27.02.2012
Rappel : le sujet de bac blanc
SUJET DE BAC BLANC
1 – Marivaux, L'île des esclaves, (1725)
2 – Montesquieu, Lettres Persanes, lettre CLXI (1721).
3 – V.Hugo, « Melancholia » in Les Contemplations (1856).
4 - Céline, Voyage au bout de la nuit (1932).
Texte1
Suite à un naufrage, Iphicrate, un jeune maître athénien et Arlequin, son esclave, ont échoué sur l'île des esclaves, habitée par d'anciens esclaves qui suppriment les maîtres ou qui les jettent dans l'esclavage. Alors que Iphicrate, désormais en danger, est pressé de partir à la recherche de ses camarades, et qu'il espère quitter l'île le plus rapidement possible, Arlequin ralentit le pas et n'a pas les mêmes intentions que son maître. Arlequin, dans ce passage, quitte son rôle d'esclave et expose la nouvelle situation dans laquelle le maître, Iphicrate, va subir l'épreuve de l'esclavage.
(...)
IPHICRATE, retenant sa colère. − Mais je ne te comprends point, mon cher Arlequin.
ARLEQUIN. − Mon cher patron, vos compliments me charment; vous avez coutume de m'en faire à coups de gourdin qui ne valent pas ceux-là; et le gourdin est dans la chaloupe[1].
IPHICRATE. − Eh ne sais-tu pas que je t'aime ?
ARLEQUIN. − Oui; mais les marques de votre amitié tombent toujours sur mes épaules, et cela est mal placé. Ainsi, tenez, pour ce qui est de nos gens, que le ciel les bénisse ! s'ils sont morts, en voilà pour longtemps; s'ils sont en vie, cela se passera, et je m'en goberge[2].
IPHICRATE, un peu ému. − Mais j'ai besoin d'eux, moi.
ARLEQUIN, indifféremment. − Oh ! cela se peut bien, chacun a ses affaires : que je ne vous dérange pas !
IPHICRATE. − Esclave insolent !
ARLEQUIN, riant. − Ah ! ah ! vous parlez la langue d'Athènes; mauvais jargon[3] que je n'entends plus.
IPHICRATE. − Méconnais-tu ton maître, et n'es-tu plus mon esclave ?
ARLEQUIN, se reculant d'un air sérieux. − Je l'ai été, je le confesse à ta honte, mais va, je te le pardonne; les hommes ne valent rien. Dans le pays d'Athènes, j'étais ton esclave; tu me traitais comme un pauvre animal, et tu disais que cela était juste, parce que tu étais le plus fort. Eh bien ! Iphicrate, tu vas trouver ici plus fort que toi; on va te faire esclave à ton tour; on te dira aussi que cela est juste, et nous verrons ce que tu penseras de cette justice-là; tu m'en diras ton sentiment, je t'attends là. Quand tu auras souffert, tu seras plus raisonnable tu sauras mieux ce qu'il est permis de faire souffrir aux autres. Tout en irait mieux dans le monde, si ceux qui te ressemblent recevaient la même leçon que toi. Adieu, mon ami; je vais trouver mes camarades et tes maîtres.
Il s'éloigne.
IPHICRATE, au désespoir, courant après lui, l'épée à la main. − Juste ciel ! peut-on être plus malheureux et plus outragé que je le suis ? Misérable ! tu ne mérites pas de vivre.
ARLEQUIN. − Doucement; tes forces sont bien diminuées, car je ne t'obéis plus, prends-y garde.
Texte 2
Les Lettres persanes , œuvre épistolaire de Montesquieu publié en 1721 racontent le voyage à Paris de deux Persans, Usbek et Rica : leur séjour, qui dure huit années, est pour eux l'occasion d'observer la société et le mode de vie des Français. Il s'agit aussi pour l'auteur de jouer de la « couleur exotique » associée à la Perse (l'Iran actuel). Usbek, qui est à la tête d'un harem (ou « sérail »), face à la perte de son autorité sur les femmes devient un véritable tyran. Il apprend à la lettre 159 la trahison de Roxane, la femme qu’il croyait être la plus vertueuse. La lettre 160 est la dernière lettre de Roxane à Usbek et elle suit le meurtre de son amant par les eunuques chargés de maintenir l'ordre dans le sérail. Cette dernière lettre du recueil incite à le lire d'un autre oeil : cette liberté que recherchait Usbek en Occident, il l'a toujours refusée à Roxane.
LETTRE CLXI. (160)
ROXANE A USBEK.
A Paris.
Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit[4] tes eunuques[5]; je me suis jouée de ta jalousie; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de délices et de plaisirs.
Je vais mourir; le poison va couler dans mes veines: car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus[6] ? Je meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée : je viens d'envoyer devant moi ces gardiens sacrilèges, qui ont répandu le plus beau sang du monde.
Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, pour m'imaginer que je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices ? que, pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes désirs ? Non : j'ai pu vivre dans la servitude; mais j'ai toujours été libre: j'ai réformé tes lois sur celles de la nature[7]; et mon esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.
Tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait; de ce que je me suis abaissée jusqu'à te paraître fidèle; de ce que j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurais dû faire paraître à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.
Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l'amour: si tu m'avais bien connue, tu y aurais trouvé toute la violence de la haine.
Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un coeur comme le mien t'était soumis. Nous étions tous deux heureux; tu me croyais trompée, et je te trompais.
Ce langage, sans doute, te paraît nouveau. Serait-il possible qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore d'admirer mon courage? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma force m'abandonne; la plume me tombe des mains; je sens affaiblir jusqu'à ma haine; je me meurs.
Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.
Texte 3
Le travail des enfants n'est qu'un aspect particulièrement révoltant des misères humaines que décrit Victor Hugo dans ce long poème de 336 vers. On y rencontre aussi une femme que la pauvreté pousse à la prostitution, un bagnard condamné pour avoir volé un pain : ce sont déjà quelques-uns des personnages du roman que V.Hugo commencera en 1845, qui s'intitule alors Les Misères.
« Melancholia » (extrait)
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules[8];
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain[9], tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
O servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme[10] ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre[11],
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre[12] et comme le blasphème[13] !
O Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !
Victor Hugo, Les Contemplations, Autrefois, Livre III
Texte 4
Après son passage en Afrique,Ferdinand Bardamu est vendu à un galérien, il parvient à la faveur d’une sortie en bateau à s’ échapper et à gagner New-York. Affamé, il se met en quête d’un travail qui le mène à Détroit « où lui assurait-on l’embauche était facile dans maints petits boulots pas trop prenants et bien payés ». Bardamu, narrateur de ce texte, fait alors l’expérience du travail à la chaîne et apprend « qu’on a pas besoin d’imaginatifs ici … c’est de chimpanzés dont nous avons besoin » ; l’homme devient lui-même une machine .
On est devenu salement[14]vieux d’un coup.
Il faut abolir la vie du dehors, en faire aussi d’elle de l’acier, quelque chose d’utile. On l’aimait pas assez telle qu’elle était, c’est pour ça. Faut en faire un objet donc du solide, c’est la Règle.
J’essayai de lui parler au contremaître à l’oreille, il a grogné comme un cochon en réponse et par les gestes seulement il m’a montré, bien patient, la très simple manœuvre que je devais accomplir désormais pour toujours. Mes minutes, mes heures, mon reste de temps comme ceux-ci s’en iraient à passer des petites chevilles à l’aveugle d’à côté qui les calibrait, lui depuis des années, les chevilles, les mêmes. Moi j’ai fait ça tout de suite très mal. On ne me blâma point, seulement après trois jours de ce labeur initial, je fus transféré, raté déjà, au trimbalage du petit chariot rempli de rondelles, celui qui cabotait d’une machine à l’autre. Là, j’en laissais trois, ici douze, là cinq seulement. Personne ne me parlait. On existait plus que par une sorte d’hésitation entre l’hébétude[15] et le délire. Rien n’importait que la continuité fracassante des mille et mille instruments qui commandaient les hommes.
Quand à six heures tout s’arrête on emporte le bruit dans sa tête, j’avais encore en moi pour la nuit entière de bruit et d’odeur à l’huile aussi comme si on m’avait mis un nez nouveau, un cerveau nouveau pour toujours.
Alors à force de renoncer, peu à peu, je suis devenu comme un autre…Un nouveau Ferdinand. Après quelques semaines. Tout de même l’envie de revoir des gens du dehors me revint. Pas ceux de l’atelier bien sûr, ce n’étaient que des échos et des odeurs de machines comme moi, des viandes vibrées à l’infini, mes compagnons. C’était un vrai corps que je voulais toucher, un corps rose en vraie vie silencieuse et molle.
QUESTIONS DE LECTURE (4 points)
1. Qu'est-ce qui fait la cohérence de ce corpus ? Justifiez votre réponse. /1
2. Quels procédés vous paraissent-ils les plus efficaces pour donner de la force à un discours engagé ?
Vous vous appuierez précisément sur des relevés pour justifier votre réponse. /3
TRAVAIL D’ECRITURE (16 points)
Choisissez l’un des trois sujets suivants
Sujet de commentaire :
Vous commenterez le texte de Céline, extrait du Voyage au bout de la nuit.
Sujet de dissertation :
Pensez-vous que l’écrivain puisse être détaché des préoccupations de son temps, des considérations sociales et politiques de son époque ? Vous répondrez à cette question en un développement composé, prenant appui sur les textes du corpus et sur ceux que vous avez lus et étudiés.
Sujet d’invention :
Vous rédigez un article dans lequel un écrivain fait l'apologie de l'intellectuel et de son utilité sociale. Vous rédigerez votre texte en veillant à travailler la force persuasive de votre propos.
14:11 Publié dans Séquence VI : de l'utilité de l'écrivain (GT) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.02.2012
Une mise en scène de La guerre de Troie mise en scène par Nicolas Briançon
Merci Kevin, mais c'est tout ce que j'ai pu trouver ....
17:28 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Textes complémentaires
Séquence VI : de l’utilité de l’écrivain
Objets d’étude croisés : l’argumentation – la question de l’homme
Problématique : par quels procédés, genres et registres l’écrivain peut-il dénoncer les injustices ou les inégalités de son époque ?
Textes complémentaires
L’île des esclaves Marivaux ( I 1 extrait), 1725
Suite à un naufrage, Iphicrate, un jeune maître athénien et Arlequin, son esclave, ont échoué sur l'île des esclaves, habitée par d'anciens esclaves qui suppriment les maîtres ou qui les jettent dans l'esclavage. Alors que Iphicrate, désormais en danger, est pressé de partir à la recherche de ses camarades, et qu'il espère quitter l'île le plus rapidement possible, Arlequin ralentit le pas. Dans ce passage, il quitte son rôle d'esclave et expose la nouvelle situation dans laquelle le maître, Iphicrate, va subir l'épreuve de l'esclavage.
IPHICRATE, retenant sa colère. − Mais je ne te comprends point, mon cher Arlequin.
ARLEQUIN. − Mon cher patron, vos compliments me charment; vous avez coutume de m'en faire à coups de gourdin qui ne valent pas ceux-là ; et le gourdin est dans la chaloupe[1].
IPHICRATE. − Eh ne sais-tu pas que je t'aime ?
ARLEQUIN. − Oui ; mais les marques de votre amitié tombent toujours sur mes épaules, et cela est mal placé. Ainsi, tenez, pour ce qui est de nos gens, que le ciel les bénisse ! s'ils sont morts, en voilà pour longtemps; s'ils sont en vie, cela se passera, et je m'en goberge[2].
IPHICRATE, un peu ému. − Mais j'ai besoin d'eux, moi.
ARLEQUIN, indifféremment. − Oh ! cela se peut bien, chacun a ses affaires : que je ne vous dérange pas !
IPHICRATE. − Esclave insolent !
ARLEQUIN, riant. − Ah ! ah ! vous parlez la langue d'Athènes; mauvais jargon[3] que je n'entends plus.
IPHICRATE. − Méconnais-tu ton maître, et n'es-tu plus mon esclave ?
ARLEQUIN, se reculant d'un air sérieux. − Je l'ai été, je le confesse à ta honte, mais va, je te le pardonne; les hommes ne valent rien. Dans le pays d'Athènes, j'étais ton esclave; tu me traitais comme un pauvre animal, et tu disais que cela était juste, parce que tu étais le plus fort. Eh bien ! Iphicrate, tu vas trouver ici plus fort que toi; on va te faire esclave à ton tour; on te dira aussi que cela est juste, et nous verrons ce que tu penseras de cette justice-là ; tu m'en diras ton sentiment, je t'attends là. Quand tu auras souffert, tu seras plus raisonnable tu sauras mieux ce qu'il est permis de faire souffrir aux autres. Tout en irait mieux dans le monde, si ceux qui te ressemblent recevaient la même leçon que toi. Adieu, mon ami ; je vais trouver mes camarades et tes maîtres.
Il s'éloigne.
IPHICRATE, au désespoir, courant après lui, l'épée à la main. − Juste ciel ! peut-on être plus malheureux et plus outragé que je le suis ? Misérable ! tu ne mérites pas de vivre.
ARLEQUIN. − Doucement ; tes forces sont bien diminuées, car je ne t'obéis plus, prends-y garde.
Les lettres persanes Montesquieu 1721
L’ œuvre épistolaire de Montesquieu publié en 1721 racontent le voyage à Paris de deux Persans, Usbek et Rica : leur séjour, qui dure huit années, est pour eux l'occasion d'observer la société et le mode de vie des Français.. Usbek, qui est à la tête d'un harem (ou « sérail »), face à la perte de son autorité sur les femmes devient un véritable tyran. Il apprend à la lettre 159 la trahison de Roxane, la femme qu’il croyait être la plus vertueuse. La lettre 160 est la dernière lettre de Roxane à Usbek et elle suit le meurtre de son amant par les eunuques chargés de maintenir l'ordre dans le sérail.
LETTRE CLXI. (160)
ROXANE A USBEK.
A Paris.
Oui, je t'ai trompé; j'ai séduit[4]tes eunuques[5]; je me suis jouée de ta jalousie; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de délices et de plaisirs.
Je vais mourir ; le poison va couler dans mes veines: car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus[6] ? Je meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée : je viens d'envoyer devant moi ces gardiens sacrilèges, qui ont répandu le plus beau sang du monde.
Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, pour m'imaginer que je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices ? que, pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes désirs ? Non : j'ai pu vivre dans la servitude; mais j'ai toujours été libre: j'ai réformé tes lois sur celles de la nature[7]; et mon esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.
Tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait; de ce que je me suis abaissée jusqu'à te paraître fidèle; de ce que j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurais dû faire paraître à toute la terre; enfin de ce que j'ai profané la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.
Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l'amour: si tu m'avais bien connue, tu y aurais trouvé toute la violence de la haine.
Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un coeur comme le mien t'était soumis. Nous étions tous deux heureux; tu me croyais trompée, et je te trompais.
Ce langage, sans doute, te paraît nouveau. Serait-il possible qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore d'admirer mon courage? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma force m'abandonne; la plume me tombe des mains; je sens affaiblir jusqu'à ma haine; je me meurs.
Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.
Victor Hugo, Les Contemplations, Autrefois, Livre III
Le travail des enfants n'est qu'un aspect particulièrement révoltant des misères humaines que décrit Victor Hugo dans ce long poème de 336 vers. On y rencontre aussi une femme que la pauvreté pousse à la prostitution, un bagnard condamné pour avoir volé un pain : ce sont déjà quelques-uns des personnages du roman que V.Hugo commencera en 1845, qui s'intitule alors Les Misères.
« Melancholia » (extrait)
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules[8];
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain[9], tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
O servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme[10] ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre[11],
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre[12] et comme le blasphème[13] !
O Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !
Victor Hugo, Les Contemplations, Autrefois, Livre III
[1] Embarcation non pontée dont on se sert en cas de naufrage ou pour rallier la terre.
[2] Se goberger : prendre ses aises, bien se traiter, bien se porter
[3] Langage corrompu, déformé, fait d'éléments disparates
[4] Trompé, corrompu
[5] Hommes castrés, gardien du harem
[6] L'amant de Roxane a été tué par les eunuques
[7] J'ai modifié tes lois pour les rendre conformes à celles de la nature
[8] Tout ce qui sert à broyer
[9] D'airain : dur, implacable
[10] Maladie de la croissance qui se manifeste par des déformations variables du squelette.
[11] Dans sa griffe
[12] Ce qui humilie, déshonneur, honte
[13] Sacrilège, insulte à Dieu
14:26 Publié dans Séquence VI : de l'utilité de l'écrivain (GT) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.02.2012
LA incipit de L'ingénu Voltaire
Séquence V : un conte libertin et satirique L’ingénu de Voltaire
Objets d’étude croisés : la question de l’homme – l’argumentation
Problématique : quelle stratégie argumentative se cache derrière la fiction ?
LA : Incipit de L’Ingénu Voltaire
Un jour, saint Dunstan, Irlandais de nation et saint de profession, partit d'Irlande sur une petite montagne qui vogua vers les côtes de France, et arriva par cette voiture à la baie de Saint-Malo. Quand il fut à bord, il donna la bénédiction à sa montagne, qui lui fit de profondes révérences, et s'en retourna en Irlande par le même chemin qu'elle était venue.
Dunstan fonda un petit prieuré dans ces quartiers-là, et lui donna le nom de prieuré de la Montagne, qu'il porte encore, comme un chacun sait.
En l'année 1689, le 15 juillet au soir, l'abbé de Kerkabon, prieur de Notre-Dame de la Montagne, se promenait sur le bord de la mer avec Mlle de Kerkabon, sa sœur, pour prendre le frais. Le prieur, déjà un peu sur l'âge, était un très bon ecclésiastique, aimé de ses voisins, après l'avoir été autrefois de ses voisines. Ce qui lui avait donné surtout une grande considération, c'est qu'il était le seulbénéficier1 du pays qu'on ne fût pas obligé de porter dans son lit quand il avait soupe avec ses confrères. Il savait assez honnêtement de théologie, et, quand il était las de lire saint Augustin, il s'amusait avec Rabelais : aussi tout le monde disait du bien de lui.
Mlle de Kerkabon, qui n'avait jamais été mariée, quoiqu'elle eût grande envie de l'être, conservait de la fraîcheur à l'âge de quarante-cinq ans ; son caractère était bon et sensible ; elle aimait le plaisir, et était dévote.
Le prieur disait à sa sœur, en regardant la mer : « Hélas ! c'est ici que s'embarqua notre pauvre frère avec notre chère belle-sœur, Mme de Kerkabon sa femme, sur la frégate l'Hirondelle, en 1669, pour aller servir en Canada. S'il n'avait pas été tué, nous pourrions espérer de le revoir encore.
- Croyez-vous, disait Mlle de Kerkabon, que notre belle-sœur ait été mangée par les Iroquois, comme on nous l'a dit ? Il est certain que, si elle n'avait pas été mangée, elle serait revenue au pays. Je la pleurerai toute ma vie : c'était une femme charmante ; et notre frère, qui avait beaucoup d'esprit, aurait fait assurément une grande fortune. »
Comme ils s'attendrissaient l'un et l'autre à ce souvenir, ils virent entrer dans la baie de Rance un petit bâtiment qui arrivait avec la marée : c'étaient des Anglais qui venaient vendre quelques denrées de leur pays. Ils sautèrent à terre, sans regarder M. le prieur ni Mlle sa sœur, qui fut très choquée du peu d'attention qu'on avait pour elle. Il n'en fut pas de même d'un jeune homme très bien fait, qui s'élança d'un saut par-dessus la tête de ses compagnons, et se trouva vis-à-vis mademoiselle. Il lui fit un signe de tête, n'étant pas dans l'usage de faire la révérence. Sa figure et son ajustement attirèrent les regards du frère et de la sœur. Il était nu-tête et nu-jambes, les pieds chaussés de petites sandales, le chef1 orné de longs cheveux en tresses, un petit pourpoint qui serrait une taille fine et dégagée ; l'air martial et doux. Il tenait dans sa main une petite bouteille d'eau des Barbades, et dans l'autre une espèce de bourse dans laquelle était un gobelet et de très bons biscuits de mer. Il parlait français fort intelligiblement. Il présenta de son eau des Barbades à Mlle de Kerkabon et à M. son frère ; il en but avec eux ; il leur en fit reboire encore, et tout cela d'un air si simple et si naturel que le frère et la sœur en furent charmés. Ils lui offrirent leurs services, en lui demandant qui il était et où il allait. Le jeune homme leur répondit qu'il n'en savait rien, qu'il était curieux, qu'il avait voulu voir comment les côtes de France étaient faites, qu'il était venu, et allait s'en retourner.
M. le prieur, jugeant à son accent qu'il n'était pas anglais, prit la liberté de lui demander de quel pays il était. « Je suis huron », lui répondit le jeune homme.
Mlle de Kerkabon, étonnée et enchantée de voir un Huron qui lui avait fait des politesses, pria le jeune homme à souper : il ne se fit pas prier deux fois, et tous trois allèrent de compagnie au prieuré de Notre-Dame de la Montagne.
Eléments d’analyse :
1 – Les fonctions d’un début de récit.
2 – fonction du titre du chapitre.
3 – Les éléments propres au conte.
4 – La dimension satirique.
17:45 Publié dans Séquence V L'Ingénu (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.02.2012
A propos de la religieuse : le film scandaleux de Rivette enfin autorisé(2)
17:10 Publié dans Séquence V L'Ingénu (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Au sujet de la religieuse : le film scandaleux de Rivette à Cannes
17:04 Publié dans Séquence V L'Ingénu (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Présentation du conte philosophique
Fiche méthode
Le conte philosophique, genre créé par Voltaire au XVIIIéme siècle, garde les caractéristiques du conte : notamment un caractère plaisant avec la présence du merveilleux et une certaine facilité de lecture, tout en faisant passer un message philosophique.
OBSERVER LE PARATEXTE : LE TITRE ET LE SOUS-TITRE
Le titre signale le caractère philosophique du conte. Dans les contes de Voltaire, il comporte souvent :
• Le nom du personnage principal, dit personnage éponyme ; souvent ce nom donne une indication sur le type de personnage : Candide et L'Ingénu, annoncent des personnages naïfs, Micromégas (petit-grand) oriente sur la question de la relativité des valeurs.
• Un sous-titre qui précise le thème traité : Zadig ou la destinée (1747), Candide ou l'optimisme (1759), Memnon ou la sagesse humaine (1750), Micromégas, histoire philosophique (1752). Parfois le thème est indiqué par le titre, et le nom du personnage est indiqué en sous-titre : Le monde comme il va, vision de Babouc (1746).
Un second sous-titre vient souvent donner de nouvelles précisions : en général il indique l'origine ou l'auteur fictif du conte, Voltaire se dédouanant ainsi de l'audace de certaines de ses pages : Le monde comme il va, vision de Babouc, écrite par lui-même (1746),Histoire des voyages de Scarmentado, écrite par lui-même (1756), Candide, ou l'optimisme, traduit de l'allemand de M. le docteur Ralph, avec les additions qu 'on a trouvées dans la poche du docteur lorsqu 'il mourut à Minden, l'an de grâce 1759, L'Ingénu, histoire véritable tirée des manuscrits du P. Quesnel (l767).
OBSERVER LA COMPOSITION DU CONTE
LA TABLE DES MATIÈRES
La table des matières permet de prendre connaissance rapidement des principaux protagonistes du conte, ainsi que des principaux épisodes ; parfois même, les titres des chapitres sont assez explicites pour qu'on puisse voir quels sont les thèmes philosophiques abordés. Voici quelques-uns des titres de chapitres de L'Ingénu : I « Comment le prieur de Notre-Dame de la Montagne et mademoiselle sa sœur rencontrèrent un Huron » ; II « Le Huron, nommé l'Ingénu, reconnu de ses parents » ; V « L'Ingénu baptisé » ; XII « Ce que l'Ingénu pense des pièces de théâtre ».
LA COMPOSITION DU CONTE -
Le conte est un récit, qui présente un schéma narratif et un schéma actantiel.
LE GENRE
Les contes de Voltaire sont bien sûr des contes, mais aussi, bien souvent, ils se rapprochent :
- du roman d'éducation, puisque c'est à travers les expériences d'un héros plus ou moins naïf que Voltaire veut faire passer un message,
- du roman d'aventures, car pour faire toutes ces expériences instructives, le héros est amené à voyager, à faire des rencontres hors du commun,
- parfois même du roman sentimental à la mode au XVIII ème siècle.
LA SUCCESSION DES ÉPISODES
C'est pourquoi le conte s'organise eh une succession d'épisodes qui constituent chacun une leçon pour le héros et une nouvelle aventure ; l'expérience transforme peu à peu le héros et l'amène à tirer une morale de ce qu'il a vécu ; enfin, l'intrigue sentimentale, comme dans Candide ou surtout L'Ingénu, connaît aussi un dénouement instructif.
LE DÉBUT DU CONTE
L'attention doit donc se porter sur l'incipit qui donne les clés essentielles :
• Indication du genre : la première page contient les ingrédients du conte : éléments merveilleux : « Un jour St. Dunstan, Irlandais de nation et saint de profession, partit d'Irlande sur une petite montagne qui vogua vers les côtes de France, et arriva par cette voiture à la baie de Saint-Malo. », incipit de L'Ingénu, ou formulations propres au conte : « Au temps du roi Moabdar il y avait à Babylone un jeune homme nommé Zadig », incipit de Zadig.
• Type de personnage : « Il y avait en Vestphalie, dans le château de monsieur le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. », incipit de Candide.
• Thème philosophique : « Dans une de ces planètes qui tournent autour de l'étoile nommé Sinus, il y avait un jeune homme de beaucoup d'esprit, que j'ai eu l'honneur de connaître dans le dernier voyage qu'il fît sur notre petite fourmilière. », incipit de Micromégas.
• Registre, souvent comique ou satirique : voir les incipit de L'Ingénu ou de Candide.
LA FIN DU CONTE
Le dernier chapitre est également essentiel. Il donne :
• La morale de l'histoire : « II faut cultiver notre jardin » excipit de Candide ; « Et Jeannot le père, et Jeannette la mère, et Jeannot le fils, virent que le bonheur n'est pas dans la vanité », excipit de Jeannot et Colin.
• Le dénouement du roman : « Effectivement [Micromégas] leur donna ce volume avant son départ : on le porta à Paris à l'Académie des sciences ; mais, quand le secrétaire l'eut ouvert, il ne vit rien qu'un livre tout blanc : Ah ! dit-il, je m'en étais bien douté. », excipit de Micromégas.
• L'épilogue : « Et depuis, ce fut une coutume dans Babylone que, toutes les fois que le souverain (ayant été grossièrement trompé par ses satrapes, ou par ses mages, ou par ses trésoriers, ou par ses femmes) reconnaissait enfin ses erreurs et corrigeait sa mauvaise conduite, tout le peuple criait à sa porte : « Vive notre grand roi, qui n'est plus un bœuf ! », excipit du Taureau blanc.
DÉGAGER LA PORTÉE DU CONTE PHILOSOPHIQUE
ÉTUDIER LES THÈMES
Dans les contes de Voltaire, chaque chapitre est l'occasion d'aborder un thème, conçu comme un argument ou comme un exemple argumentatif ou illustratif, destinés à soutenir la thèse. Ainsi dans Candide, la thèse de l'optimisme défendue par le philosophe Pangloss « Tout est au mieux dans le meilleur des mondes » est battue en brèche par chacune des expériences de Candide, qui ne cesse de rencontrer le mal : la guerre, les catastrophes naturelles, le fanatisme, l'esclavage, la maladie, etc. »
ÉTUDIER LA CRITIQUE ET LA SATIRE
• Les contes de Voltaire mènent ainsi une critique morale, sociale, politique et philosophique : L'Ingénu critique l'intolérance, la corruption morale des grands et d'une partie du clergé ; Candide dénonce la barbarie de la guerre (une « boucherie héroïque »), l'esclavage, la condition des femmes, l'obscurantisme.
• Cette critique passe le plus souvent par un registre satirique qui utilise massivement l'ironie ; mais Voltaire sait aussi utiliser le registre pathétique, par exemple pour stigmatiser l'esclavage dans Candide ou la corruption morale de la Cour dans L'Ingénu.
ÉTUDIER LA CONSTRUCT10N DE LA THÈSE
• Voltaire ne se borne pas à une réfutation de la thèse adverse, il construit également sa propre thèse : Candide, peu à peu, en arrive à l'idée que seul l'homme peut être l'artisan de son propre bonheur, grâce à un travail assidu pour rendre cette terre plus prospère.
• Cette thèse est construite dans les chapitres où Candide fait des rencontres et des expériences positives :
- l'Eldorado, monde utopique* et donc inaccessible où règne une prospérité due à la nature, montre au moins ce que pourrait être le paradis terrestre ;
- le derviche lui enseigne de se détourner des questionnements métaphysiques (et donc de s'occuper plutôt de questions concrètes) ;
- le vieillard enfin résume sa conception de la vie : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin ».
- Candide reformule cette thèse en l'orientant vers le bonheur : « Il faut cultiver notre jardin ».
16:57 Publié dans Séquence V L'Ingénu (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Questionnaire de présentation "Les Lumières"
Séquence V : L’Ingénu Voltaire
Les réponses aux questions suivantes sont disponibles sur le site de la BNF: http://expositions.bnf.fr/lumieres/index.htm. Cependant, certaines (*) demandent une réflexion personnelle à partir des informations données sur le site.
L’esprit des Lumières
1 - Pourquoi utiliser la métaphore de la lumière ?*
3 - A quel concept, filant la métaphore de la lumière, s'opposent les Lumières? Qui est ainsi désigné ?
4 - Quels pays européens sont aussi concernés par ce mouvement de pensée ?
La religion
1 - Quelle est la principale cible des Lumières ?
2 – Qu’est-ce que « penser par soi-même » pour les philosophes ? Pourquoi selon Diderot est-ce un effort, un défi ( il dit en effet qu’il faut « oser penser par soi-même » )
3 - Qu'est-ce que le déisme?*
4 - Qu'est-ce que l'affaire Calas?*
5 – Quelle notion va-t-elle apparaître à cause des récits des explorateurs ?
La science
1 - Quel est l'outil principal et fondamental préconisé par les Lumières pour accéder aux sciences et aux connaissances? Quels « moyens de connaissance » vont-ils refuser ?
2 - Grâce à cette ouverture d'esprit, la science fait de nombreux progrès. Dans quels domaines ?
3 - Grâce à quel ouvrage ces découvertes scientifiques sont-elles vulgarisées ?
4 – Comment comprenez-vous les expressions : « la pluralité des Lumières », « une vision déterministe de l’homme » ?
5 – Selon les Lumières, par quel moyen devient-on « maître de soi-même » ?
L'avènement de l'individu
1- Pour quelles libertés les Lumières combattent-elles ?
2 – Quelle quête remplace-t-elle celle du salut de l’âme ?
3 - Qu'appelle-t-on le libertinage?* Quelle est la différence entre le libertinage érudit et le libertinage des mœurs?* Citez un ouvrage littéraire du 18ème siècle (ainsi que son auteur) qui décrit ce dernier libertinage.*
4 - A quelle classe sociale s'intéressent de plus en plus les peintres au 18ème siècle?
L'espace public
1 - Pourquoi la ville est-elle le cadre privilégié du philosophe des Lumières ?
2 - Pourquoi la valorisation du travail entraîne-t-elle la désacralisation des privilèges?
L’ordre politique
1 -« Tout pouvoir sans bornes ne saurait être légitime. » est une citation de ?
2 – Pourquoi « la séparation du temporel et du spirituel » que prône les Lumières transformerait-elle profondément l’ordre politique de l’Ancien Régime ?
3 – Frédéric II et Catherine II ont-ils vraiment été les « despotes éclairés » comme l’avaient espéré Voltaire et Diderot ?
4 – Deux revendications des Lumières se heurtent à de fortes résistances : lesquelles ?
5 – Quel philosophe affirme la nécessité de la séparation des pouvoirs ? Dans quel ouvrage ?
L’universalité
1 – Selon les Lumières, qu’est-ce qui explique la diversité apparente des hommes ?
2 – Quelle nouvelle possibilité technique va changer la vision du monde des penseurs ?
3 – Que permettent les voyages imaginaires ? Citez un titre d’un roman épistolaire * qui utilise le procédé de l’œil neuf * ?
L’héritage : Après lecture de cette dernière partie de l’exposition, quelles conclusions peut-on tirer de l’héritage des idées des Lumières ?
16:53 Publié dans Séquence V L'Ingénu (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Pour compléter la composition de la pièce
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Perspectives d’étude : connaissance des genres et des registres ; approche de l'histoire littéraire et culturelle ; réflexion sur l'intertextualité et la singularité des textes.
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
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Relevé des parallélismes (actes I et II) |
Référence de la scène/ citations |
Description / analyse |
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L’action |
– Acte I, scène 1 : Hippolyte et Théramène. Hippolyte veut partir à la recherche de son père.
– Acte I, scène 3 : Phèdre et OEnone. Phèdre veut mourir. |
première apparition de Phèdre et d’Hippolyte = animés d’un dessein dont ils seront finalement détournés par leur interlocuteur. Se confient à leur interlocuteur, avant de l’aveu, plus violent, de leur amour à la personne concernée. La mécanique de l’aveu est //: Théramène et OEnone doivent d’abord vaincre leur réticence à parler. Leurs tirades respectives = exposition de la longue résistance opposée au sentiment amoureux. |
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– « Si je la haïssais, je ne la fuirais pas » (v. 56).
– « Tu connais ce fils de l’Amazone, / Ce prince si longtemps par moi-même opprimé » (v. 262-263). |
Hippolyte = aveu de son amour par le biais d’une litote qui rappelle Chimène à Rodrigue, dans Le Cid : « Va, je ne te hais point. » Phèdre ne peut pas nommer celui qu’elle aime ; recours à une périphrase : « le fils de l’Amazone » |
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– Acte II, scène 2 : Hippolyte se déclare à Aricie.
– Acte II, scène 5 : Phèdre se déclare à Hippolyte |
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La situation tragique
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– « Mon père la réprouve, et par des lois sévères/ Il défend de donner des neveux à ses frères » (v. 105-106).
– « Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ?/ Donnerai-je l’exemple à la témérité ? » (v. 111-112). |
Sentiments de Phèdre comme ceux d’Hippolyte = sous le coup d’un interdit. En aimant Aricie, Hippolyte enfreint la loi paternelle qui condamne la descendante de Pallas à la captivité et à la solitude. En aimant Hippolyte, Phèdre ajoute l’inceste à l’adultère. |
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La réaction de leur entourage : les faux-semblants de l’amour et de la haine |
– « Quoi vous-même Seigneur, la persécutez-vous ? […] Et devez vous haïr ses innocents appâts ? » Théramène, v. 52-55. – « Hé bien, votre colère éclate avec raison./ J’aime à vous voir frémir à ce funeste nom./ Vivez donc. Que l’amour, le devoir vous excite./ Vivez, ne souffrez pas que le fils d’une Scythe,/Accablant vos enfants d’un empire odieux,/ Commande au plus beau sang de la Grèce, et des Dieux » OEnone, v. 207 sq. |
Phèdre et Hippolyte, soumis à cet interdit, ont lutté contre leur amour, ont réussi à le dissimuler sous les apparences de l’inimitié ; ce masque a si bien fonctionné que leurs confidents se trompent sur leur état d’esprit ; tous deux formulent l’hypothèse de la haine. |
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La stratégie rhétorique adoptée par les protagonistes
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« Un frein plus légitime arrête mon audace./ Je vous cède, ou plutôt je vous rends une place/ Un sceptre, que jadis vos aïeux ont reçu/ De ce fameux mortel que la Terre a conçu./ L’adoption le mit entre les mains d’Égée. » (v. 493 sq.).
– « Je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes./Mon fils n’a plus de père, et le jour n’est pas loin/ Qui de ma mort encor doit le rendre témoin./ Déjà mille ennemis attaquent son enfance,/ Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense » (v. 586 sq.). |
Phèdre et Hippolyte formulent un argument politique (problème de la succession à la mort de Thésée) avant dévoiler leur sentiment amoureux. Intention politique précise (Hippolyte) ou projet de fonder une alliance (Phèdre) =chacun d’entre eux aborde l’être aimé. Hippolyte redonne sa liberté à la captive Aricie, puis lui rend la couronne de ses ancêtres Pallantides. Justifie cette démarche en invoquant sa prestigieuse ascendance. C’est en sollicitant la bienveillance pour son fils, que Phèdre aborde à son tour Hippolyte
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La vision idéale de Thésée |
– « Tu sais combien mon âme attentive à ta voix,/ S’échauffait aux récits de ses nobles exploits/ […] Mais quand tu récitais des faits moins glorieux,/ Sa foi partout offerte, et reçue en cent lieux,/ […] Tu sais comme à regret écoutant ce discours,/ Je te pressais souvent d’en abréger le cours./ Heureux ! si j’avais pu ravir à la Mémoire/ Cette indigne moitié d’une si belle histoire » (Hippolyte, acte I, scène 1, v. 75 sq.) – « Je l’aime, non point tel que l’ont vu les Enfers,/ Volage adorateur de mille objets divers,/ Qui va du Dieu des morts déshonorer la couche ;/ Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche » (Phèdre, acte II, scène 5, v. 635 sq.).
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Phèdre et Hippolyte redessinent à leur guise les contours du personnage de Thésée : même rejet de l’inconstance volage, garde la figure héroïque, ne conservent que ses titres de gloire.
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16:51 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Indications pour construire les questions de synthèse
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
I La tragédie est une affaire de famille : les personnages comme incarnation du tragique
v Hippolyte : « Le dessein en est pris : je pars cher Théramène » : une parenté « sauvage » et mortelle : comment être le fils de Thésée ? comment ne pas être l’objet de l’amour de Phèdre ?
v Oenone : « Pour la servir j’ai tout fait, tout quitté / Et j’en reçois ce prix ! Je l’ai bien mérité. » : confidente ou intrigante ?
v Thésée : « Que vois-je ? Quelle horreur en ces lieux répandue / fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ? » : un héros aveuglé, la loi aveugle ?
II Phèdre : un rôle écrasant « ni tout à fait innocente ni tout à fait coupable »
v Une parenté fatale : « la fille de Minos et de Pasiphaé »
v Une victime des dieux : « C’est Vénus toute entière à sa proie attachée »
v Le poids du rôle social : « Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! »
v Une descente aux enfers : « Je respire à la fois l’inceste et l’imposture »
III L’amour tragique et la mise en scène de sa parole sur scène
v L’amour comme une souffrance morale et physique ; les aveux.
v La parole tragique tue l’autre.
IV Un théâtre de la cruauté : la figure du monstre et des dieux.
v La monstruosité sur scène
v La monstruosité hors scène
v Où est dieu dans tout ça ?
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
I La tragédie est une affaire de famille : les personnages comme incarnation du tragique
v Hippolyte : « Le dessein en est pris : je pars cher Théramène » : une parenté « sauvage » et mortelle : comment être le fils de Thésée ? comment ne pas être l’objet de l’amour de Phèdre ?
v Oenone : « Pour la servir j’ai tout fait, tout quitté / Et j’en reçois ce prix ! Je l’ai bien mérité. » : confidente ou intrigante ?
v Thésée : « Que vois-je ? Quelle horreur en ces lieux répandue / fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ? » : un héros aveuglé, la loi aveugle ?
II Phèdre : un rôle écrasant « ni tout à fait innocente ni tout à fait coupable »
v Une parenté fatale : « la fille de Minos et de Pasiphaé »
v Une victime des dieux : « C’est Vénus toute entière à sa proie attachée »
v Le poids du rôle social : « Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! »
v Une descente aux enfers : « Je respire à la fois l’inceste et l’imposture »
III L’amour tragique et la mise en scène de sa parole sur scène
v L’amour comme une souffrance morale et physique ; les aveux.
v La parole tragique tue l’autre.
IV Un théâtre de la cruauté : la figure du monstre et des dieux.
v La monstruosité sur scène
v La monstruosité hors scène
v Où est dieu dans tout ça ?
16:48 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


