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22/03/2015

Un classique du genre

Histoire des arts : iconographie d'Ubu

iconographie Ubu.ppt

Textes complémentaires : la figure du pouvoir

Séquence IV: le pouvoir de la caricature et du comique

Etude d’une oeuvre intégrale : Ubu Roi Alfred Jarry 1896

Objets d’étude : le théâtre et ses représentations / la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

Problématique : Comment le théâtre, par sa dimension comique, donne-t-il du pouvoir une image à la fois risible et inquiétante ?

DS : Question sur corpus

Texte A : Ubu RoiAlfred Jarry 1896

Acte III Scène VII : La salle du Conseil d'Ubu. PÈRE UBU, MÈRE UBU, CONSEILLERS DE PHYNANCES.
Père Ubu : Messieurs, la séance est ouverte et tâchez de bien écouter et de vous tenir tranquilles. D'abord, nous allons faire le chapitre des finances, ensuite nous parlerons d'un petit système que j'ai imaginé pour faire venir le beau temps et conjurer la pluie.
Un Conseiller : Fort bien, monsieur Ubu.
Mère Ubu : Quel sot homme.
Père Ubu : Madame de ma merdre, garde à vous, car je ne souffrirai pas vos sottises. Je vous disais donc, messieurs, que les finances vont passablement. Un nombre considérable de chiens à bas de laine se répand chaque matin dans les rues et les salopins font merveille. De tous côtés on ne voit que des maisons brûlées et des gens pliant sous le poids de nos phynances.
Le Conseiller : Et les nouveaux impôts, monsieur Ubu, vont-ils bien ?
Mère Ubu : Point du tout. L'impôt sur les mariages n'a encore produit que 11 sous, et encore le Père Ubu poursuit les gens partout pour les forcer à se marier.
Père Ubu : Sabre à finances, corne de ma gidouille, madame la financière, j'ai des oneilles pour parler et vous une bouche pour m'entendre. (Éclats de rire.) Ou plutôt non ! Vous me faites tromper et vous êtes cause que je suis bête ! Mais, corne d'Ubu ! (Un Messager entre.) Allons, bon, qu'a-t-il encore celui-là ? Va-t-en, sagouin, ou je te poche avec décollation et torsion des jambes.
Mère Ubu : Ah ! le voilà dehors, mais il y a une lettre.

Père Ubu : Lis-la. Je crois que je perds l'esprit ou que je ne sais pas lire. Dépêche-toi, bouffresque, ce doit être de Bordure.
Mère Ubu : Tout justement. Il dit que le czar l'a accueilli très bien, qu'il va envahir tes États pour rétablir Bougrelas et que toi tu seras tué.
Père Ubu : Ho ! ho ! J'ai peur ! J'ai peur ! Ha ! je pense mourir. O pauvre homme que je suis. Que devenir, grand Dieu ? Ce méchant homme va me tuer, Saint Antoine et tous les saints, protégez-moi, je vous donnerai de la phynance et je brûlerai des cierges pour vous. Seigneur, que devenir ? (Il pleure et sanglote.)
Mère Ubu : Il n'y a qu'un parti à prendre, Père Ubu.
Père Ubu : Lequel, mon amour ?
Mère Ubu : La guerre ! !
Tous : Vive Dieu ! Voilà qui est noble !
Père Ubu : Oui, et je recevrai encore des coups.
Premier Conseiller : Courons, courons organiser l'armée.
Deuxième : Et réunir les vivres.
Troisième : Et préparer l'artillerie et les forteresses.
Quatrième : Et prendre l'argent pour les troupes.
Père Ubu : Ah ! non, par exemple ! Je vais te tuer, toi, je ne veux pas donner d'argent.

En voilà d'une autre ! J'étais payé pour faire la guerre et maintenant il faut la faire à mes dépens. Non, de par ma chandelle verte, faisons la guerre, puisque vous en êtes enragés, mais ne déboursons pas un sou.
Tous : Vive la guerre 

Texte B : Voltaire, «Guerre»,Dictionnaire philosophique, 1764.

    Un généalogiste prouve à un prince qu'il descend en droite ligne d'un comte dont les parents avaient fait un pacte de famille, il y a trois ou quatre cents ans avec une maison1 dont la mémoire même ne subsiste plus. Cette maison avait des prétentions éloignées sur une province dont le dernier possesseur est mort d'apoplexie : le prince et son conseil concluent sans difficulté que cette province lui appartient de droit divin. Cette province, qui est à quelques centaines de lieues de lui, a beau protester qu'elle ne le connaît pas, qu'elle n'a nulle envie d'être gouvernée par lui ; que, pour donner des lois aux gens, il faut au moins avoir leur consentement : ces discours ne parviennent pas seulement aux oreilles du prince, dont le droit est incontestable. Il trouve incontinent2 un grand nombre d'hommes qui n'ont rien à perdre ; il les habille d'un gros drap bleu à cent dix sous l'aune, borde leurs chapeaux avec du gros fil blanc, les fait tourner à droite et à gauche et marche à la gloire.
Les autres princes qui entendent parler de cette équipée y prennent part, chacun selon son pouvoir, et couvrent une petite étendue de pays de plus de meurtriers mercenaires que Gengis Khan, Tamerlan, Bajazet n'en traînèrent à leur suite
3.
  Des peuples assez éloignés entendent dire qu'on va se battre, et qu'il y a cinq à six sous par jour à gagner pour eux s'ils veulent être de la partie : ils se divisent aussitôt en deux bandes comme des moissonneurs, et vont vendre leurs services à quiconque veut les employer.
  Ces multitudes s'acharnent les unes contre les autres, non seulement sans avoir aucun intérêt au procès, mais sans savoir même de quoi il s'agit.
  Il se trouve à la fois cinq ou six puissances belligérantes
4, tantôt trois contre trois, tantôt deux contre quatre, tantôt une contre cinq, se détestant toutes également les unes les autres, s'unissant et s'attaquant tour à tour ; toutes d'accord en seul point, celui de faire tout le mal possible.
  Le merveilleux de cette entreprise infernale, c'est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d'aller exterminer son prochain.

Texte C : Crabe rouge Julien Mabiala Bissila version de 2014

Cet extrait donne la parole à un personnage non identifié dans la pièce qui se trouve être un réalisateur de documentaires. Son discours de remerciement fait ici allusion au sujet de sa dernière production qui lui a valu une récompense lors d'un festival. Il s'agit d'un épisode tragique de la guerre civile au Congo, dans la capitale, Brazzaville. (qui est parfois nommé « l'affaire des disparus du beach »)

voix off 1

Merci je suis très ravi d'avoir reçu ce prestigieux prix Du meilleur film J'aimerais remercier ici mon épouse Antoinette,ma famille, mes amis Toute l'équipe technique et... Je... Excusez-moi,je jouis... Pardon, je suis... Les mots me sautent par-derrière. Désolé Je veux remercier... Tous ceux qui ont participéà cette belle guerre civile. Les figurants qui ont donné leur vie à vie. Les enfants soldats et toutes les milices de la sous-région. Merci à la communauté internationale Merci surtout aux compagnies pétrolières du Nord Pour leur soutien logistique et financier. Merci pour leur amour, leur solidarité capitaliste Ça a été une longue et touffue collaboration hydraulique. Le projet de scénario est né en 1998 Mon pays était en proie à une magnifique violenteguerre civile. Les forces gouvernementales se livraient à un véritable« nettoyage »

Dans certains quartiers de la capitale. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont étécontraintes

Vu les atrocités, de fuir la ville. La majorité des déplacés s'est rendue dans une zonede forêt tropicale

Où elle a vécu plusieurs mois dans un complet dénuement Avant de passer la frontière vers le pays voisin, en RHD En avril 1999 un accord tripartite est signé entre Le pays voisin, le pays en guerre, donc nous Et le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), qui n'estpas un pays. (Rire) Un accord définissant un couloir humanitaire En vue d'organiser le rapatriement volontairedes réfugiés Par bateau, depuis le pays voisin. La RHD, Républiquedes hommes débrouillards Ce couloir avait pour but de garantir la sécurité des centaines de réfugiés. Ceux-ci ont accepté de rentrer chez eux par le port fluvialde Porkatina Baptisé le « Beach » Ils y avaient été vivement incités Par un vibrant appel radiotélévisé Du président de la République Qui venait de prendre le pouvoir Par un joli coup d'Etat-liquide d'un rouge kalachnikov Garantissant qu'il ne leur serait fait aucun toucher rectalo-politique.

Ça s'appelait la traversée d'enfer en 1999 Malheureusement, une fois arrivés au port Ils ont tous disparu dans la nature jusqu'à nos jours. (Silence) Ce soir, en obtenant ce prix, c'est à eux queje pense.

Ce prix est leur prix, ce prix est le prix de leur sang Que vive le festival de balles ! Que vive l'art, que vive le cinéma. Je vous remercie.

(Applaudissements)

Questions :

1 – Quels sont les différents procédés comiques utilisés dans ces trois extraits ? (10 pts)

2 – Ces trois textes ont une visée critique : quels en sont les cibles ? Organisez votre réponse en vous appuyant sur les procédés utilisés. (10 pts)

 

1Une famille aristocratique

2Rapidement, sans effort

3Conquérants militaires de l'Anquité, orientale, grecque et romaine, célèbres pour leurs victoires.

 

4Puissances en guerre les unes contre les autres

Proposition pour la LA la scène d'exposition d'Ubu roi

Séquence IV : le pouvoir de la caricature et du comique

Etude d’une oeuvre intégrale : Ubu Roi Alfred Jarry 1896

Objets d’étude : le théâtre et ses représentations / la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

Problématique : Comment le théâtre, par sa dimension comique, donne-t-il du pouvoir une image à la fois risible et inquiétante ?

Proposition pour la LA de la scène d’exposition d’Ubu Roi, Alfred Jarry

 

La comédie au XVIIème siècle est un genre codifié. Considéré comme inférieur à la tragédie, il obéit cependant aux mêmes règles, celles des trois unités, de la bienséance et de la vraisemblance. Il s’agit de faire vrai pour montrer une scène une histoire plaisante, drôle mais aussi par le comique de caractère et situation de montrer les travers et les défauts, aussi bien de la nature humaine que de la société très hiérarchisée qui était par exemple, celle que critique Molière dans Le Bourgeois gentilhomme, ou de montrer les conséquences que peuvent avoir certaines pratiques, comme le mariage arrangé dans L’école des femmes. Les personnages de Molière, monomaniaques, souvent, ne manquent pas parfois de prendre une dimension caricaturale inquiétante ... Alred Jarry compose à quinze ans Ubu Roi, pièce écrite à l'origine pour des marionnettes et représentée ainsi en 1888, avant d'être jouée en 1896 au théâtre de l’Oeuvre où elle est mal accueillie. La pièce est publiée la même année. Le ton de l'oeuvre, baroque, bouffonne et satirique par les personnages et les thèmes qu'elle présente, choque les contemporains, peu habitués à voir les codes théâtraux aussi bousculés. À l'origine d'Ubu, existe, écrite par des générations successives d'élèves du lycée de Rennes, une geste évoquant les exploits d'un héros en quête de méfaits. Nommé entre autres " le P. H. ", " Père Héb. ", etc., le personnage est la caricature d'un professeur de physique, Félix Hébert, constamment chahuté. Cet aspect potache et provocateur dérange. La présence dès la 1re scène d'Ubu Roides deux personnages principaux, Mère Ubu et Père Ubu, introduit le spectateur in medias res, dans une conversation qui commence et se poursuit en brèves répliques alternées. Il s’agit de la scène d’exposition, on s’attend donc à y trouver des éléments d’information sur le temps, le lieu, l’époque. Comment cette scène construit-elle un effet comique ? Nous verrons dans un premier temps que le rire peut venir des distorsions entre les attentes traditionnelles et les indications données, puis que le comique grotesque conduit à une vision décalée du pouvoir.

 

Tout d’abord, les données habituelles de la scène d'exposition, cadre, situation initiale et suspense dramatique,   personnages, sont présentes ici, mais exposées de façon grotesque et sont très lacunaires.

Premièrement, le lieu est indéterminé et confus : les termes « Venceslas , Aigle Rouge de Pologne, Pologne » , situent l'action dans une Pologne de fantaisie (l’Aigle Rouge est une décoration prussienne et non polonaise, Venceslas est le nom de deux rois de Bohême ayant régné en Pologne au XIV e siècle). Le royaume d’Aragon ( actuelle province espagnole) évoque 1 royaume gigantesque, sans qu’il soit précisé. Les indications spatiales sont donc volontairement confuses, ce qui crée un effet de décalage par rapport à une pièce classique. Les repères de l’époque sont aussi troubles que pour le lieu : « fiole » , « cul (repris), dur à la détente » + jurons : « Ventrebleu » , et l'expression « de par ma chandelle verte », constante chez Ubu frappent par leur archaïsme. Le terme « Ventrebleu » et la construction « de par » font référence au langage du XVI e siècle . Présence d'archaïsmes soutenus ms mélangés avec des termes familiers ou courants : le  « vrout » ( imitation du « prout ») + « cul (repris), dur à la détente ». Sur le plan grammatical, même confusion : la reprise de l’archaïsme « vous estes » , l'adverbe intensif « fort », le nom » estafiers », l'expression « vous me faites injure », renvoient à une langue classique ms constructions familières et orales  : « voyou, coupe- choux, passer par la casserole, manger... de l'andouille » crée un décalage temporel. Les constructions anciennes ou / et soutenues sont accompagnées d'un lexique courant. Ainsi, « Que ne... » , suivi du verbe » assom’je », souligné par l'inhabituelle élision. Les termes « coupe-choux » et « fiole » sont inattendus. On peut difficilement se situer dans un moment historique, ce qui est contraire aux règles du théâtre classique du XVIIème siècle auxquelles les spectateurs étaient encore habitués au XIX ème siècle.

Ensuite, bien que les personnages principaux soient sur scène, comme des héros « classiques », ce sont des personnages de farce, grossiers et peu héroïques. Il y a un décalage entre le caractère des personnages, leurs desseins, et leur position sociale : « madame » se mêle à « Mère Ubu » dans les répliques du « père Ubu ». Aspect caricatural et grotesque souligné par les dénominations « Père » et « Mère, ordinairement utilisé pr désigné des personnages de paysans. Le vocabulaire utilisé par Mère Ubu est caractérisé par les termes exprimant l'ambition et la domination. Les mots « couronne , trône , reine »  évoquent le pouvoir, associé à la richesse par les mots « augmenter... richesses , carrosse, te procurer ». L’emploi fréquent de la 2e personne a une fonction injonctive: « vous pourriez , Qui t'empêche , À ta place ... je voudrais, Tu pourrais ». De manière inattendue, c’est la femme qui semble diriger le personnage principal. Alors que le titre annonce un « Ubu roi », qui n’a rien de royal ici. Le personnage de Père Ubu se caractérise, lui, par la bêtise et l’indécision. La reprise de « je ne comprends pas... je ne comprends rien » , soulignée par l'exclamation de Mère Ubu « Tu es si bête ! » met l'accent sur sa sottise, encore renforcée par les interrogations suivantes qui ramène le personnage à une position grotesque et dévalorisante : « N’ai-je pas un cul comme les autres ? »  Ce caractère est également sensible dans sa faiblesse et ses contradictions et chgt d’avis Sa petitesse est sensible par ses ambitions : « une grande capeline ». La fin de la scène souligne l'opposition entre les désirs d'Ubu et les desseins de sa femme : la comparaison « maigre et brave rat... méchant et gras chat » font ressortir la faiblesse d'Ubu, dominante malgré le qualificatif « brave ».

 

Enfin, la situation pourrait être celle d’une tragédie, il s’agit d’un projet de prise de pouvoir, mais l’intrigue politique se limite à une ambition dérisoire et ridicule. La situation passée semble avoir été glorieuse, par rapport à la présente qui est dévalorisée par la Mère Ubu : les interrogations : « vous estes content de votre sort ? et vous pourriez faire succéder... ? » montrent qu’elle tente son mari. L'interrogative « Qui t'empêche de massacrer... ? » , les mots « installer sur un trône » , « Tu pourrais augmenter, Tu pourrais...te procurer » , font référence à une prise de pouvoir possible. La didascalie « Il s'en va » , semble indiquer son échec, mais les termes de la dernière réplique « ébranlé, peut-être... serai-je » laisse entendre que cette prise de pouvoir par le crime va quand même se faire. De plus, la précision « dans huit jours » implique une urgence qui doit accélérer l'action. Ce thème du complot pour la prise de pouvoir, fréquent au théâtre, par exemple chez Hugo et Shakespeare, et qui définit ici la situation, est traité de façon dérisoire. En effet, la seconde partie de la scène insiste sur le caractère prosaïque des avantages de cette conquête. Les termes « augmenter... tes richesses, manger... de l'andouille, rouler carrosse » soulignés par le rythme ternaire et les deux adverbes intensifs « indéfiniment... fort souvent », évoquent des intérêts purement matériels et triviaux (la nourriture en particulier). Cette dérision est encore accentuée par l'allusion à des pièces de costume très ordinaires : « capeline, parapluie, caban »  n'ont rien à voir avec un univers royal.

 

Cette exposition a la même fonction que l'exposition des pièces classiques en présentant le cadre spatio-temporel, l'action, les personnages du drame. Mais elle est constamment burlesque et décalée, ce qui contribue à fonder le comique de la parodie, ce qui peut faire rire, mais l’image du pouvoir donnée se fait aussi inquiétante car la farce tourne en dérision l’héroïsme.

 

Effectivement, les effets comiques sont liés au décalage entre un thème héroïque, celui du pouvoir, et l’écriture qui est celle de la farce, les figures du pouvoir deviennent ainsi des marionnettes peu glorieuses, voire sombres.

 

En premier lieu, des images de farce dévalorisent les personnages, les rabaissant à des figures de marionnettes : l'évocation de certains éléments de costume dessinent des personnages aux gestes et à l'allure grotesques. Ubu est ancien roi d’Aragon mais son costume est ridicule : « une grande capeline », « un grand caban qui te tomberait sur les talons », énuméré comme des privilèges par la mère Ubu : «  la capeline, le parapluie, le grand caban ». Les noms « capeline », qui désigne un chapeau de femme, « caban », qui désigne une veste de marin dessinent une silhouette hétéroclite et ridicule. Cet effet est accentué par l'allusion répétée au « parapluie », qui évoque plutôt un bourgeois citadin. Le ridicule des gestes et de la silhouette d'Ubu est d'autant plus marqué que cette silhouette est discordante par rapport au personnage. De plus, « assom’je ,passer par la casserole, manger » renvoient à un univers à la fois brutal et trivial, décalé par rapport au thème de la prise du pouvoir. De même, les nombreuses exclamations «  Oh ! , Ah !, Eh ! », ainsi que les autres exclamatives, créent un effet d'agitation qui est en soi comique proche du comique de geste. «  Que ne vous assom’je » peut être vue comme une didascalie interne indiquant un geste de menace fait par le père Ubu. Les reprises des mêmes termes, particulièrement des plus grossiers « merdre, de par ma chandelle verte », mais aussi la reprise par Mère Ubu du thème de l'assassinat « assassiner,  massacrer », puis des allusions au gain de la conquête « parapluie, caban » créent une sorte de mécanisme qui souligne la farce, mais une farce discordante par rapport à ce qui est évoqué, une prise de pouvoir par la force dont la seule cause serait de désir de richesse et de nourriture abondante...

 

Ensuite le texte construit la figure d’un héros dérisoire. L'insistance sur les qualités d'Ubu, particulièrement par les énumérations qui évoquent une geste héroïque antérieure et par la reprise de certaines caractéristiques : en Aragon a été roi, dans le présent, il est capitaine de dragons, pourrait dessiner le portrait d'un héros guerrier. Il est proche du pouvoir : «  officier de confiance du roi Venceslas », aux mérites reconnus «  décoré de l’ordre de l’Aigle rouge de Pologne ». Mais, son héroïsme se limite à « mener aux revues » ses troupes. De plus, ses soldats ne sont armés que de « coupe-choux », ce qui donne de lui une image bouffonne. Il n’est mené que par son appétit, mère Ubu souligne son goût pour « l’andouille », nourriture peu noble, et pour des attributs peu royaux : « le parapluie, la grande capeline » que, de plus il s’est fait voler par «  ces gredins d’Espagnols » dont il était censé être le roi. C’est une figure d’un héros dérisoire. C'est un être faible, entièrement dominé par sa femme. Sa seule révolte, à part la fuite : « Il sort » est d'ordre domestique : « vous allez passer... par la casserole » . Le comique naît ici d'un décalage entre la faiblesse du personnage et son statut de héros. La grossièreté le domine dans ses appétit : elle est sensible dans la reprise de certains termes, dérivés de mots vulgaires. « Merdre » ouvre et ferme la scène, d'abord dans la bouche d'Ubu puis dans celle de Mère Ubu à deux reprises dans la dernière réplique : redoublement souligné par le chiasme et la présence de « bougre ». Le « vrout » qui le précède ajoute un second mot grossier qui accentue la vulgarité du précédent.  Le père Ubu et la mère Ubu ne valent pas mieux l’un que l’autre ...

 

Enfin, la parodie et le grotesque sont une provocation théâtrale mais en même temps la parodie se fait grinçante.

Le mélange des genres tende à disloquer et à ridiculiser l’écriture théâtrale classique. En cela, cette écriture procède d'une volonté délibérée de provocation, que l'on retrouve dans le décalage entre la situation des personnages et leur langage. Le langage est inadapté : Ubu et Mère Ubu ont été roi et reine. Ubu reste un personnage important, comme le souligne l'énumération de ses titres et décorations. On attend donc chez eux un langage en phase avec cette position sociale, or les ruptures sont constantes. Ces ruptures sont sensibles dans la façon dont les personnages s'adressent l'un à l'autre. Le « madame » d'une pièce classique est employé une seule fois; l'apostrophe habituelle est Mère Ubu qui fait écho à Père Ubu, ce qui connote un milieu social inférieur. Parallèlement, le passage du « vous » au « tu »   a la même fonction. Les relations entre les deux personnages semblent alors très familières : les termes « passer... par la casserole, raccommoderait tes fonds de culotte, manger... de l'andouille » évoquent le ménage populaire plus que celui des palais. Enfin, les motivations pour tuer, « massacrer toute la famille » du roi, paraissent bien disproportionnées par rapport à l’acte, d’ailleurs envisagé avec légèreté par la mère Ubu : «  Qui t’empêche ... ». Sous entendu, rien ... Les personnages sont sans psychologie, ce qui empêche toute identification du spectateur à eux et peut les faire voir comme des calques grotesques et dérangeants des mécanismes qui mènent au pouvoir ... 

 

Un monde d’Ubu roi est caricatural, sans complexité dramatique ni psychologique. Les situations, comme les personnages, sont simplifiés à l'extrême. En cela, cette page appartient à l'univers de la farce. Mais ce début d'Ubu Roi est violemment provocateur. Le merdre initial s'adresse autant au spectateur qu'à Mère Ubu, la diversité des niveaux de langue et l'abondance des grossièretés ainsi que l'expression des personnages créent la surprise, voire le scandale. Cependant, cette scène présente aussi, quoique de façon burlesque, les données dramatiques et psychologiques d'une scène d'exposition, préparant la suite de l'action, aussi incohérente que violente. Elle définit également le ton de la pièce, comique et farcesque et pourtant en écho avec les thèmes tragiques. Quelques décennies plus tard, dans les années cinquante, on fera de Jarry le précurseur du théâtre de l’absurde. Le théâtre de Ionesco est aussi celui de la remise en cause des règles théâtrales, la recherche d’une représentation autre que réaliste ou « visant à faire vrai », la mise en scène d’une interrogation sur le monde incohérent et tragique, face aux horreurs de la Shoah et au traumatisme né de l’utilisation par l’homme des technologies mises au service de la destruction d’autres hommes. La figure d’Ubu peut aujourd’hui se voir comme celle de la folie de la tyrannie.

 

Texte LA IV4 Ubu roi

Séquence IV : le pouvoir de la caricature et du comique

Etude d’une oeuvre intégrale : Ubu Roi Alfred Jarry 1896

Objets d’étude : le théâtre et ses représentations / la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

Problématique : Comment le théâtre, par sa dimension comique, donne-t-il du pouvoir une image à la fois risible et inquiétante ?

LA ACTE IV, SCENE IV

LES MEMES, UN CAPITAINE PUIS L'ARMEE RUSSE, UN CAPITAINE, arrivant. Sire Ubu, les Russes attaquent.

PERE UBU : Eh bien, après, que veux-tu que j'y fasse ? ce n'est pas moi qui le leur ai dit. Cependant, Messieurs des Finances, préparons-nous au combat.

LE GENERAL LASCY : Un second boulet !

PERE UBU : Ah ! je n'y tiens plus. Ici il pleut du plomb et du fer, et nous pourrions endommager notre précieuse personne. Descendons.

Tous descendent au pas de course. La bataille vient de s'engager. Ils disparaissent dans des torrents de fumée au pied de la colline.

UN RUSSE, frappant. : Pour Dieu et le Czar !

RENSKY : Ah ! je suis mort.

PERE UBU : En avant ! Ah, toi, Monsieur, que je t'attrape, car tu m'as fait mal, entends-tu ? sac à vin ! avec ton flingot qui ne part pas.

LE RUSSE : Ah ! voyez-vous ça !

Il lui tire un coup de revolver.

PERE UBU : Ah ! Oh ! Je suis blessé, je suis troué, je suis perforé, je suis administré, je suis enterré. Oh, mais tout de même ! Ah ! je le tiens. (Il le déchire.) Tiens ! recommenceras-tu, maintenant !

LE GENERAL LASCY : En avant, poussons vigoureusement, passons le fossé. La victoire est à nous.

PERE UBU : Tu crois ? Jusqu'ici je sens sur mon front plus de bosses que de lauriers.

CAVALIERS RUSSES : Hurrah ! Place au Czar !

Le Czar arrive, accompagné de Bordure, déguisé.

UN POLONAIS : Ah ! Seigneur ! Sauve qui peut, voilà le Czar !

UN AUTRE : Ah ! mon Dieu ! il passe le fossé.

UN AUTRE : Pif ! Paf ! en voilà quatre d'assommés par ce grand bougre de lieutenant.

BORDURE : Ah ! vous n'avez pas fini, vous autres ! Tiens Jean Sobiesky, voilà ton compte ! (Il l'assomme.) A d'autres, maintenant !

Il fait un massacre de Polonais.

PERE UBU : En avant, mes amis. Attrapez ce bélître ! En compote les Moscovites ! La victoire est à nous. Vive l'Aigle rouge !

TOUS : En avant ! Hurrah ! Jambedieu ! Attrapez le grand bougre.

BORDURE : Par saint Georges, je suis tombé.

PERE UBU, le reconnaissant. : Ah ! c'est toi, Bordure ! Ah ! mon ami. Nous sommes bien heureux ainsi que toute la compagnie de te retrouver. Je vais te faire cuire à petit feu. Messieurs des Finances, allumez du feu. Oh ! Ah ! Oh ! Je suis mort. C'est au moins un coup de canon que j'ai reçu. Ah ! mon Dieu, pardonnez-moi mes péchés. Oui, c'est bien un coup de canon.

BORDURE : C'est un coup de pistolet chargé à poudre.

PERE UBU : Ah ! tu te moques de moi ! Encore ! A la pôche !

Il se rue sur lui et le déchire.

LE GENERAL LASCY : Père Ubu, nous avançons partout.

PERE UBU : Je le vois bien, je n'en peux plus, je suis criblé de coups de pied, je voudrais m'asseoir par terre. Oh ! ma bouteille.

LE GENERAL LASCY : Allez prendre celle du Czar, Père Ubu.

PERE UBU : Eh ! J'y vais de ce pas. Allons ! Sabre à merdre, fais ton office, et toi, croc à finances, ne reste pas en arrière. Que le bâton-à-physique travaille d'une généreuse émulation et partage avec le petit bout de bois l'honneur de massacrer, creuser et exploiter l'Empereur moscovite. En avant, Monsieur notre cheval à finances !

Il se rue sur le Czar.

UN OFFICIER RUSSE : En garde, Majesté !

PERE UBU : Tiens, toi ! Oh ! aïe ! Ah ! mais tout de même. Ah ! monsieur, pardon, laissez-moi tranquille. Oh ! mais, je n'ai pas fait exprès !

Il se sauve, le Czar le poursuit.

PERE UBU : Sainte Vierge, cet enragé me poursuit ! Qu'ai-je fait, grand Dieu ! Ah ! bon, il y a encore le fossé à repasser. Ah ! je le sens derrière moi et le fossé devant ! Courage, fermons les yeux !

Il saute le fossé. Le Czar y tombe.

LE CZAR : Bon, je suis dedans !

POLONAIS : Hurrah ! le Czar est à bas !

PERE UBU : Ah ! j'ose à peine me retourner ! Il est dedans. Ah ! c'est bien fait et on tape dessus. Allons, Polonais, allez-y à tour de bras, il a bon dos, le misérable ! Moi, je n'ose pas le regarder ! Et cependant notre prédiction s'est complètement réalisée, le bâton-à-physique a fait merveilles et nul doute que je ne l'eusse complètement tué si une inexplicable terreur n'était venue combattre et annuler en nous les effets de notre courage. Mais nous avons dû soudainement tourner casaque, et nous n'avons dû notre salut qu'à notre habileté comme cavalier ainsi qu'à la solidité des jarrets de notre cheval à finances, dont la rapidité n'a d'égale que la solidité et dont la légèreté fait la célébrité, ainsi qu'à la profondeur du fossé qui s'est trouvé fort à propos sous les pas de l'ennemi de nous l'ici présent Maître des Phynances. Tout ceci est fort beau, mais personne ne m'écoute. Allons ! bon, ça recommence !

Les dragons russes font une charge et délivrent le Czar.

LE GENERAL LASCY : Cette fois, c'est la débandade.

PERE UBU : Ah ! voici l'occasion de se tirer des pieds. Or donc, Messieurs les Polonais, en avant ! ou plutôt en arrière !

POLONAIS : Sauve qui peut !

PERE UBU : Allons ! en route. Quel tas de gens, quelle fuite, quelle multitude, comment me tirer de ce gâchis ? (Il est bousculé) Ah ! mais toi ! fais attention, ou tu vas expérimenter la bouillante valeur du Maître des Finances.

Ah ! il est parti, sauvons-nous et vivement pendant que Lascy ne nous voit pas.

Il sort, ensuite on voit passer le Czar et l'armée russe poursuivant les Polonais.

 

 

Texte pour la LA scène d’exposition Ubu roi

Séquence IV: le pouvoir de la caricature et du comique

Etude d’une oeuvre intégrale : Ubu Roi Alfred Jarry 1896

Objets d’étude : le théâtre et ses représentations / la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

Problématique : Comment le théâtre, par sa dimension comique, donne-t-il du pouvoir une image à la fois risible et inquiétante ?

LA Acte 1 Scène 1 : Scène d'exposition

PÈRE UBU : Merdre!
MÈRE UBU : Oh ! voilà du joli, Père Ubu, vous estes un fort grand voyou.
PÈRE UBU : Que ne vous assom'je, Mère Ubu!
MÈRE UBU : Ce n'est pas moi, Père Ubu, c'est un autre qu'il faudrait assassiner.
PÈRE UBU : De par ma chandelle verte, je ne comprends pas.
MÈRE UBU : Comment, Père Ubu, vous estes content de votre sort ?
PÈRE UBU : De par ma chandelle verte, merdre, madame, certes oui, je suis content. On le serait à moins : capitaine de dragons, officier de confiance du roi Venceslas, décoré de l'ordre de l'Aigle Rouge de Pologne et ancien roi d'Aragon, que voulez-vous de mieux ?
MÈRE UBU : Comment ! après avoir été roi d'Aragon vous vous contentez de mener aux revues une cinquantaine d'estafiers armés de coupe-choux, quand vous pourriez faire succéder sur votre fiole la couronne de Pologne à celle d'Aragon ?
PÈRE UBU : Ah ! Mère Ubu, je ne comprends rien de ce que tu dis.
MÈRE UBU : Tu es si bête !
PÈRE UBU : De par ma chandelle verte, le roi Venceslas est encore bien vivant ; et même en admettant qu'il meure, n'a-t-il pas des légions d'enfants ?
MÈRE UBU : Qui t'empêche de massacrer toute la famille et de te mettre à leur place ?
PÈRE UBU : Ah ! Mère Ubu, vous me faites injure et vous allez passer tout à l'heure par la casserole.
MÈRE UBU : Eh ! pauvre malheureux, si je passais par la casserole, qui te raccommoderait tes fonds de culotte ?
PÈRE UBU : Eh vraiment ! et puis après ? N'ai-je pas un cul comme les autres ?
MÈRE UBU : À ta place, ce cul, je voudrais l'installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes richesses, manger fort souvent de l'andouille et rouler carrosse par les rues.
PÈRE UBU : Si j'étais roi, je me ferais construire une grande capeline comme celle que j'avais en Aragon et que ces gredins d'Espagnols m'ont impudemment volée.
MÈRE UBU : Tu pourrais aussi te procurer un parapluie et un grand caban qui te tomberait sur les talons.
PÈRE UBU : Ah ! je cède à la tentation. Bougre de merdre, merdre de bougre, si jamais je le rencontre au coin d'un bois, il passera un mauvais quart d'heure.
MÈRE UBU : Ah ! bien, Père Ubu, te voilà devenu un véritable homme.
PÈRE UBU : Oh non ! moi, capitaine de dragons, massacrer le roi de Pologne ! plutôt mourir !
MÈRE UBU, à part. : Oh ! merdre ! (Haut.) Ainsi tu vas rester gueux comme un rat, Père Ubu.
PÈRE UBU : Ventrebleu, de par ma chandelle verte, j’aime mieux être gueux comme un maigre et brave rat que riche comme un méchant et gras chat.
MÈRE UBU : Et la capeline ? et le parapluie ? et le grand caban ?
PÈRE UBU : Eh bien, après, Mère Ubu ? (Il s'en va en claquant la porte.)
MÈRE UBU, seule. : Vrout, merdre, il a été dur à la détente, mais vrout, merdre, je crois pourtant l'avoir ébranlé. Grâce à Dieu et à moi-même, peut-être dans huit jours serai-je reine de Pologne.

 

 

Lecture cursive "Le miroir brisé"

Le miroir brisé.doc

Notes pour la LA "L'horrible danger de la lecture"

Séquence III : le pouvoir des histoires

Objets d’étude : la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

Problématique : Comment le conte et les fables, par leur dimension fictive, peuvent-ils amener le lecteur à une vision critique ?

Document à compléter pour la LA « L'horrible danger de la lecture » Voltaire, 1765

 

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Voltaire publie ce texte dans un recueil intitulé Nouveaux Mélanges, en 1765, un an après son Dictionnaire philosophique et deux ans après le Traité de la tolérance. Le texte étudié est dans la lignée des précédents, dont il constitue en quelque sorte une synthèse. Le texte semble faire le blâme du savoir et l'éloge de l'obscurantisme. Mais l’ironie est aisément décelable, dans le titre même : le lecteur, connaissant l'auteur, sait que ce dernier ne peut pas parler sérieusement de « l'horrible danger de la lecture » ; donc le discours de Voltaire doit être compris comme l'inverse de celui du personnage locuteur du texte. Le texte est un pamphlet, caractérisé par deux procédés très prisés de Voltaire : la mise en place d'une fiction invraisemblable, comme dans ses contes philosophiques : un Orient fantaisiste et une ironie généralisée. Annonce du plan : I blâme de l'obscurantisme II éloge du savoir

 

I blâme de l'obscurantisme = s'opposer à la propagation du savoir, intolérance et arbitraire, au détriment de la raison.

 

1) Critique de l'ignorance et de la stupidité

  • caractère invraisemblable de l'éloge de l'ignorance : absurdité des formules qui encadrent le texte : « sottise et bénédiction », « palais de la stupidité » + oxymore « heureuse stupidité » + véhémence du discours contre le savoir : cf les expressions hyperboliques :« l'horrible danger de la lecture », « infernale invention de l'imprimerie », « en imprimant scandaleusement », « tentation diabolique [...] de s'instruire », « attentat énorme », pour le pouvoir obscurantiste, le savoir = le diable (superstition) +absurdité des termes du décret : « nous leur défendons expressément de penser », « enjoignons [...] de dénoncer [...] quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net » « ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien ».

  • critique de l'argument religieux : lutte contre les fléaux naturels = une contestation de la volonté de dieu « nous garantir de la peste, ce qui serait un attentat énorme contre les ordres de la Providence » + allusion à une personne réelle : (dernier §, « le premier médecin... »). Van Zwieten, médecin de l'impératrice d'Autriche : s’opposait à l'inoculation, pratique médicale à l'origine des vaccins modernes, préconisée par les philosophes mais vives réticences dans les milieux médicaux et surtt religieux. Ironie décelable par éloge paradoxal : « lequel médecin, ayant déjà tué quatre personnes... »

 

Ensuite, Voltaire s’attaque à l'intolérance religieuse et judiciaire. Tout d’abord par la critique indirecte de la main-mise de la religion sur la politique et la justice. Les « mouphtis » est un titre de religieux musulmans qui traitent aussi les affaires judiciaires et civiles, « nos vénérables frères les cadis (= juges ) et imans (= prêtres) » montrent que les religieux sont aussi des juges et qu’ils prennent des décisions politiques. Cette concentration des pouvoirs ne peut être un gage de liberté de pensée. L’expression« par la grâce de Dieu » renvoie à la critique des philosophes envers la monarchie de droit divin. L’article 5 critique la croyance irrationnelle, fondée uniquement sur le respect des traditions et marques extérieures du respect de dieu représentées ici par la pratique du pèlerinage. Voltaire suggère qu’au contraire, la connaissance des œuvres divines, du monde qu’ « il remplit de sa présence » augmenterait « le respect » que les lecteurs des ouvrages défendus aurait pour lui. Ce serait là la vraie foi, prônée par les philosophes, celle de la raison. De plus, Voltaire s’attaque à l’institution de la justice qu va à l’encontre de la justice en tant que valeur : Les … philosophes sont les porteurs de valeurs justes « il viennent par leurs écrits « éclairer les hommes et les rendre meilleurs » mais cette volonté de progrès ne serait qu’un « prétexte spécieux » et « punissable, c’est-à-dire que la justice et l’égalité sont traitées par les lois du pouvoir comme devant être sanctionnées. Enfin, les pratiques violentes et autoritaires de la justice et de la justice religieuse sont évoquées par le lexique de l'oppression : « condamner, proscrire, anathémiser », « punissable », « damnation éternelle », « défendons expressément », « pieds et mains liés », « infligé », « châtiment »... sont ainsi rappelées les méthodes de l’Inquisition : institution religieuse et juridique.

3 - critique de l'arbitraire et de l'irrationnel

  • discours des institutions juridiques et religieuses tourné en dérision par la parodie :

- parodie des incantations religieuses : « lumière des lumières, élu entre les élus »

- parodie du discours juridique et de ses formules archaïques : « comme ainsi soit », « ces présentes », « ci-devant », « les causes ci-dessous énoncées », « ladite idée »

  • critique du discours irrationnel :

- contradiction entre forme du décret (acte juridique censé être formulé dans des termes objectifs) et lexique subjectif qui relève du jugement = révèle la peur du législateur : « horrible danger », « pernicieux usage », « infernale invention », «misérables philosophes », « de peur que la tentation diabolique ne leur prenne » = expression de la subjectivité, our la rédaction d'une loi = objective pour être juste.

- article 2 : expression d'une peur infondée « Il est à craindre que... » :or, lois = fondées sur la raison et non sur la crainte.

- articles 3 à 6 introduits par des formules impersonnelles et verbes au conditionnel : « il arriverait », « il se pourrait » > raisonnement incohérent, pas sûr (valeur d’incertitude du conditionnel) et projection vers dangers futurs, alors que lois = basées sur expériences du passé pour changer le présent et le futur. Raisonnement à l’envers.

  • critique des pratiques arbitraires :

- origine du décret : « ambassadeur [...] a rapporté parmi nous... » + avis de consultants non fiables et incapables d'objectivité « surtout les fakirs connus pour leur zèle contre l'esprit », et qui conduit à une interdiction arbitraire et vague : « il a semblé bon à Mahomet et à nous de... »

- formule finale prône une justice « selon l’humeur » « être infligé par nous tel châtiment qu'il nous plaira ».

Lecombat de Voltaire contre les ennemis des Lumières le conduit à critiquer tout ce qui s'oppose au progrès de l'humanité: ce que Voltaire appelle « l'Infâme ». L'ironie est au service du pamphlet contre l'obscurantisme. Elle permet aussi d'énoncer en creux l'idéal des Lumières, un idéal humaniste, qui croit en l'homme et fait le pari que le savoir aidera l'humanité à progresser.

 

II éloge du savoir : nécessité de lutter contre l'ignorance et l'obscurantisme + présentation des avantages de ce combat.

1) Par quels moyens lutter contre l'ignorance ?

  • l'éducation au sens large : par antiphrase, les objectifs de l'éducation sont présentés : enseignement et connaissances à acquérir dans les livres

- ms aussi évocation de la transmission familiale :  …………………………………………………………………………………………………………………

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- acquérir des savoirs dans différents domaines : …………………………………………………………………………………………………………………….

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- apprendre à s'exprimer : ………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

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………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….. - former la pensée, développer l'esprit critique : …………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………- lutter contre les inégalités sociales en s'appliquant à tous : …………………………………………………………………………………………………..

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  • la libre circulation des idées, des livres, la lutte contre la censure : allégorie finale …………………………………………………

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  • lutte contre les faux enseignements : ……………………………………………………………………………………………………………………………………

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2) Quelles conséquences positives du savoir sur l'individu et la société ?

  • progrès scientifiques, techniques et économiques : …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

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  • émergence de la liberté : ………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

  • progrès moral et spirituel : …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

3) Efficacité de l'ironie =

  • discours double : elle fustige un discours et, en creux, en prône un autre, qui est l'envers du premier. Or, procédé est doublement efficace : en montrant le danger du camp de l'ignorance et de l'intolérance, elle convainc de la nécessité de lutter contre.

  • permet d'argumenter de manière plaisante : complicité établie avec le lecteur : plaisir de la participation interprétative nécessaire pour déceler l'ironie + satisfaction intellectuelle de se sentir, avec Voltaire, dans le camp des partisans du savoir et de l'intelligence contre celui de l'ignorance et de la stupidité.

  • Cpdt, demande un effort de lecture, repose sur la connaissance de l'auteur et de sa lutte pour le progès et le savoir. Masque de l'Orient à la mode, réduit aujpurd'hui sa lecture. Peut être lu comme une caricature par un lecteur non averti ….

 

Histoire des arts "Fallen princesses"

fallen princesses.ppt

Eléments de réponse concernant les textes complémentaires

Séquence III : le pouvoir des histoires

Objets d’étude : la question de l’homme dans les genres de l’argumentation du XVII ème siècle à nos jours

Problématique : Comment le conte et les fables, par leur dimension fictive, peuvent-ils amener le lecteur à une vision critique ?

Textes complémentaires : éléments de réponse

Les trois premiers textes mettent en œuvre une série d'oppositions. Le « Conte arabe » est ainsi fondé sur la différence sociale entre le peuple et le roi. Cette différence se retrouve dans les deux fables, par la mise en scène de prédateurs représentant l'autorité, la violence et la puissance – le Lion dans le texte 2 et le Loup dans le texte 3 – face à des proies ou des « victimes » (au sens religieux d'animaux destinés au sacrifice) représentant l'innocence, la faiblesse ou la soumission : la Génisse, la Chèvre, la Brebis et l'Agneau. Cette confrontation de deux mondes opposés est soulignée dans le conte arabe comme dans le texte 2 par une opposition entre le singulier et le collectif : le roi est seul, tandis que les sujets sont une entité indénombrable : « la population » ou trois animaux pacifiques « en société avec le Lion ». On note aussi des différences importantes dans la prise de parole : dans le conte, le peuple reste muet, seuls parlent Jeha, médiateur de la population, et le roi. Ce mutisme des faibles se retrouve dans le texte 2, où la parole est monopolisée par le Lion. Dans le texte 3, l'Agneau s'exprime. L'opposition est enfin spatiale. En effet, le roi et le Loup dominent, l'un ses sujets, l'autre sa proie : le roi est « sur son balcon » pour écouter son « peuple rassemblé à ses pieds », tandis que l'Agneau de la fable est placé, comme il le fait remarquer lui-même, « plus de vingt pas au-dessous [du Loup] ». Ces oppositions mettent en évidence le fossé qui sépare le détenteur du pouvoir, dont les désirs tyranniques ne sauraient être contredits, et les faibles ou les soumis, qui n'osent ou ne peuvent faire entendre leur voix.

Trois textes du corpus sont des apologues, c'est-à-dire des récits porteurs d'un enseignement ou d'une morale. Seul l'article « Autorité politique », rédigé par Diderot dans l'Encyclopédie, développe une argumentation directe : le locuteur, assimilable à Diderot lui-même, déploie, sous la forme d'un discours au présent de vérité générale, ses idées sur le thème annoncé par le titre, sans passer par le détour de la fiction. Contrairement au conte et aux deux fables, il ne met en effet aucun personnage en scène, et son propos n'est pas borné dans le temps d'une histoire, il cherche plutôt à tendre vers la généralité : « Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. » Toutefois, on peut observer des points communs entre cette argumentation et les trois récits. L'article, comme le conte et les fables, porte en effet sur le thème de l'autorité des monarques. Conformément à l'esprit des Lumières, Diderot dénonce la tyrannie fondée sur le postulat selon lequel l'autorité, contrairement à la liberté, n'est pas naturelle. Pour l'auteur, seuls la violence du tyran et le « consentement » du peuple permettent à l'autorité de s'épanouir. Ces deux causes de l'autorité sont précisément mises en scène dans les récits du corpus : le « Conte arabe » montre comment une population, de peur de susciter la colère de son roi, « consent » à se laisser piétiner ses terres par l'éléphant royal, au point que Jeha, révolté par tant de lâcheté de la part des siens, demande au roi de multiplier la source de leurs ennuis ! Les fables, elles, mettent en évidence le fait que le tyran assouvit ses appétits en imposant à ses sujets – ou sa victime – un discours d'une mauvaise foi révoltante. D'ailleurs, ce que Diderot appelle « la loi du plus fort » – c'est-à-dire une loi fondée sur l'affirmation d'une domination par la violence – est appelé clairement par le fabuliste « la raison du plus fort » dans le texte 3. Le philosophe et le moraliste en arrivent aux mêmes conclusions : cette loi n'a rien à voir avec le droit ou la justice, elle est absurde, puisque, écrit Diderot : « La même loi qui a fait l'autorité la défait alors […] ».

Ce corpus montre ainsi deux manières possibles de dénoncer la violence de la tyrannie.