch Spinoza qui n’a jamais été découragé, qui ne s’est jamais arrêté de penser, malgré les persécutions et l’excommunication de sa communauté ;

c’est Yéhuda Lerner qui à dix-sept ans déguisé en tailleur et armé d’une hache organise avec d’autres la révolte du camp de Sobibor ;



(...)

c’est un homme qui dit, alors qu’il est enfermé à Dachau, “La nuit était belle”. Robert Antelme.

c’est Katow qui donne son cyanure à son voisin qu’il entend pleurer alors qu’ils attendent avec des dizaines d’autres prisonniers d’être jetés vivants dans les chaudières bouillantes des locomotives de Tchang-Kai-Tchek ;

c’est une vieille dame à qui deux jeunes gens viennent de prendre tous ses bijoux et qui dit, Peut-être ils ne savent faire que ça ;

c’est chacune des mères de la place de Mai à Buenos Aires ;

c’est John Cassavetes qui a mis, combien d’années, pour faire avec sa famille et ses amis, Faces ;

c’est David Rousset qui écrit dans L’univers concentrationnaire : “Les hommes raisonnables ne savent pas que tout est possible” ;

c’est une femme qui n’a peur de rien, de rien, de rien, qui n’est intimidée ni par Nietzsche, ni par Rilke, ni par Freud, et qui aime par dessus tout la rencontre, avec Nietzsche, avec Rilke, avec Freud. Lou Andreas Salomé.

c’est James Baldwin, noir, homosexuel, qui s’exile de New-York où il ne peut pas vivre et qui dit, I want to be an honest man and a good writer, Je veux être un homme honnête et un bon écrivain ;

c’est Paul Cézanne tout seul qui veut donner “la vérité en peinture” et qui la peint ;

c’est Charles Chaplin qui dans chacun de ses gags va à l’encontre de la réalité opprimante, l’usine, la prison, la misère, et par-dessus tout, la bêtise, la bêtise, la bêtise ;

c’est Hannah Arendt qui écrit Eichmann à Jérusalem et qui montre que la banalité du mal ce n’est pas que le mal est banal mais qu’il peut être le fait de personnes complètement banales ;

c’est un homme qui au plus fort de la guerre enragée contre l’intégration dit, I have a dream, Je fais un rêve. Martin Luther King ;

 

Extrait 2 : "Les mots"

 

les mots, qu’est-ce que c’est ?

on se pose cette question quand il y a une crise

quand on ressent une crise

des mots, du langage, du sens

les mots sont dévalorisés, ne signifent plus rien,

mensonges, tromperie

j’ai commencé à écrire avec le mot usine

usine, c’est quoi ? c’est un petit mot normal ? banal ?

habituel ?

usine ?

est-ce qu’on s’habitue aux mots

comme on s’habitue

soit- disant

à tout ?

je ne crois pas

pour moi la littérature est un questionnement

est- ce que c’est un questionnement direct ?

comme : pourquoi un premier ministre
sans parler d’un président de la République

ne démissionne pas ?

ou : pourquoi les gens travaillent beaucoup

et ne gagnent pas

grand chose ?

non

c’est un questionnement qui n’est pas réactif

un questionnement de pensée

qui suppose le temps

et l’espace

le temps et l’espace pour penser

une mise en perspective

une distance, un point de vue

si j’ai lu des livres, si je lis des livres

de littérature,

si j’écris

c’est pour ça

est-ce que j’ai quelque chose en commun avec

un étudiant russe désargenté de l’époque du tsar

qui assassine une vieille usurière ?

oui

est-ce que j’ai quelque chose en commun avec

un petit gamin juif
de Newark, New Jersey,

des années trente

qui aurait pu, je dis bien : aurait pu,

grandir

dans une Amérique transformée

en pays fasciste

si Lindbergh, ce héros aviateur, pro nazi,

avait été élu président des Etats-Unis ?

oui

mais attention

ce que j’ai en commun, ce n’est pas la situation

sociale

politique

historique

psychologique

c’est la possibilité

c’est que : en tant qu’être humain,

homme ou femme,

j’aurais pu...

et ça, ce j’aurais pu, cette action

est contenu dans les mots

dans le langage

dans le fait que les mots essaient
de rendre compte du réel

au plus près

au plus singulier

et pour cela

par ce travail

ils essaient, les mots, de rendre compte

à la fois de ce qui est

et de ce qui est possible

du désir comme du cauchemar

la littérature ce n’est pas raconter sa vie

comme les émissions

soi-disant littéraires

de la télévision

voudraient le faire croire

la littérature c’est penser, essayer, avec des mots

c’est une recherche, concrète, vivante

avec des personnages,

qui sont des porte-questions,

avec des histoires, des récits,

avec des lieux

avec de l’espace, avec du temps

la littérature, c’est :

« quelque chose se passe, et alors, quoi ? »
c’est à l’intérieur du réel le plus réel

trouver, creuser, inventer, de l’ouvert

de l’écart

du décalage

du jeu

du possible

c’est entrer en contact avec le monde

si je vis telle situation, si je l’éprouve,

qu’est-ce que ça veut dire,

qu’est-ce que je peux en dire

il y a cette histoire extraordinaire

racontée par Melville,

l’auteur de Moby Dick

« Bartleby »

qui se passe à New York

elle est sous-titrée d’ailleurs

« une histoire de Wall Street »

qui même si elle a été écrite au milieu de 19e siècle

nous parle encore aujourd’hui

Bartleby est un copiste

dans un bureau, à Wall Streeet

un jour il refuse de copier

et ne dit qu’un chose, une seule
I would prefer not

je préfère ne pas

finalement on l’interne

et quand son patron, un peu honteux, vient le voir

et pour l’inciter à manger,

à cesser de tout refuser,

lui vante le beau soleil, les belles pelouses,

regarde, Bartleby, regarde,

Bartleby ne dit qu’une chose,

I know where I am,

je sais où je suis

on ne peut pas me raconter des bobards

pour moi, la littérature, c’est ça

savoir où l’on est

essayer

et le dire, et le questionner

c’est une recherche de vérité

concrète

sur la société, l’état de la société

et le monde

et le rapport qu’ici et maintenant je maintiens avec elle

c’est-à-dire : comment je veux vivre,

ici et maintenant
moi

vous

ce qui est intéressant, c’est la position,

le point de vue

l’engagement c’est ça

pas l’anecdote

la société a une grande capacité de trivialiser, de banaliser

j’ai parlé de l’usine

mais c’est pour tout

ah lui il aime ceci, ah elle, elle aime cela

quel intérêt, quel intérêt

c’est la tendance people

qui va avec la tendance

« j’aime, j’aime pas »

l’opinion est nécessaire

mais n’est pas suffisante

la démocratie exige de la pensée

concrète

c’est fatiguant

c’est réjouissant

et la littérature c’est ça : penser concrètement

avec des mots
qui rendent compte des détails

pas des concepts

pas des idées

des mots

pris au sérieux

pris comme interlocuteurs

qui tu es, mot,

et qu’est-ce que tu veux dire,

pas des mots déniés, banalisés,

tronqués

aucun mot n’est vrai en soi

il n’y a pas de beau mot, de grand mot, de mot lourd,

riche, valeureux,

en soi

non

tous les mots sont à égalité

parce qu’un mot n’existe qu’avec d’autres mots

dans un contexte

une histoire

un récit

avec des liens

mais des liens supposent aussi des cassures,

des ruptures,
parfois violentes

des déplacements

des sauts

des liens : chacun a les siens

exemple : ce que Hannah Arendt

qui n’a pas écrit de la littérature

dit sur la pluralité,

« ce n’est pas l’Homme, ce sont les hommes,

qui font l’Histoire »

ça pourrait être la devise de la littérature

et ce sont les hommes,

s’ils deviennent des personnages,

et non pas l’Homme, comme concept général,

qui font les récits, les romans,

ce ne sont pas des mots à sens unique

pris dans des systèmes ou des langues de bois

mais tous les mots dans tous leurs sens multiples

qui font la poésie

je veux raconter des histoires d’aujourd’hui

qui permettent de penser le passé (...)

 

 

Textes complémentaires : Noam Chomsky

Séquence VI : Obéir ou résister ?

 

Objet d'étude : la question de l’homme dans les genres argumentatifs du XVIème siècle à nos jours

 

Problématique : en littérature, la loi du plus fort est-elle toujours la meilleure ?

 

Texte complémentaire : Noam Chomsky, Dix stratégies de manipulation de masses, Pressenza, Boston, 2010.

 

 

 

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

 

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

 

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

 

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

 

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

 

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

 

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !…

 

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

 

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

LA Zola "lettre ouverte à la jeunesse"

Séquence VI : Obéir ou résister ?

 

Objet d'étude : la question de l’homme dans les genres argumentatifs du XVIème siècle à nos jours

 

Problématique : en littérature, la loi du plus fort est-elle toujours la meilleure ?

 

LA Zola, La vérité en marche «  Lettre à la jeunesse » 1897

 

O jeunesse, jeunesse ! Je t'en supplie, songe à la grande besogne qui t'attend. Tu es l'ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d'équité, posés par le siècle finissant. Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d'obscurités peut-être, mais à coup sûr l'effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d'être encore plus généreuse, plus libre d'esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l'éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.

Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l'exprimer publiquement, c'est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n'es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c'est que de se réveiller chaque matin avec la botte d'un maître sur la poitrine, tu ne t'es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d'acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l'intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout. - Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l'idée de justice s'obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos codes, qui n'est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l'innocence possible d'un condamné, sans croire insulter les juges. N'est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n'est toi qui n'es pas dans nos luttes d'intérêts et de personnes, qui n'es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peux parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?[...]

 

 

Texte LA "la servitude volontaire" La Boétie

Séquence VI : Obéir ou résister ?

 

Objet d'étude : la question de l’homme dans les genres argumentatifs du XVIème siècle à nos jours

 

Problématique : en littérature, la loi du plus fort est-elle toujours la meilleure ?

 

 

LAÉtienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1549, extrait

 

 

 

 

Cette ruse des tyrans d’abêtir leurs sujets n’a jamais été plus évidente que dans la conduite de Cyrus envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de leur capitale et qu’il eut pris pour captif Crésus, ce roi si riche. On lui apporta la nouvelle que les habitants de Sardes s’étaient révoltés. Il les eut bientôt réduits à l’obéissance. Mais ne voulant pas saccager une aussi belle ville ni être obligé d’y tenir une armée pour la maîtriser, il s’avisa d’un expédient admirable pour s’en assurer la possession. Il y établit des bordels, des tavernes et des jeux publics, et publia une ordonnance qui obligeait les citoyens à s’y rendre. Il se trouva si bien de cette garnison que, par la suite, il n’eut plus à tirer l’épée contre les Lydiens. Ces misérables s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux si bien que, de leur nom même, les Latins formèrent le mot par lequel ils désignaient ce que nous appelons passe-temps, qu’ils nommaient Ludi, par corruption de Lydi.

Tous les tyrans n’ont pas déclaré aussi expressément vouloir efféminer leurs sujets ; mais de fait, ce que celui-là ordonna formellement, la plupart d’entre eux l’ont fait en cachette. Tel est le penchant naturel du peuple ignorant qui, d’ordinaire, est plus nombreux dans les villes : il est soupçonneux envers celui qui l’aime et confiant envers celui qui le trompe. Ne croyez pasqu’il y ait nul oiseau qui se prenne mieux à la pipée, ni aucun poisson qui, pour la friandise du ver, morde plus tôt à l’hameçon que tous ces peuples qui se laissent promptement allécher à la servitude, pour la moindre douceur qu’on leur fait goûter. C’est chose merveilleuse qu’ils se laissent aller si promptement, pour peu qu’on les chatouille. Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements étaient ceux qu’employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples abrutis, trouvant beaux tous ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir qui les éblouissait, s’habituaient à servir aussi niaisement mais plus mal que les petits enfants n’apprennent à lire avec des images brillantes.

Les tyrans romains renchérirent encore sur ces moyens en faisant souvent festoyer les décuries, en gorgeant comme il le fallait cette canaille qui se laisse aller plus qu’à toute autre chose au plaisir de la bouche. Ainsi, le plus éveillé d’entre eux n’aurait pas quitté son écuelle de soupe pour recouvrer la liberté de la République de Platon. Les tyrans faisaient largesse du quart de blé, du septier de vin, du sesterce, et c’était pitié alors d’entendre crier : << Vive le roi ! >> Ces lourdeaux ne s’avisaient pas~ qu’ils ne faisaient que recouvrer une part de leur bien, et que cette part même qu’ils en recouvraient, le tyran n’aurait pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée. Tel ramassait aujourd’hui le sesterce, tel se gorgeait au festin public en bénissant Tibère et Néron de leur libéralité qui, le lendemain, contraint d’abandonner ses biens à l’avidité, ses enfants à la luxure, son sang même à la cruauté de ces empereurs magnifiques,~ ne disait mot, pas plus qu’une pierre, et ne se remuait pas plus qu’une souche. Le peuple ignorant a toujours été ainsi : au plaisir qu’il ne peut honnêtement recevoir, il est tout dispos et dissolu ; au tort et à la douleur qu’il peut honnêtement souffrir, il est insensible.