15/05/2013
Sujet d'invention : réécrire
Sujet d’invention : réécrire
La réécriture consiste en l’imitation du style d’un écrivain : on en distingue deux types :
· Le pastiche : imitation des procédés d’écriture d’un auteur pour rédiger un nouveau texte. La consigne invite à rédiger un texte « à la manière de ». Ex : rédigez un texte « à la manière de Maupassant dans Le Horla.
· La parodie : reprise des procédés d’écriture d’un auteur de manière comique pour rédiger un nouveau texte. Il faut exagérer les procédés repérés en les multipliant, ou créer un décalage entre le style et la situation évoquée. Ex : inspirez-vous du mythe de Prométhée pour évoquer vos soucis d’organisation dans la vie quotidienne.
I Comprendre la consigne et identifier les caractéristiques du texte.
Ø Analyser la consigne pour déterminer la nature de la réécriture demandée.
Ø Identifier les caractéristiques du texte à réécrire : le genre, le type de texte, la structure d’ensemble, le registre, le cadre spatio-temporel, les thèmes essentiels.
II Reconnaître le style de l’auteur et s’en inspirer.
Ø Enumérer les procédés d’écriture que l’on reprendra dans le nouveau texte : le système d’énonciation, le niveau de langue, la syntaxe, les figures de style …
Ø Trouver des idées de transposition et les organiser, par exemple, dans le cas de la parodie, les écarts par rapport au texte initial doivent produire le comique.
III Rédiger et se relire
Ø Produire un nouveau texte : réécrire n’est pas transposer, il faut modifier les noms, la situation, le cadre spatio temporel.
Ø Construire un nouveau texte en filiation étroite d’avec le texte initial.
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Fiche de fin de séquence IX Oedipe et ses doubles
Séquence IX : Œdipe et ses doubles
La machine infernale 1932 Jean Cocteau / Œdipe roi Sophocle 415 avt JC / Feux M. Yourcenar
Objet d’étude : les réécritures (IO)
Problématique : comment la réécriture d’un mythe lui donne-t-elle sens ?
LA
LA (22) : la scène d’exposition acte I du début à « … en jouant aux dés ».
LA (23) : la rencontre entre Œdipe et le sphinx acte II de « LE SHINX : Œdipe ! » à « … Tu es libre »
LA (24) : le dénouement acte IV de « Œdipe aveugle apparaît » à la fin.
Textes complémentaires :
Comparaison entre « La voix » dans La machine infernale, Jean Cocteau, (1932) et « Le prologue » Antigone Anouilh (1944)
Le prologue d’Oedipe roi Sophocle 415 avt JC et le premier chapitre de Œdipe roi de Lamaison 1999 publié dans la série noire
« Phèdre ou le désespoir » Feux M. Yourcenar 1932 (une réécriture à mettre en lien avec Phèdre de Racine)
Une réécriture romantique du mythe de Dom Juan : Baudelaire Les Fleurs du mal, « Spleen et idéal », (1857)
Comparaison entre le roman-photo « Bovary 73 » et un extrait du roman de Flaubert Madame Bovary ( 1857) : la scène de première rencontre, une réécriture appauvrissante.
« Le chêne et le roseau » J. Anouilh Fables 1962 ( réécriture de : « le chêne et le roseau » La Fontaine
Fables, livre I 1668)
Activités complémentaires proposées à la classe : extraits du film de Cocteau : « Le testament d’un poète » /la première partie du reportage de B. Tavernier et et Jean Aurenche « Philippe Soupault et le surréalisme » 1982
Questions de synthèse :
L’œuvre picturale : réécritures parodiques, influences, citations et autocitations.
Les réécritures et l’intertextualité ( manuel p 512, 513)
Sur l’œuvre de Cocteau : la désacralisation des personnages : la modernisation du mythe
Histoire des arts : « La Joconde » dans tous ses états, de Soupault « LHOOQ » 1919, « La Joconde est dans les escaliers » Filliou 1969/ Ingres par lui-même et les autres : « Le bain turc » 1867,Raysse « La grande odalisque » série « Made in Japan » 1963-1965 / Des réécritures politiques et commerciales : La cène de Vinci revue pour la marque Marithé et François Girbaud (publicité de 2009)
Lecture cursive : « Phèdre ou le désespoir » et « Antigone ou le choix» Marguerite Yourcenar Feux 1932
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Proposition pour la LA acte IV le dénouement de "La machine infernale"
Séquence IX : Œdipe et ses doubles …
La machine infernale 1932 Jean Cocteau / Œdipe roi Sophocle 415 avt JC / Œdipe roi Lamaison 1999
Objet d’étude : les réécritures
Une problématique possible : en quoi la scène finale donne-t-elle un sens singulier à la réécriture du mythe d’Œdipe par Cocteau ?
I Une scène finale : ses caractéristiques, un dénouement et un rétablissement vers « l’ordre normal »
1) Le statut des personnages secondaires : équilibre le tragique en assurant la lisibilité de la scène + équilibre = 2 pers « ds la cité » / « pers ds le mythe »
· Créon : devient le régent : l’ordre à la dimension humaine et sociale : régent = le garant de l’ordre politique, social et familial. Pr Créon Oe = 1 objet de scandale vis-à-vis du peuple, ne doit pas être su : « ce serait un scandale épouvantable », la vérité de la faute du pouvoir ne doit pas être sue : « Il est impossible qu’on le laisse traverser la ville ». Logique de Créon = celle de l’humanité banale, triviale : « Mieux valait la mort », « il a le délire, la fièvre = cherche des explications rationnelles. Ne peut pas voir Jocaste, n’a pas accès à la dimension du mythe. Appartient à l’humanité ordinaire, cherche des solutions à sa mesure : « je vais donner des ordres ». Celui qui règne sur les choses par des actions concrètes : « J’ai ma tête sur mes épaules, moi » : tournure emphatique par la répétition du pronom personnel final qui le met à part, en opposition à Oe. Pense ds le concret, le visible, pas le sacré : « j’ai est assez de vos devinettes et de vos symboles » : dénominations dévalorisantes, mystère tragique = « devinettes » + « J’ai le devoir » = au niveau familial aussi, il veut représenter l’autorité : « Antigone ! Antigone ! Je t’appelle …. » Evoque « le déshonneur, la honte » pers sans grandeur tragique, lié à la morale de convention, de la norme cf préoccupé par le futur immédiat : « Qui s’en chargera, qui les recueillera ? » Ms, c’est un pers impuissant, le mythe le submerge : ne peut retenir Antigone, interompu par Tirésias qui le réduit au silence physiquemen cf didascalie « l’empoigne par le bras et lui met la main sur la bouche »
· Tirésias : redevient un devin « sérieux », rétablit l’ordre à la dimension du sacré, du divin, du tragique, rejoint Oe : aide à la transfiguration en empêchant Créon d’agir, lui donne des ordres : « Halte ! » + offre son bâton d’augure et accompagne son geste : « Il lui portera chance », symbole de sa dignité retrouvée. T. a accès au monde de l’invisible, il pourrait voir le fantôme de Jocaste. Bâton qui deviendra le bâton de marche et soutien d’Oe avec Antigone.
2) le mélange des registres : a été constant ds la pièce et est condensé ici.
· comique, fantastique, tragique Trace du comique du début de la pièce = allusion de Jocaste à « cette méchante écharpe et cette affreuse broche. L’avais assez prédit » = clin d’œil aux spectateurs + prédit », la mort est annoncée depuis le début, tout a été dit depuis le début : drame attendu. Fantastique avec la figure du fantôme, dramatique srt porté par Oe : figure de la souffrance, de la douleur, de la honte de soi : « Femme ne me touche pas », « je soufre … J’ai mal », « La journée sera rude », « Laisse moi … ne touche pas mes mains », douleur qui envahit son corps : « das la tête et dans la nuque et dans les bras … c’est atroce ». Puis culpabilité enfin assumée, acceptation et apaisement = on rentre ds le tragique : « abandonné » = le personnage ne lutte plus contre l’invisible, les faits qui l’ont dépassé ( cf l’apaisement aussi ds la mort de Phèdre « Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté / Rend au jour qu’ils souillaient toute sa pureté »)
- et celui des registres de langue : vocabulaire adapté à chaque personnage et à son rôle : T. redevient
grave, Créon = pragmatique, Oe tragique, Jocaste redevient une mère. Voc affectif : « mon pauvre petit », « mon enfant, mon petit enfant ». registre dramatique pr Oe, n’est plus un enfant capricieux, n’est plus violent envers T., tient à Antigone le langage de la raison, du père protecteur : « Tu dois être sage ». Antigone, registre familier et affectif « petit père » répété. Créon = le langage du roi, du droit, de la raison normative : « je n’autoriserai pas … j’ai le devoir ». T. celui qui donne à entendre le sens sacré de la scène, lui qui en donne la leçon : « là où cet homme se trouve », « aux peuples, aux poètes, aux cœurs purs ». Pas de cacophonie, les pers. Sont enfin à leur place = évolution apaisée.
3) Une réconciliation, un apaisement : la fin du cycle infernal : vers un accomplissement de la tragédie : des motifs sont repris
- Les escaliers, les fantômes (cf acte I) : les escaliers à descendre, et non plus à monter. Lenteur de la disparition des pers, comme un cortège grave et digne : « Ils se mettent en route », « Il y a encore toute la plateforme » = didascalie interne qui évoque la traversée du plateau de théâtre qui doit se faire en silence puisque didascalie suivante = « Ils disparaissent ». lenteur prolongée par les voix off des personnages que l’on entend après la mention de leur disparition de la scène + Créon qui commente le départ : « en admettant qu’ils sortent de la ville » lenteur solennelle car accomplissement du destin, il ne sert à rien d’accélérer le mouvement + le chemin à parcourir est encore long ( hypotexte Oedipe à Colonne). Les deux fantômes aussi s’opposent laideur de Laïus, impuissance inquiète et fébrile vs beauté et sérénité de Jocaste
- Le rôle d’Antigone : elle aussi devra accomplir son destin ( autre hypotexte) : guide de son père + la révoltée contre l’ordre établi. Manifestation de sa volonté « s’accroche à sa robe », contribution à le reconstruction du groupe familial cf « Empoigne ma robe solidement », union entre les trois : « On entend Jocaste et Antigone parler exactement ensemble », accomplit son rôle de messagère, respectueuse de l’ordre divin : « embrasse la main de Tirésias » ms désobéit à Créon. Fidélité au père « Père, petit père », amour exclusif, demande son autorisation : « Je t’en supplie ». Nbreuses phrases exclamatives et répétition de formes négatives : « Je ne veux pas ( X3), « Ne me laisse pas » ( X3). Figure du refus, rejet de son oncle qui reste impuissant face à elle : « Nature ingrate ». Conforme à l’hypotexte et autres réécritures du mythe (ATTENTION, Antigone de Anouilh écrit en 1944)
II Une relecture singulière, conforme à la tonalité d’ensemble de la pièce et qui ouvre le sens vers le symbolique poétique
1) La figure de Jocaste
- Fantôme –guide : est dégagée de son enveloppe terrestre, sorte de statue, belle, digne : « morte, blanche, belle, les yeux clos ». Absence de regard humain sur elle, a acquis elle aussi la dignité ds sa mort et le savoir tragique. N’appartient plus à la logique humaine, les valeurs morales sont relatives à son nouveau statut, les valeurs humaines communes n’ont plus de sens : « Les choses qui apparaissent abominables aux humains » = « peu d’importance » + « de l’endroit où j’habite » = périphrase neutre pour désigner les Enfers. Neutralité qui détache Jocaste des références précises, notamment mythologie grecque vs Laïus ds l’acte I qui était une âme errante, poursuivi et tourmenté par des forces infernales qui tentaient de le rattraper. Ici, femme en dehors du onde des hommes et d’un jgt possible sur elle, par les autres hommes ou même les Dieux des Enfers.
- Figure maternelle : « Ta femme est morte pendue », insistance avec la tournure emphatique (présentatif + relative) « C’est ta mère qui ». Aide Oe à descendre l’escalier et le soigne : « Je te panserai à la fontaine » : soin, guérit la douleur + fontaine, eau, pureté. Mère qui va laver son fils de la souillure de l’inceste. Cf attitude envers Antigone = aussi une mère : « La petite est si fière » = douceur du voc affectif, reconnaît sa place ds la fratrie « La petite » = la petite dernière des enfants de Jocaste et de Oe. + mère qui organise et décide pr le bien être de tous : « Il faut le lui laisser croire », « je me charge de tout ». Jocaste n’est plus ds le désir.
2) La figure d’Œdipe
- Se qualifie de monstrueux : dégoût de soi : cf énumération et gradation. Punition appelée sur lui-même avec une extrême violence « qu’on me chasse, qu’on m’achève, qu’on me lapide, qu’on abatte » : virulence et dégradation, comme une bête, assimilation soulignée, périphrase métaphorique « la bête immonde », renvoie à l’inceste, crime + honte de soi, se dit ds le refus d’être touché : « ne touche pas mes mains, ne m’approche pas » : il est souillé, comme un mal contagieux, un père qui pourrait salir sa petite fille, celle qui es innocente. Prise de csce et aveu ensuite : « J’y vois clair mais je souffre » : opposition entre les deux états = l’aveuglement ancien (le bonheur) / la lucidité actuelle = la souffrance : « je n’ai pas su comprendre ». Verbe savoir qui renvoie à sa culpabilité ( il y avait moyen de comprendre). Puis apparition de Jocaste : les exclamatives marquent la surprise et l’horreur, dégoût d’elle aussi ds l’interjection « Femme ». Et enfin « mère ! » : exclamative, didascalie qui marque l’abandon et se laisse guider question « Où commencent les marches ? » reconnaît avoir besoin d’aide, commence son cheminement vers l’exil, plus de dégoût ni de refus de soi.
- Tirésias lui redonne orgueil et dignité, l’accompagne ds son évolution. D’abord, présentation critique de son geste, Oe = un homme + « son orgueil », la cause de la chute est le caractère humain du pers., son goût du pouvoir, sa volonté d’être unique. Antithèse « heureux » « malheureux » « et les deux superlatifs « le plus heureux », « le plus malheureux ». « le roi qu’Œdipe voulait être » vs « celui qu’il est » : volonté humaine se heurte à la vérité, qui est autre. Les masques sont tombés, Oe. Est ds sa vérité = pas un roi, ms un assassin et un incestueux. T. souligne ensuite face à Créon que Oe. n’appartient plus à l’histoire humaine, il a atteint une autre réalité, celle du mythe, périphrase : « là où cet homme se trouve // Jocaste « de l’endroit où j’habite », en dehors du monde ordinaire ms pas aux Enfers = appartient à la littérature « aux poètes »
3) Un lyrisme étrange et poétique
- Un paria : le poéte ? une figure sacrée et liée à l’autre monde ( de l’autre côté du miroir) : celui qui est incompris par la logique humaine ordinaire, par l’humanité ordinaire ( Créon). Oe est une figure en souffrance, pathétique, impuissante : « je souffre … j’ai mal », entouré par des figures compatissantes (Jocaste, Antigone) = vision du poète par Cocteau : celui qui peut pénétrer l’autre monde // Orphée.
- « cœur pur » : un paradoxe qui est un discours sur le mythe : « Ils ne t’appartiennent plus, ils ne relèvent plus de ta puissance », énumération qui assimile les « poétes » et les « cœurs purs », pièce se termine par une sorte de déclaration de l’auteur sur la création littéraire, Oe = un double ? cf La voix qui est celle de Cocteau enregistrée qui intervient au début de chaque acte.
Elts pour situer le passage dans l’oeuvre
Traitement particulier du temps ds la pièce : les 3 premiers actes se déroulent en 24.00 (unité de temps de la tragédie classique) puis ellipse de 17 ans et révélation finale condensée en un acte. Acte IV = « Œdipe roi » : reprise du texte de Sophocle + intervention de la Voix oppose « faux bonheurs » au « vrai malheur », « le vrai sacre » = ce qui va arriver : O. va accéder à une dimension autre de la royauté et du pouvoir, pas une dimension politique ou temporelle + annonce le changement de statut d’Œdipe de « roi de jeux de cartes », va devenir « un homme » en accomplissant le destin que les dieux lui ont assigner. Paradoxe : va accéder à la dignité à la liberté, il va leur échapper.
Accélération du rythme : acte le plus bref de la pièce alors que condense la progression de la pièce de Sophocle = la peste, la révélétion de l’identité du roi, la révélation du meurtre, de l’inceste, suicide de Jocaste et mutilation d’Œdipe sous les yeux de sa fille. Ms le rythme se ralentit dans la scène finale : le déroulement des faits est arrivé à son terme et la pièce donne place à la construction d’un sens en développant le départ d’O. pour l’exil.
Mutation vers la figure finale de la dignité d’O. : au début de l’acte, ne comprend pas, d’ailleurs ne mène pas l’enquête comme ds Sophocle : pour lui Jocaste « boude », Créon « complote », réécrit l’histoire de la lingère : « le fils de Laïus et de la lingère », accuse Créon et Tirésias de la mort de Jocaste : « Vous me l’avez tuée ». Seul Tirésias voit la dimension sacrée : « le cercle se referme, nous devons nous taire et restez là » = leur place est celle de spectateurs puis introduit la dimension féerique et symbolique : « un chef d’œuvre ( double sens, une création littéraire et sacrée) d’horreur s’achève, il serait malhonnête de poser une seule ombre de nous »
Elts pour la conclusion :
O. devient le double d’Orphée et donc du poète, a accès à d’autres visions, à l’autre monde, est passé de l’autre côté des choses, donc à la fois pur, sacré et rejeté des lois normales, humaines, incarnées par Créon : la scène finale « règle » les fureurs et les ambitions humaines qui n’ont plus cours, c’est la poésie et la dimension mythique, éternelle qui ont le dernier mot // « le testament d’Orphée » : film selon Cocteau = « autoportrait d’ordre interne »,une « initiation orphique » cf scène du tribunal où Cocteau est jugé par la princesse et Heurtebise : il a à s’expliquer sur ses tentatives interdites d’entrer en communication avec l’invisible. Sorte d’art poétique ( relire l’extrait du dialogue entre les trois personnages et surtout relever les définitions du poète données par Cocteau)
18:21 Publié dans Séquence IX La machine infernale Jean Cocteau (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Proposition pour la dissertation sur la poèsie (DS)
Séquence VII : et pourquoi pas dire la beauté du monde ?
Objet d’étude : la poésie
Problématique : comment la poésie peut-elle se faire célébration du monde ?
Dissertation / question de synthèse : la fonction principale du poète est-elle de célébrer le monde ?
I Célébration du monde, de la beauté du monde, de la nature, de la création, beauté des sentiments, des sources d’inspiration.
1) Chant orphique : à l’origine de la poésie, envoûtement du monde par la beauté du chant poétique
· Orphée = image du poète qui a accès à un autre monde, cf Apollinaire, Cocteau +Importance de la musique, de la forme : MA : poésie = chansons, reprises, répétitions refrains, création d’une harmonie qui fonctionne par elle-même, en dehors d’un récit ou de personnages. Lyre = l’instrument d’Orphée + Orphée, qui donnait la vie par son chant aux objets inanimés : pouvoir merveilleux, extraordinaire. Cf imptce de l’onirisme pour les surréalistes : le rêve comme la porte ouverte vers l’inconscient et la poésie comme expression de la vérité intérieure.
· Poésie comme explosion de la vision du monde réel par le son et l’image, les sensations cf les synesthésies de Baudelaire « Les correspondances » : « La Nature est un temple où de vivants piliers / laissent parfois sortir de confuses paroles », inspiration et travail cf Rimbaud « Il faut se faire voyant par un dérèglement raisonné de tous les sens ». En cela poésie = célébration car langue poétique échappe à la contingence réaliste de la prose. Cf « Aube », « Fleurs » Rimbaud Les illuminations : célébrations de « moments poétiques », éblouissements d’un moment exceptionnel, d’une vision éphémère : un enfant à la poursuite de l’aube + « Nuit rhénane » Apollinaire « Mon verre est plein d’un vin trembleur » : une évocation d’une nuit au bord du Rhin qui devient poétique par la féerie de l’ivresse des mots puisque mon verre // mon vers
2) Beauté du monde : du monde naturel, à la modernité quotidienne.
· La Nature comme sujet d’inspiration cf les romantiques : vision lyrique, l’âme se reflète dans les éléments naturels dc souvent paysages excessifs, tempêtes, ou sources de regrets, de mélancolie, Lamartine « L’isolement ».
Notion de lyrisme.
(Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.)
+ thème de la fuite du temps // permanence de la nature // mortalité inévitable cf Victor Hugo « Soleils couchants ». Notion d’élégie
(Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées.
Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit !
Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.
Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.
Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux !)
· Beauté de la modernité ( Notion de « modernité poétique » à partir de Baudelaire ds les formulations de l’histoire littéraire) : célébration de la ville, de la vitesse, de la technicité cf Apollinaire « Zone » + Ponge « Le cageot » : beauté éphémère d’un objet quotidien et banal, qui n’est pas traditionnellement une source d’inspiration ….
· OU Beauté de l’art pour l’art, le Parnasse (Parnasse, montagne où séjournaient Apollon et les sept muses), recherche de la beauté formelle, la poésie n’a pas d’autre but qu’elle-même, supériorité de l’art sur le réel et donc du poète sur les autres hommes : Mallarmé « Au-dessus du bétail ahuri des humains », poète doit se tenir à l’écart (« tour d’ivoire ») : l’engagement, le réalisme = « une perversion », apologie du travail de la forme ( contre l’engagement et l’inspiration divines romantiques) cf Les Trophées J.M. De Hérédia.
3) Beauté des sentiments : célébration de la femme aimée, beauté des sentiments amoureux ou exaltation des sentiments du poète qui crée un autre monde.
· Célébration de la femme aimée depuis le pétrarquisme « Comme on voit sur la branche » Ronsard+ femme muse des romantiques + femmes muses des surréalistes : exaltation des sentiments amoureux dans leur plénitude « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur » P. Eluard ou dans la souffrance de la perte « La chanson du mal aimé » Apollinaire : c’est la souffrance même qui devient sujet d’inspiration, et figure du poète amoureux qui domine celle de la femme aimée.
· Fonction sacrée du poète qui transcende le réel par la puissance de sa vision cf « Une charogne » ; fait naître la beauté de la laideur du réel, fait naître l’éternité de l’idéal alors que la beauté de la femme aimée disparaîtra, seuls les vers du poète la célébrant seront éternels cf Ronsard et « le carpe diem »
La poésie est multiforme comme les autres formes artistiques, dire, chanter, célébrer la beauté du monde, peut être une des sources d’inspiration, des buts visés, mais les poètes se tournent vers d’autres expressions plus intimes, ou contraire plus publiques.
II la poésie peut se charger d’une mission dénonciatrice, s’engager dans le monde ou dans le profondément humain pour non, célébrer le monde mais le changer, le transformer, le rêver.
1) Poésie engagée dans le monde immédiat, reflet de la société où elle prend sens, peut devenir symbole d’une lutte et d’aspirations sociales ou politiques.
· La poésie peut chercher à monter les défauts d’une société, porter un regard critique, engager à la réflexion, chercher à donner une leçon, à tirer une morale de faits contemporains cf les fables de La Fontaine : portée critique et didactique : « Le loup et le chien » : les compromissions du courtisan (le chien), les sacrifices que demande l’exercice de la liberté (le loup) peut être lue comme une analyse de la cour du roi Louis XIV + « Le chêne et le roseau » de Anouilh : une vision des comportements humains pendant l’occupation française durant la 2nde GM., « Comprenne qui voudra » : une interrogation du poéte sur la légitimité des vrais « coupables de l’occupation et de la collaboration devant la scène d’une femme tondue à la libération. Interrogation car, « Moi mon remords ce fut » mais n’intervient et laisse la consolation à la figure maternelle qu’il invoque à la fin du texte.
· L’engagement du poète peut passer par la description d’inégalités sociales de son siècle et par ses prises de positions directes et l’expression de son indignation : « Mélancholia » d’abord une évocation affligeante des conséquences sur des enfants de conditions de travail inhumaines puis V. Hugo se fait tribun pour provoquer l’adhésion du lecteur indigné. + « Liberté » P. Eluard, la poésie de la résistance, un appel à l’action immédiate et engagé ( poème distribué comme des tracts politiques)
2) Poésie support de l’indignation, mais aussi du « mal-être au monde »
· La douleur intime, le mal d’amour, la peur devant la mort et devant la fuite inexorable du temps = des thèmes poétiques depuis l’Antiquité grecque, expression de la plainte, du tourment ( thèmes élégiaques) parcourt la poésie de la Pléiade (« le carpe diem » peut être lu comme une solution à la peur de la mort), s’exprime amplement chez les Romantiques ( cf Lamartine et Hugo ci-dessus) se retrouve dans la figure du mal aimé d’Apollinaire.
· Peut devenir l’expression de l’inquiétude même d’être au monde : esthétique baroque, le monde inversé et onirique, inquiétant et morbide de Théophile de Viau « Un corbeau devant moi croasse » + Michaux « un certain Plume » : création d’un double poétique au proie à la violence du monde qui l’entoure, son impuissance à le comprendre, à avoir prise sur le déroulements des événements, le monde comme poids, obstacle au bonheur personnel.
3) La poésie peut vouloir changer le monde, et non seulement le dire ou le traduire, créer un autre imaginaire, plus puissant et violent qu’une écriture réaliste, par la puissance du langage.
· Le langage poétique comme affirmation d’une langue autre, plus libre cf calligrammes, absence de ponctuation chez Apollinaire, lien avec la peinture cubiste, donner à voir autrement, + Rimbaud : Illuminations = poésies en prose où le lecteur doit reconstruire un sens, pas de linéarité, mais une condensation des images cf « fleurs » : un monde fantastique et irréel, la nature comme un théâtre antique ou une salle de spectacle féerique
· Esthétique de la surprise, la beauté des mots comme jeu créatif cf le surréalisme : « Le cadavre exquis boira le vin nouveau », « la terre est bleue comme une orange » (P. Eluard),"Beau comme la rencontre fortuite d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection" (Lautréamont) . Beauté peut aussi ne pas être le but de la recherche poétique cf Ponge « Objeu » : démarche intellectuelle plus axée sur le travail sur le jeu entre l’objet et la langue : jeux de mots, mots valise, faire du texte un jeu et un objet singulier sans tenir de sa référence ou de sa représentation : « ceci n’est pas une pipe » Magritte
17:53 Publié dans Séquence X poésie et célébration du monde (GT) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14/05/2013
Textes complémentaires (2)
Séquence X : et pourquoi pas dire la beauté du monde ?
Objet d’étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours
Problématique : comment la poésie célèbre-t-elle le monde ?
Textes complémentaires (2)
« Correspondance » Baudelaire Les fleurs du mal 1857
La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
«
« Fleurs » Rimbaud Illuminations 1886
D'un gradin d'or, - parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, - je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures.
Des pièces d'or jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme d'émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau.
Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.
19:20 Publié dans Séquence X poésie et célébration du monde (GT) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
LA texte "Aube" Rimbaud
Séquence XI : et pourquoi pas dire la beauté du monde ?
Objet d’étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours
Problématique : comment la poésie célèbre-t-elle le monde ?
Lecture analytique « Aube » Les Illuminations Rimbaud 1886
J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.
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LA texte " le cageot" Francis Ponge
Séquence XI : et pourquoi pas dire la beauté du monde ?
Objet d’étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours
Problématique : comment la poésie célèbre-t-elle le monde ?
Lecture analytique : « le cageot » Francis Ponge Le parti pris des choses 1942
A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.
Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.
A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.
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Proposition pour la LA "le cageot" Francis Ponge
Forme de la poésie en prose utilisée par Baudelaire et Rimbaud. // modernité : ……………………………………………………………
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Le parti pris des choses est un recueil de poésies en prose publié en 1942. L’auteur, Francis Ponge, y donne aussi quelques indications sur sa démarche, plutôt originale et peu représentée en poésie jusqu’alors. En effet, Ponge y dit vouloir être le poète des réalités familières, donner une « voix » aux choses muettes. « Le cageot », « le savon », « la cruche » vont donc faire leur entrée en poésie … comme de modestes « définitions / descriptions ». L’étude de ce texte va nous montrer que cette « modestie » revendiquée n’est qu’apparente et que « le cageot » est un texte qui est particulièrement représentatif d’une « modernité » poétique qui se joue des représentations traditionnelles, mais aussi des mots et de ses lecteurs ………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………… Dans un premier temps, nous nous attacherons à la construction de la description de l’objet, puis nous montrerons que loin d’être objective, elle révèle une vision et un regard poétique sur le monde du banal.
I Une description d’un objet insignifiant : le quotidien d’un objet banal
1) Une définition qui semble au départ sortie d’un article de dictionnaire.
· « caissette à claire-voie » : notation précise, objective, physique et simple, que l’on pourrait recopier dans un dictionnaire. + son utilité rappelée « transport » de fruits et de légumes
+ allusion à la « langue française » et au classement alphabétique : cageot serait placé entre « cage et
cachot »
· En fait, une place truquée, cageot n’est pas « A mi chemin » entre ces deux mots dans le dictionnaire. = un rapprochement savant, étymologique, cageot = un diminutif de cage, mot qui vient du latin « cavea » : enceinte où étaient enfermés les animaux. Mot « cage » en fait choisi pour leur ressemblance de forme : les deux ont des barreaux et leur fonction, les deux renferment quelque chose.
+ choix de « cage et cachot » par le poète car ces deux mots = reprennent les deux voyelles « a » et « o »
qui encadrent « cagot » (présence de ces deux voyelles constante dans l’ensemble du texte d’ailleurs =
travail sur les sonorités, une des caractéristiques de la poésie en prose.
2) La construction de l’article
· Trois moments distincts mais qui s’éloigne d’une construction logique d’un article de dictionnaire
Premier paragraphe : la forme de l’objet, sa fonction uniquement utilitaire = un objet banal, quotidien.
Deuxième paragraphe : rappel de sa forme, de sa fonction, insistance sur son existence éphémère.
Troisième paragraphe : sa destinée finale « à la voirie jeté sans détour » + insistance encore sur la
banalité, car très fréquent « à tous les coins de rue » et destination pratique, uniquement commerciale
« aboutissent aux halles ».
· En fait, les trois paragraphes se répètent = création d’une insistance, tracent une ligne de vie, un destin inéluctable auquel l’objet na pas échapper. Comme un destin tragique mais pas traité ici sur un registre dramatique. Contribuent à construire la personnification d’un objet jamais regardé, ni considéré. « tout neuf », « bois blanc », mais va quand même être jeté !
3) Un objet que tout le monde connaît, pourtant, rappels constants de sa fonction, de son apparence, de sa banalité, justement
· Fonction : sert à transporter des fruits, des légumes « transport de ces fruits, denrées fondantes »
· Apparence : « à claire voie », « agencé de façon que », sa forme n’a d’autre raison d’être que de servir à quelque chose, « bois blanc », tout neuf encore » : propreté, n’a pas le temps d’être usé sali …
· Banalité : « simple caissette », « il puise être brisé sans effort », « il ne sert pas deux fois » : fragilité et brièveté de sa « vie », ne coûte rien, ne reçoit aucun égard.
Þ insistance, en utilisant quelques termes descriptifs sur la réalité fonctionnelle, pratique utilitaire d’un objet de peu de valeur, destiné à servir, puis à disparaître sans faire de difficulté. = le texte reprend la réalité sans lyrisme, mais sans rester non plus objectif, la poésie vient des sonorités et des images, mais aussi du point de vue particulier du poète sur cet objet.
II Le regard du poète = « Le parti-pris des choses », prendre le parti, être du côté de …. comme l’indique le titre du recueil.
1) La valorisation de l’objet passe par celle des choses transportées = sorte de mission au service de denrées précieuses.
· Cageot transformé en écrin pour « ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie » : fragilité extrême des fruits + ils sont personnifiés = mise en valeur et exagération : « la moindre » = la plus petite, infime difficulté peut détruire la beauté, la saveur … ( + jeu de mot « en faire une maladie »)
+ autres métaphores portant sur les fruits et légumes transportées « denrées fondantes » = évoque des
choses délicieuses mais aussi qui peuvent disparaître facilement + « nuageuses » = éphémères, douceur.
· Un écrin donc, à la mission périlleuse qui s’apparente à un sacrifice « Ainsi dure-t-il encore moins » que ce qu’il transforme, qui est déjà fragile et éphémère. Va disparaître avant qu’ils soient consommés.
+ il est « voué » = se vouer, se dévouer, se mettre à la disposition de … n’a pas de vie pour lui-même
2) Une personnification attendrie de la part du poète qui fait de l’objet banal, un objet digne cependant d’attention
· A une certaine beauté dans sa simplicité : « il luit », « éclat », « tout neuf » : évocation d’une luminosité dégagée par la simplicité de sa forme et de sa matière « bois blanc »
+ personnification qui donne à l’objet une dimension humaine, poète lui accorde des sentiments en accord
avec sa simplicité « sans vanité, « légèrement ahuri », pose maladroite ». Modestie étonnée attire une
certaine sympathie du lecteur pour ce cageot qui est montré par le poète comme surpris, déconcerté, au
point d’en paraître stupide. Finalement, mission précieuse, accomplie puis se retrouve rejeté, abandonné.
· Poète qui prend le parti des choses, se met du côté du cageot, montre sa candeur sympathique. Etymologiquement, sympathie = « souffrir avec » empathie du poète et de l’objet, semble vouloir provoquer une certaine pitié pour l’objet chez le lecteur en changeant son regard sur ce qui d’habitude pas même regardé. Position inhabituelle : se retrouve à changer son regard sur le quotidien, et aussi sur la notion d’objet poétique.
3) Mais cette empathie n’est pas vraiment à prendre au sérieux, le poète fait preuve d’un certain humour, décalage entre sympathie et sérieux.
· Enumération « cage, cageot, cachot » fait de cageot un « mot – valise » ( = un mot composé d’autres mots)
Clin d’œil du poète car un « mot valise » pour un objet voué au transport !!!
· « au terme de son voyage » = jeu de mot aussi sur la polysémie du mot « terme » ( « un mot » dans le vocabulaire linguistique) = le texte n’est forcément à prendre au sérieux
+ le thème de la vie éphère, du passage du temps, de la destinée de homme, forcément mortelle de l’homme
= un thème poètique noble, généralement cf « Allons voir si la rose …. » de Ronsard. Ici, même thème
philosophique traité avec un simple cageot.
· Pirouette finale : poète que se moque de l’objet de sa propre démarche : « s’appesantir » = un terme polysémique veut dire « peser sur quelque chose de tout son poids » et aussi « parler de quelque chose trop longtemps au risque de devenir ennuyeux ». = jeu de mots entre sens propre et sens figuré rappel final que le cageot reste un objet banal, texte qui doit s’arrêter là (ne pas en « faire trop »)
Ce court poème en prose, qui se présente comme une « description-définition » d’une chose banale, à-priori indigne de faire objet de poésie, se révèle être en fait une tentative de montrer le monde autrement, de porter sur ce qui entoure un regard complètement différent du regard habituel. Par l’humour, les jeux de mots et de sons, le poète prend le « parti-pris des choses », en une sorte d’éloge, célébrant un cageot, une huître …. En mettant en valeur leurs caractéristiques. Par son aspect ludique, « le cageot » est aussi caractéristique de l’ensemble de l’œuvre de Ponge qui s’attache à rendre compte des rapports entre les objets et les mots qui les désignent, les décrivent, ou aux sons qui constituent ces mots. On peut le voir encore dans « Mimosa », autre poème en prose du même auteur, où celui-ci développe une comparaison entre cet arbre et un comédien, parce que dans « Mimosa », il y a « mima ». c’est ce que poète appelle un « objeu » : le texte comme objet de jeu avec la langue, les mots, en rapport avec la forme de l’objet lui-même ……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..
19:12 Publié dans Séquence X poésie et célébration du monde (GT) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Eléments pour traiter la question sur corpus
I Poésie qui donne à voir un autre monde, au-delà du monde réel et du quotidien, qui dévoile l’invisible et renverse les valeurs ( Viau, Baudelaire, Ponge)
II Poésie qui dévoile la beauté du monde et la beauté de la femme aimée et de la puissance créatrice de la poésie elle même (Ronsard, Baudelaire, Ponge)
Texte 1 : Ronsard « Comme on voit sur la branche … »
Pléiade = regroupement de 7 poètes dont Ronsard et Du Bellay. D’abord « Brigade » ( évoque le combat). Sous l’égide de Dorat (helléniste, humaniste). But = diffusion du savoir antique. Manifeste = Défense et Illustration de la langue française 1549 (cf Ordonnance de Villers-Cotterêts 1539). Consacre la rupture avec les poètes du M.A, les grands rhétoriciens, très formalistes) Idée de la Pléiade = s’inspirer des œuvres antiques pr enrichir la litt fr et la langue fr par des emprunts, des créations de mots. + imitation des genres antiques dt ode et sonnet, + alexandrins. Aussi, imitation des thèmes : nature, mort, amour, le temps ( thèmes dits élégiaques) Elégie = « chant de mort » en grec. Et lyrique = poésie lyrique « expression d’une souffrance amoureuse »Ode en grec = « chant ». Poésie lyrique et aussi reprise de l’épopée = célébration d’1 exploit, d’un héros ( poésie grecque « inspiration « haute », inspiration « basse » = amoureuse)
Ts ces élts repris par Ronsard. « Prince des poétes et poète des Princes ». Poéte officiel de la cour de François 1er puis Henri II. Ds les guerres de religion, soutient le parti catholique ( épopée La Franciade). Plus connu pr sa poésie amoureuse cf « Ode à Cassandre » ( « Mignonne allons voir si la rose …) Cassandre = une des figures de la « Belle indifférente » évoquée par le poète, avec Marie et Hélène. Reprise du pétrarquisme ( Pétrarque célébrant Laure) : inspiration poétique donnée par la femme aimée, cruelle ou morte.
Ronsard adepte de l’épicurisme et reprise fréquente du « Cape diem » = « cueillir le jour ». Horace. En latin = « carpe diem quam minimum credula postero » = cueille le jour et sois le moins confiant possible en l’avenir. Svt vu comme « sans te soucier du lendemain » = profiter du temps présent, se permettre ts les plaisirs, immédiats, vu comme une posture hédoniste, épicurienne, libertine, plus tard ( cf « pourceau d’Epicure ») Ms en fait doit être lu comme l’expression d’une inquiétude, car incertitude de l’avenir, tt peut disparaître. Le plaisir ne doit pas être un but, ms un moyen, un temps à raisonner en fonction de la mort.
Rose = depuis Ronsard = un cliché, une métaphore de la beauté de la femme aimée et aussi image de sa brieveté, de sa fragilité … cf « Si tu t’imagines » de Queneau.
Texte 2 : T. de Viau « Un corbeau devant moi croasse »
Appartient au libertinage érudit + baroque. Est d’abord un protégé de la cour de Louis XIII. Dénonciation par les jésuites pr « mœurs indignes » (comprendre homosexualité). Recueil Le Parnasse satyrique. Analyse de ses poèmes par un père jésuite pour y trouver des preuves. 1623 : condamné à être brûlé vif ( effichie) puis emprisonné ( exil).
Posture « moderne » = « Je veux faire des vers qui ne soient point contraints » + « Ces larcins que l’on appelle imaitation des Auteurs anciens se doivent dire des ornements qui ne sont point à notre mode. Il faut écrire à la moderne ».
« Un corbeau devant moi croasse » = esthétique baroque
Apparaît comme une liste d’élts naturels, d’animaux et vision fantastique d’un monde où l’homme n’a pas sa place, inversion de la normalité = inquiétude baroque face à l’instabilité du monde ( cf les guerres de religion). Cauchemar, succession d’élts incohérents = 1 ode transgressive de la thématique lyrique. Instabilité aussi du schéma narratif ( ?) et schéma rythmique ( aabb ee deed // fggf hh ijji).
Succession d’images inquiétantes « corbeau » = oiseau de malheur, « Deux belettes et deux renards » = animaux prédateurs, « un esprit », « Charron », « le centre de la terre » = les Enfers + l’aspic et le serpent, symbole de la tentation du mal, animaux infernaux + effacement de l’homme « Les pi/eds faillent à mon cheval » ( celui qui porte l’homme trébuche) : déséquilibre de l’animal renforcé par celui du vers, dysharmonie de la diérèse et de la liaison. Présence de la maladie : « haut mal », ( épilepsie, signe de possession diabolique ),« offusque mes regards » « tombe », « sang (…) coule », déchire », brûle » : les verbes évoquent des supplices. Homme impuissant, qui subit « offusque », « devant moi », « Traverse l’endroit », un homme bousculé, dépassé, limité au rôle du spectateur. Sensations auditives désagréables « croasse », « craqueler », « tonnerre » :domination des sonorités en « r » = dureté, violence. Vision d’1 apocalypse, d’une fin du monde : « mes regards, J’entends, J’ois, Je vois »
Monde inversé, grotesque et effrayant = la 2nde strophe : « Ce ruisseau remonte en sa source », « Un serpent déchire un vautour ». Union monstrueuse : « Un aspic s’accouple avec une ourse ». Antithèses et oxymores : « Le soleil est devenu moir », « La lune qui va choir » = confusion des espèces et des astres, des lois naturelles, ni animal, ni cosmique. Un monde décousu, sans sens, vers = parataxe (juxtaposition de phrases, sans connecteurs logiques), pas d’articulations, de liens entre les faits. Déracinement final = arbre de la cnce ( ?), bouleversement des croyances.
Vision fantastique et onirique, proche des surréalistes et du « voyant de Rimbaud. Poète = celui qui voit un autre monde, au-delà du monde réel et du quotidien, qui dévoile l’invisible.
Texte 3 : Baudelaire « Une charogne »
Les fleurs du mal 1857 : titre qui condense une double esthétique : opposition et fusion beauté/laideur // spleen et idéal (nom d’une section) // amour platonique/désir charnel.
Censure de certains poèmes pour outrage à la morale publique et morale religieuse et réédition en 1861.
Première partie = récit d’1 anecdote passée : la vision d’un cadavre animal en décomposition sur un chemin par le couple en promenade.
« Mon âme » : s’adresse à la femme aimée, dimension spirituelle de cette adresse. Aspect mélioratif et agréable du cadre de la nature : « Ce beau matin d’été si doux », « Le soleil rayonnait ». Opposition forte avec la description de la charogne, répugnante et macabre « Brûlante et suant les poisons », « Son ventre est plein d’exhalaisons », « La puanteur était si forte » = hyperboles // avec la femme est mis en place = une vision morbide et dégradante : « Les jambes en l’air, comme une femme lubrique », « Ouvrait (…) son ventre ».Oxymore « carcasse superbe » met en place l’équivalence horreur //beauté, prolongée par la comparaison : « Comme une fleur ».
Deuxième partie : description du cadavre avec détails particulièrement axés sur la décomposition « mouches, larves » et des mouvements de ce processus de mort naît le mouvement de la vie : « D’où sortaient de noirs bataillons / De larves », « On eut dit que le corps (…)/ vivait en se multipliant ». Vision qui donne lieu à un renversement : « Ce monde rendait une étrange musique », « Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve ». Comparaison avec un monde peint : « Une ébauche lente à venir », « Sur la toile oubliée ». Apparition de la figure de l’artiste comme celui qui transcende la réalité par son action sur elle : « l’artiste achève »
Troisième partie : ironie amoureuse domine et affirmation d’1 esthétique.
Utilisation du lexique amoureux : reprend les clichés romantiques et ironie par l’exagération et l’assimilation femme aimée = charogne future « Etoile de mes yeux, O la reine des grâces, mon âme, ma passion » = « Quand vous irez (…) Moisir parmi les ossements », « Vous serez pareil à cette ordure ». Beauté de la femme et réalité constatée, destinée à être un cadavre en décomposition. Morale du dernier quatrain = une leçon morale et esthétique = seule la création artistique sauve la beauté = opposition beauté et sentiments éphémères, seule reste la beauté de l’oeuvre et la puissance de l’artiste : « Que j’ai gardé la forme et l’essence divine / De mes amours recomposées »
19:11 Publié dans Séquence X poésie et célébration du monde (GT) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Textes complémentaires
Séquence XI : et pourquoi pas dire la beauté du monde ?
Objet d’étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours
Problématique : comment la poésie célèbre-t-elle le monde ?
Textes complémentaires
Texte 1 : Sur la mort de Marie, Pierre de Ronsard « Comme on voit sur la branche… », 1578.
Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose
En sa belle jeunesse, en sa première fleur
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose :
La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur :
Mais battue ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt feuille à feuille déclose :
Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.
Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif, et mort, ton corps ne soit que roses.
Texte 2 : « Ode » Théophile de Viau Oeuvres poétiques 1621-1623
Un Corbeau devant moi croasse,
Une ombre offusque mes regards,
Deux belettes et deux renards
Traversent l'endroit où je passe :
Les pieds faillent à mon cheval,
Mon laquais tombe du haut mal,
J'entends craqueter le tonnerre,
Un esprit se présente à moi,
J'ois Charon qui m'appelle à soi,
Je vois le centre de la terre.
Ce ruisseau remonte en sa source,
Un boeuf gravit sur un clocher,
Le sang coule de ce rocher,
Un aspic s'accouple d'une ourse,
Sur le haut d'une vieille tour
Un serpent déchire un vautour,
Le feu brûle dedans la glace,
Le Soleil est devenu noir,
Je vois la Lune qui va choir,
Cet arbre est sorti de sa place.
Texte 3 : « Une charogne », Baudelaire Les fleurs du mal 1857
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s'élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.
- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !
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