10.02.2012

Présentation du conte philosophique

Fiche méthode

 

Le conte philosophique, genre créé par Voltaire au XVIIIéme siècle, garde les caractéristiques du conte :  notamment un caractère plaisant avec la présence du merveilleux et une cer­taine facilité de lecture, tout en faisant passer un message philosophique.

 

OBSERVER LE PARATEXTE : LE TITRE ET LE SOUS-TITRE

 

Le titre signale le caractère philosophique du conte. Dans les contes de Voltaire, il comporte souvent :

  Le nom du personnage principal, dit personnage éponyme ; souvent ce nom donne une indication sur le type de personnage : Candide et L'Ingénu, annoncent des personnages naïfs, Micromégas (petit-grand) oriente sur la question de la relati­vité des valeurs.

  Un sous-titre qui précise le thème traité : Zadig ou la destinée (1747), Candide ou l'optimisme (1759), Memnon ou la sagesse humaine (1750), Micromégas, histoire  philosophique   (1752). Parfois le thème est indiqué par le titre, et le nom du personnage est indiqué en sous-titre : Le monde comme il va, vision de Babouc (1746).

Un second sous-titre vient souvent donner de nou­velles précisions : en général il indique l'origine ou l'auteur fictif du conte, Voltaire se dédouanant ainsi de l'audace de certaines de ses pages : Le monde comme il va, vision de Babouc, écrite par lui-même (1746),Histoire des voyages de Scarmentado, écrite par lui-même (1756), Candide, ou l'optimisme, traduit de l'allemand de M. le docteur Ralph, avec les additions qu 'on a trouvées dans la poche du docteur lorsqu 'il mourut à Minden, l'an de grâce 1759, L'Ingénu, histoire véritable tirée des manuscrits du P. Quesnel (l767).

 

OBSERVER LA COMPOSITION DU CONTE

 

LA TABLE DES MATIÈRES

La table des matières permet de prendre connais­sance rapidement des principaux protagonistes du conte, ainsi que des principaux épisodes ; parfois même, les titres des chapitres sont assez explicites pour qu'on puisse voir quels sont les thèmes phi­losophiques abordés. Voici quelques-uns des titres de chapitres de L'Ingénu : I « Comment le prieur de Notre-Dame de la Montagne et mademoiselle sa sœur rencontrèrent un Huron » ; II « Le Huron, nommé l'Ingénu, reconnu de ses parents » ; V « L'Ingénu baptisé » ; XII « Ce que l'Ingénu pense des pièces de théâtre ».

 

LA COMPOSITION DU CONTE -

Le conte est un récit, qui présente un schéma nar­ratif et un schéma actantiel.

 

LE GENRE

Les contes de Voltaire sont bien sûr des contes, mais aussi, bien souvent, ils se rapprochent :

- du roman d'éducation, puisque c'est à travers les expériences d'un héros plus ou moins naïf que Voltaire veut faire passer un message,

- du roman d'aventures, car pour faire toutes ces expériences instructives, le héros est amené à voyager, à faire des rencontres hors du commun,

- parfois même du roman sentimental à la mode au XVIII ème siècle.

 

LA SUCCESSION DES ÉPISODES

C'est pourquoi le conte s'organise eh une succession d'épisodes qui constituent chacun une leçon pour le héros et une nouvelle aventure ; l'expérience trans­forme peu à peu le héros et l'amène à tirer une morale de ce qu'il a vécu ; enfin, l'intrigue senti­mentale, comme dans Candide ou surtout L'Ingénu, connaît aussi un dénouement instructif.         

 

LE DÉBUT DU CONTE

L'attention doit donc se porter sur l'incipit qui donne les clés essentielles :

 • Indication du genre : la première page contient les ingrédients du conte : éléments merveilleux : « Un jour St. Dunstan, Irlandais de nation et saint de profession, partit d'Irlande sur une petite montagne qui vogua vers les côtes de France, et arriva par cette voiture à la baie de Saint-Malo. », incipit de L'Ingénu, ou formulations propres au conte : « Au temps du roi Moabdar il y avait à Babylone un jeune homme nommé Zadig », incipit de Zadig.

  Type de personnage : « Il y avait en Vestphalie, dans le château de monsieur le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. », incipit de Candide.

  Thème philosophique : « Dans une de ces pla­nètes qui tournent autour de l'étoile nommé Sinus, il y avait un jeune homme de beaucoup d'esprit, que j'ai eu l'honneur de connaître dans le dernier voyage qu'il fît sur notre petite fourmi­lière. », incipit de Micromégas.

  Registre, souvent comique ou satirique : voir les incipit de L'Ingénu ou de Candide.

 

LA FIN DU CONTE

 

Le dernier chapitre est également essentiel. Il donne :

  La morale de l'histoire : « II faut cultiver notre jardin » excipit de Candide ; « Et Jeannot le père, et Jeannette la mère, et Jeannot le fils, virent que le bonheur n'est pas dans la vanité », excipit de Jeannot et Colin.

  Le dénouement du roman : « Effectivement [Micromégas] leur donna ce volume avant son départ : on le porta à Paris à l'Académie des sciences ; mais, quand le secrétaire l'eut ouvert, il ne vit rien qu'un livre tout blanc : Ah ! dit-il, je m'en étais bien douté. », excipit de Micromégas.

  L'épilogue : « Et depuis, ce fut une coutume dans Babylone que, toutes les fois que le souverain (ayant été grossièrement trompé par ses satrapes, ou par ses mages, ou par ses trésoriers, ou par ses femmes) reconnaissait enfin ses erreurs et corri­geait sa mauvaise conduite, tout le peuple criait à sa porte : « Vive notre grand roi, qui n'est plus un bœuf ! », excipit du Taureau blanc.

 

DÉGAGER LA PORTÉE DU CONTE PHILOSOPHIQUE

 

ÉTUDIER LES THÈMES

Dans les contes de Voltaire, chaque chapitre est l'occasion d'aborder un thème, conçu comme un argument ou comme un exemple argumentatif ou illustratif, destinés à soutenir la thèse. Ainsi dans Candide, la thèse de l'optimisme défendue par le philosophe Pangloss « Tout est au mieux dans le meilleur des mondes » est battue en brèche par cha­cune des expériences de Candide, qui ne cesse de rencontrer le mal : la guerre, les catastrophes natu­relles, le fanatisme, l'esclavage, la maladie, etc. »   

 

ÉTUDIER LA CRITIQUE ET LA SATIRE

  Les contes de Voltaire mènent ainsi une critique morale,  sociale,  politique  et  philosophique   : L'Ingénu critique l'intolérance, la corruption morale des grands et d'une partie du clergé ; Candide dénonce la barbarie de la guerre (une « boucherie héroïque »), l'esclavage, la condition des femmes, l'obscurantisme.

  Cette critique passe le plus souvent par un registre satirique qui utilise massivement l'ironie ; mais Voltaire sait aussi utiliser le registre pathétique, par exemple pour stigmatiser l'esclavage dans Candide ou la corruption morale de la Cour dans L'Ingénu.

 

ÉTUDIER LA CONSTRUCT10N DE LA THÈSE

  Voltaire ne se borne pas à une réfutation de la thèse adverse, il construit également sa propre thèse : Candide, peu à peu, en arrive à l'idée que seul l'homme peut être l'artisan de son propre bonheur, grâce à un travail assidu pour rendre cette terre plus prospère.

  Cette thèse est construite dans les chapitres où Candide fait des rencontres et des expériences positives :

- l'Eldorado, monde utopique* et donc inacces­sible où règne une prospérité due à la nature, montre au moins ce que pourrait être le para­dis terrestre ;

- le derviche lui enseigne de se détourner des questionnements métaphysiques (et donc de s'occuper plutôt de questions concrètes) ;

- le vieillard enfin résume sa conception de la vie : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin ».

- Candide reformule cette thèse en l'orientant vers le bonheur : « Il faut cultiver notre jardin ».

Les commentaires sont fermés.