10.02.2012

Pour compléter la composition de la pièce

Séquence IV : Phèdre Racine «  De l’amour j’ai toutes les fureurs »

 

Objet d’étude : le théâtre et ses représentations

Perspectives d’étude : connaissance des genres et des registres ; approche de l'histoire littéraire et culturelle ; réflexion sur l'intertextualité et la singularité des textes.

Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?

 

Relevé des parallélismes

(actes I et II)

Référence de la scène/ citations

Description / analyse

L’action

– Acte I, scène 1 : Hippolyte et Théramène.

Hippolyte veut partir à la recherche de son père.

 

– Acte I, scène 3 : Phèdre et OEnone.

Phèdre veut mourir.

 première apparition de Phèdre et d’Hippolyte = animés d’un dessein dont ils seront finalement détournés par leur interlocuteur. Se confient  à leur interlocuteur, avant de l’aveu, plus violent, de leur amour à la personne concernée.

La mécanique de l’aveu est //: Théramène et OEnone doivent d’abord vaincre leur réticence à parler. Leurs tirades respectives = exposition de la longue résistance opposée au sentiment amoureux.

– « Si je la haïssais, je ne la fuirais pas »

(v. 56).

 

– « Tu connais ce fils de l’Amazone, / Ce prince si longtemps par moi-même opprimé » (v. 262-263).

Hippolyte = aveu de

son amour par le biais d’une litote qui

rappelle  Chimène à Rodrigue, dans Le Cid : « Va, je ne te hais point. »

Phèdre ne peut pas nommer celui qu’elle aime ;   recours à une périphrase : « le fils de l’Amazone »

– Acte II, scène 2 : Hippolyte se déclare à Aricie.

 

– Acte II, scène 5 : Phèdre se déclare à Hippolyte

 

 

 

 

La situation

tragique

 

– « Mon père la réprouve, et par des lois sévères/ Il défend de donner des neveux à ses frères » (v. 105-106).

 

– « Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ?/ Donnerai-je l’exemple à la témérité ? » (v. 111-112).

Sentiments de Phèdre comme ceux d’Hippolyte = sous le coup d’un interdit. En aimant Aricie, Hippolyte enfreint la loi paternelle qui condamne la descendante de Pallas à la captivité et à la solitude. En aimant Hippolyte, Phèdre ajoute l’inceste à l’adultère.

La réaction de

leur entourage :

les faux-semblants de l’amour

et de la haine

– « Quoi vous-même Seigneur, la persécutez-vous ? […] Et devez vous haïr ses innocents appâts ? » Théramène, v. 52-55.

– « Hé bien, votre colère éclate avec raison./ J’aime à vous voir frémir à ce funeste nom./ Vivez donc. Que l’amour, le devoir vous excite./ Vivez, ne souffrez pas que le fils d’une Scythe,/Accablant vos enfants d’un empire odieux,/ Commande au plus beau sang de la Grèce, et des Dieux » OEnone, v. 207 sq.

Phèdre et Hippolyte, soumis à cet interdit, ont lutté contre leur amour, ont réussi à le dissimuler sous les apparences de l’inimitié ; ce masque a si bien fonctionné que leurs confidents se trompent sur leur état d’esprit ; tous deux formulent l’hypothèse de la haine.

La stratégie

rhétorique

adoptée par les

protagonistes

 

« Un frein plus légitime arrête mon audace./ Je vous cède, ou plutôt je vous rends une place/ Un sceptre, que jadis vos aïeux ont reçu/ De ce fameux  mortel que la Terre a conçu./ L’adoption le mit entre les mains d’Égée. » (v. 493 sq.).

 

 « Je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes./Mon fils n’a plus de père, et le jour n’est pas loin/ Qui de ma mort encor doit le rendre témoin./ Déjà mille ennemis attaquent son enfance,/ Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense » (v. 586 sq.).

Phèdre et Hippolyte formulent un argument politique (problème de la succession à la mort de Thésée) avant dévoiler leur sentiment amoureux.  Intention politique précise (Hippolyte) ou  projet de fonder une alliance (Phèdre) =chacun d’entre eux aborde l’être

aimé.

Hippolyte redonne sa liberté à la captive Aricie, puis lui rend la couronne de ses ancêtres Pallantides. Justifie cette démarche en invoquant sa prestigieuse ascendance. C’est en sollicitant la bienveillance pour son fils, que Phèdre aborde à son tour Hippolyte

 

La vision idéale

de Thésée

– « Tu sais combien mon âme attentive à ta voix,/ S’échauffait aux récits de ses nobles exploits/ […] Mais quand tu récitais des faits moins glorieux,/ Sa foi partout offerte, et reçue en cent lieux,/

[…] Tu sais comme à regret écoutant ce discours,/ Je te pressais souvent d’en abréger le cours./ Heureux ! si j’avais pu ravir à la Mémoire/ Cette indigne moitié d’une si belle histoire » (Hippolyte,

acte I, scène 1, v. 75 sq.)

– « Je l’aime, non point tel que l’ont vu les Enfers,/ Volage adorateur de mille objets divers,/ Qui va du Dieu des morts déshonorer la couche ;/ Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche » (Phèdre, acte II, scène 5,

v. 635 sq.).

 

Phèdre et Hippolyte redessinent à leur guise les contours du personnage de

Thésée : même rejet de l’inconstance

volage, garde la figure héroïque, ne conservent que ses titres de gloire.

 

 

 

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