10.01.2012

Texte complémentaire : Perec W ou le souvenir d'enfance

Séquence III : pourquoi pas l’utopie ?

 

Objet d’étude : l’humanisme

Perspectives d’étude : les formes de l’argumentation, l’histoire littéraire, les genres littéraires

Problématique : les valeurs humanistes peuvent-elles fonder l’écriture d’un autre monde ?

 

Texte complémentaire : de l’utopie à la dystopie W ou le souvenir d’enfance G. Perec 1975

 

Première présentation de l’île de W (chapitre XII):

 

// y aurait, là-bas, à l'autre bout du monde, une île. Elle s'appelle W.

Elle est orientée d'est en ouest; dans sa plus grande longueur, elle mesure environ quatorze kilo­mètres. Sa configuration générale affecte la forme d'un crâne de mouton dont la mâchoire inférieure aurait été passablement disloquée.

Le voyageur égaré, le naufragé volontaire ou mal­heureux, l'explorateur hardi que la fatalité, l'esprit d'aventure ou la poursuite d'une quelconque chimère auraient jetés au milieu de cette poussière d'îles qui longe la pointe disloquée du continent sud-américain, n'auraient qu'une chance misérable d'aborder à W. Aucun point de débarquement natu­rel ne s'offre en effet sur la côte, mais des bas-fonds que des récifs à fleur d'eau rendent extrêmement dangereux, des falaises de basalte, abruptes, rectilignes et sans failles, ou encore, à l'ouest, dans la région correspondant à l'occiput du mouton, des marécages pestilentiels. Ces marécages sont nourris par deux rivières d'eau chaude, respectivement appelées l'Omègue et le Chalde, dont les détours presque parallèles déterminent sur un court trajet, dans la portion la plus centrale de l'île, une micro-mésopotamie fertile et verdoyante. La nature pro­fondément hostile du monde alentour, le relief tour­menté, le sol aride, le paysage constamment glacial et brumeux, rendent encore plus merveilleuse la campagne fraîche et joyeuse qui s'offre alors à la vue : non plus la lande désertique balayée par les vents sauvages de l'Antarctique, non plus les escar­pements déchiquetés, non plus les maigres algues que survolent sans cesse des millions d'oiseaux marins, mais des vallonnements doux couronnés de boqueteaux de chênes et de platanes, des chemins poudreux bordés d'entassements de pierres sèches ou de hautes haies de mûres, de grands champs de myrtilles, de navets, de maïs, de patates douces.

En dépit de cette clémence remarquable, ni les Fuégiens ni les Patagons ne s'implantèrent sur W. Quand le groupe de colons dont les descendants for­ment aujourd'hui la population entière de l'île s'y établit à la fin du XIXe siècle, W était une île absolu­ment déserte, comme le sont encore la plupart des îles de la région; la brume, les récifs, les marais avaient interdit son approche ; explorateurs et géo­graphes n'avaient pas achevé, ou, plus souvent encore, n'avaient même pas entrepris la reconnais­sance de son tracé et sur la plupart des cartes, W n'apparaissait pas ou n'était qu'une tache vague et sans nom dont les contours imprécis divisaient à peine la mer et la terre.

La tradition fait remonter à un nommé Wilson la fondation et le nom même de l'île. Sur ce point de départ unanime, de nombreuses variantes ont été avancées. Dans l'une, par exemple, Wilson est un gardien de phare dont la négligence aurait été res­ponsable d'une effroyable catastrophe; dans une autre, c'est le chef d'un groupe de convicts qui se seraient mutinés lors d'un transport en Australie ; dans une autre encore, c'est un Nemo dégoûté du monde et rêvant de bâtir une Cité idéale. Une qua­trième variation, assez proche de la précédente, mais significativement différente, fait de Wilson un champion (d'autres disent un entraîneur) qui, exalté par l'entreprise olympique, mais désespéré par les difficultés que rencontrait alors Pierre de Coubertin et persuadé que l'idéal olympique ne pourrait qu'être bafoué, sali, détourné au profit de marchan­dages sordides, soumis aux pires compromissions par ceux-là mêmes qui prétendraient le servir, réso­lut de tout mettre en œuvre pour fonder, à l'abri des querelles chauvines et des manipulations idéolo­giques, une nouvelle Olympie.

Le détail de ces traditions est inconnu ; leur vali­dité même est loin d'être assurée. Cela n'a pas une très grande importance. D'habiles spéculations sur certaines coutumes (par exemple, tel privilège accordé à tel village) ou sur quelques-uns des patro­nymes encore en usage pourraient apporter des pré­cisions, des éclaircissements sur l'histoire de W, sur la provenance des colons (dont il est sûr, au moins, que c'étaient des Blancs, des Occidentaux, et même presque exclusivement des Anglo-Saxons : des Hol­landais, des Allemands, des Scandinaves, des repré­sentants de cette classe orgueilleuse qu'aux États-Unis on nomme les Wasp), sur leur nombre, sur les lois qu'ils se donnèrent, etc. Mais que W ait été fon­dée par des forbans ou par des sportifs, au fond, cela ne change pas grand-chose. Ce qui est vrai, ce qui est sûr, ce qui frappe dès l'abord, c'est que W est aujourd'hui un pays où le Sport est roi, une nation d'athlètes où le Sport et la vie se confondent en un même magnifique effort. La fière devise

 

FORTIUS ALTIUS CITIUS

 

qui orne les portiques monumentaux à l'entrée des villages, les stades magnifiques aux cendrées soi­gneusement entretenues, les gigantesques journaux, muraux publiant à toute heure du jour les résultats des compétitions, les triomphes quotidiens réservés aux vainqueurs, la tenue des hommes : un survête­ment gris frappé dans le dos d'un immense W blanc, tels sont quelques-uns des premiers spectacles qui s'offriront au nouvel arrivant. Ils lui apprendront, dans l'émerveillement et l'enthousiasme (qui ne serait enthousiasmé par cette discipline audacieuse, par ces prouesses quotidiennes, cette lutte au coude à coude, cette ivresse que donne la victoire ?), que la vie, ici, est faite pour la plus grande gloire du Corps. Et l'on verra plus tard comment cette vocation ath­létique détermine la vie de la Cité, comment le Sport gouverne W, comment il a façonné au plus profond les relations sociales et les aspirations individuelles.

 

Extrait du dernier chapitre de W (chapitre XXXVI)

L’Athlète W n’a guère de pouvoir sur sa vie. Il n’a rien à attendre du temps qui passe. Ni l’alternance des jours et des nuits ni le rythme des saisons ne lui seront d’aucun secours. Il subira avec une égale rigueur le brouillard de la nuit d’hiver, les pluies glaciales du printemps, la chaleur torride des après-midi d’été. Sans doute peut-il attendre de la Victoire qu’elle améliore son sort : mais la Victoire est si rare, et si souvent dérisoire ! La vie de l’athlète W n’est qu’un effort acharné, incessant, la poursuite exténuante et vaine de cet instant où le triomphe pourra apporter le repos. Combien de centaines, combien de milliers d’heures écrasantes pour une seconde de sérénité, une seconde de calme ? Combien de semaines, combien de mois d’épuisement pour une heure de détente ?

Courir. Courir sur les cendrées, courir dans les marais, courir dans la boue. Courir, sauter, lancer les poids. Ramper. S’accroupir, se relever. Se relever, s’accroupir. Très vite, de plus en plus vite. Courir en rond, se jeter à terre, ramper, se relever, courir. Rester debout, au garde-à -vous, des heures, des jours, des jours et des nuits. À plat ventre ! Debout ! Habillez-vous ! Déshabillez-vous ! Habillez-vous ! Déshabillez-vous ! Courez ! Sautez ! Rampez ! À genoux !

Immergé dans un monde sans frein, ignorant des Lois qui l’écrasent, tortionnaire ou victime de ses compagnons sous le regard ironique et méprisant de ses Juges, l’Athlète W ne sait pas où sont ses véritables ennemis, ne sait pas qu’il pourrait les vaincre et que cette Victoire serait la seule qui le délivrerait. Mais sa vie et sa mort lui semblent inéluctables, inscrites une fois pour toutes dans un destin innommable.

Il y a deux mondes, celui des Maîtres et celui des esclaves. Les Maîtres sont inaccessibles et les esclaves s’entre-déchirent. Mais même cela, l’Athlète W ne le sait pas. Il préfère croire à son Étoile. Il attend que la chance lui sourie. Un jour, les Dieux seront avec lui, il sortira le bon numéro, il sera celui que le hasard élira pour amener jusqu’au brûloir central la Flamme olympique, ce qui, lui donnant le grade de Photophore officiel, le dispensera à jamais de toute corvée, lui assurera, en principe, une protection permanente. Et il semble bien que toute son énergie soit consacrée à cette seule attente, à ce seul espoir d’un miracle misérable qui lui permettra d’échapper aux coups, au fouet, à l’humiliation, à la peur. L’un des traits ultimes de la société W est que l’on y interroge sans cesse le destin : avec de la mie de pain longtemps pétrie, les Sportifs se fabriquent des osselets, des petits dés. Ils interprètent le passage des oiseaux, la forme des nuages, des flaques, la chute des feuilles. Ils collectionnent des talismans : une pointe de la chaussure d’un Champion Olympique, un ongle de pendu. Des jeux de cartes ou de tarots circulent dans les chambrées : la chance décide du partage des paillasses, des rations et des corvées. Tout un système de paris clandestins, que l’Administration contrôle en sous-main par l’intermédiaire de ses petits officiels, accompagne les Compétitions. Celui qui donne dans l’ordre, les numéros matricules des trois premiers d’une Épreuve olympique a droit à tous leurs privilèges ; celui qui les donne dans le désordre est invité à partager leur repas de triomphe.

Les orphéons aux uniformes chamarrés jouent L’Hymne à la joie. Des milliers de colombes et de ballons multicolores sont lâchés dans le ciel. Précédés d’immenses étendards aux anneaux entrelacés que le vent fait claquer, les Dieux du Stade pénètrent sur les pistes, en rangs impeccables, bras tendus vers les tribunes officielles où les grands Dignitaires W les saluent.

Il faut les voir, ces Athlètes qui, avec leurs tenues rayées ressemblent à des caricatures de sportifs 1900, s’élancer coudes au corps, pour un sprint grotesque. Il faut voir ces lanceurs dont les poids sont des boulets, ces sauteurs aux chevilles entravées, ces sauteurs en longueur qui retombent lourdement dans une fosse emplie de purin. Il faut voir ces lutteurs enduits de goudron et de plume, il faut voir ces coureurs de fond sautillant à cloche-pied ou à quatre pattes, il faut voir ces rescapés du marathon éclopés, transis, trottinant entre deux haies serrées de Juges de touche armés de verges et de gourdins, il faut les voir, ces Athlètes squelettiques, au visage terreux, à l’échine toujours courbée, ces crânes chauves et luisants, ces yeux pleins de panique, ces plaies purulentes, toutes ces marques indélébiles d’une humiliation sans fin, d’une terreur sans fond, toutes ces preuves administrées chaque heure, chaque jour, chaque seconde, d’un écrasement conscient, organisé, hiérarchisé, il faut voir fonctionner cette machine énorme dont chaque rouage participe, avec une efficacité implacable, à l’anéantissement systématique des hommes, pour ne plus trouver surprenante la médiocrité des performances enregistrées : le 100 mètres se court en 23’’4, le 200 mètres en 51’’ ; le meilleur sauteur n’a jamais dépassé 1,30m.

Celui qui pénétrera un jour dans la Forteresse n’y trouvera d’abord qu’une succession de pièces vides, longues et grises. Le bruit de ses pas résonnant sous les hautes voûtes bétonnées lui fera peur, mais il faudra qu’il poursuive longtemps son chemin avant de découvrir, enfouis dans les profondeurs du sol, les vestiges souterrains d’un monde qu’il croira avoir oublié : des tas de dents d’or, d’alliances, de lunettes, des milliers et des milliers de vêtements en tas, des fichiers poussiéreux, des stocks de savon de mauvaise qualité…

12.12.2011

Palmanova (plan)

« La cité idéale » anonyme XVIème siècle

« La cité idéale » Giorgo Martini 1575

"L’homme de Vitruve" Léonard de Vinci vers 1492

Avec la date, cette fois-ci ( donc début XV ème, comme dit ...)

Tenture de l’Apocalypse d’Angers 1375

« La tour de Babel » Bruegel l’ancien 1563

"L'école d'Athènes" Raphaël 1511

http://www.histoire.ac-versailles.fr/IMG/ppt/ecoled_Athen...

Pour revoir la superbe (!) présentation d'un collègue sur ce tableau de Raphaël.

Question de synthèse II

Séquence III : pourquoi pas l’utopie ?

 

Objet d’étude : l’humanisme

Perspectives d’étude : les formes de l’argumentation, l’histoire littéraire, les genres littéraires

Problématique : les valeurs humanistes peuvent-elles fonder l’écriture d’un autre monde ?

 

Utopie = représentation d’une réalité idéale et sans défaut, sous forme d’une fiction ( // apologue). Régime parfait, gouvernement au service de la mise en œuvre d’un projet juste, communauté d’individus vivants heureux et en harmonie (peut être sans gouvernement cf LA « l’abbaye de Thélème »). Svt écrites en rapport avec une volonté critique, dénonciation des injustices réels de la société existante.

Lieux imaginaires (îles) hors de la géographie connue, hors du temps, en dehors du monde. Retrait qui préserve du changement et du Mal, pays lointains ou mythiques svt associés à des récits de voyage.

 

Histoire du genre :

La République de Platon dialogue philosophique. Thème : l’individu et sa place dans la cité, idée centrale, la justice, modèle de vie communautaire proposé.

+ Atlantide dans le Critias = île qui est située au-delà des colonnes d’Hercule, monde idyllique au départ. Habitants nés de Poséidon et d’une mortelle. Roi = Atlas, fils de Poséidon, île divisée en 10 royaumes gouvernés par Atlas et ses neuf frères. Chaque royaume a sa capitale, ttes sur le modèle de la cité mère, dessinée par Poséidon lui même. Cités circulaires et entourées de fossés navigables. Ile riche en ressources naturelles (faune, flore..) et métaux précieux dont le mystérieux orichalque « cuivre des montagnes », associé ds l’île au culte de Poséidon. Ms Atlandes délaissent petit à petit leur organisation parfaite, donnée par le dieu et corruption puis destruction (tempête).

Récit utilisé pour une démonstration à but didactique // avec Athènes = ce qui arrivera à la cité si elle abandonne ses principes politiques = disparition de sa puissance.

Utopies chrétiennes = le paradis terrestre, l’Age d’or, la Jérusalem Céleste = Pèlerinage de la vie humaine ( XVème ) = voyage raconté comme une allégorie de la vie humaine, on accède à la Jérusalem Céleste après la mort (+- paradis). Idée d’un monde débarrassé du mal, règne de Dieu, avenir promis par lui cf « Apocalypse de Saint Jean ».

+ la tour de Babel

Renaissance = apparition d’un // entre la réflexion sur la ville idéale et l’organisation sociale idéale. Cf architecture italienne, la ville devient un objet d’art (Florence, les Médicis). Ville // société = une totalité organique, un reflet l’une de l’autre. Recherche d’une harmonie, d’une cohérence ds les proportions. Cf Léonard de Vinci : imagine des formes d’urbanisme novatrices : ordre et hygiène + De re aedificatoria (1485) : « Les proportions doivent régner sur les parties afin qu’elles aient l’apparence d’un corps entier et parfait ». Pas de réalisations civiles ms une réalisation militaire = Palma Nova.

Expansion du genre littéraire à la Renaissance car support possible de la pensée humaniste : idée que la société idéale peut être une construction humaine, sans la présence et l’intervention de dieu, Utopie envisagée sur terre (même si lointaine et fictive ..)

Nouveauté de L’Utopia  (1516) de More = la société idéale est l’œuvre des hommes eux-mêmes et résulte de la mise en place d’une société ordonnée idéalisation de l’Age d’or et autres pays de cocagne fabuleux + absence de divinité ou de providence qui changerait l’âme humaine, vices et défauts corrigés par une autre organisation sociale.  ( Voir présentation de l’œuvre et texte complémentaire)

Aussi 1623 La cité du soleil ou l’idée d’une république philosophique Campanella : forme du dialogue + récit de voyage = communauté qui suit les lois naturelles qui se manifestent à travers l’observation des astres, communauté des biens = base du système social + théocratie, éducation commune aux enfants des deux sexes, dirigée en fonction des aptitudes, travail obligatoire ms modéré, économie agricole, costumes uniformes.

+ 1627 La nouvelle Atlantide F. Bacon = fable et récit de voyage ( Européens accostent par hasard ds une île, Bensalem), cité gouvernée par la Maison de Salomon = la société des savants = le bonheur par les sciences.

Fin XVIème, la découverte du nouveau monde va transporter la pensée utopique vers l’ailleurs exotique. Idée d’un monde neuf, d’un monde où l’âge d’or aurait été préservé, ou pays fabuleux à découvrir. Naissance du mythe du bon sauvage à partir de Montaigne, ( voir LA) et srt XVIIIème.

Alors deux formes du récit utopique

Ø       Traités politiques, fiction pour éviter la censure

Ø       Récits de voyage fantaisistes, satiriques, mondes extraordinaires

Mais frontières poreuses cf Cyrano de Bergerac Histoire comique des Estats et Empire de la lune 1655 et Histoire comique des Estats et Empires du Soleil 1655(texte complémentaire) et  Les voyages de Gulliver J. Swift 1726

Contient deux contre utopies :

Laputa = règne de la raison et de la géométrie. Obsession du progrès qui mène à la ruine. Application de la raison pure mène à l’absurde.

Nation des chevaux : république parfaite, dirigée par des êtres intelligents et règnent sur des hô dégénérés et vicieux = hô définitivement incapables de se gouverner, ms chevaux sont parfaits, cpdt dépourvus de sentiments, sans défauts et sans qualités humaines.

 

XVIIIème : voyage ds l’ailleurs ou voyage ds le tps // foi ds le progrès des philosophes fait que Utopie devient la promesse d’une réalité à venir ou dimension critique de la société ( cf LA Voltaire Candide « L’eldorado »)

 

Lettres persanes Montesquieu ( 1721) Montesquieu : roman épistolaire ; lettres XI à XIV de Usbeck à Mirza « les Troglodytes » = apologue utopique // critique de la société de son épq. D’abord un peuple féroce qui va être amené par un modèle de la tempérance et raison à pratiquer la vertu et construction d’une société idéale : valeurs = justice, liberté, vertu, nature. Contrat social = un syst d’égalité fondé sur un esprit de la communauté, vie simple et frugale. Puis mise en péril par l’accroissement de la population, décadence. Rétablissement par le vieillard = valorisation d’une monarchie « éclairée » (parlementaire)

 

Le pays des Gangarides ds La princesse de Babylone 1768 fantasme de la beauté et du luxe

 

Clarens  ds La Nouvelle Héloïse Rousseau : simplicité rustique, paternalisme

Cinquième partie : Lettre VII  « La fête des vendanges ou le sentiment de l'égalité »

Depuis un mois les chaleurs de l'automne apprêtaient d'heureuses vendanges ; les premières gelées en ont amené l'ouverture ; le pampre grillé, laissant la grappe à découvert, étale aux yeux les dons du père Lyée, et semble inviter les mortels à s'en emparer. Toutes les vignes chargées de ce fruit bienfaisant que le ciel offre aux infortunés pour leur faire oublier leur misère ; le bruit des tonneaux, des cuves, les lègrefass qu'on relie de toutes parts, le chant des vendangeuses dont ces coteaux retentissent ; la marche continuelle de ceux qui portent la vendange au pressoir ; le rauque son des instruments rustiques qui les anime au travail ; l'aimable et touchant tableau d'une allégresse générale qui semble en ce moment étendu sur la face de la terre; enfin le voile de brouillard que le soleil élève au matin, comme une toile de théâtre pour découvrir à l'oeil un si charmant spectacle : tout conspire à lui donner un air de fête ; et cette fête n'en devient que plus belle à la réflexion, quand on songe qu'elle est la seule où les hommes aient su joindre l'agréable à l'utile.

Vous ne sauriez concevoir avec quel zèle, avec quelle gaieté tout cela se fait. On chante, on rit toute la journée, et le travail n'en va que mieux. Tout vit dans la plus grande familiarité ; tout le monde est égal, et personne ne s'oublie. Les dames sont sans airs, les paysannes sont décentes, les hommes badins et non grossiers. C'est à qui trouvera les meilleures chansons, à qui fera les meilleurs contes, à qui dira les meilleurs traits. L'union même engendre les fôlatres querelles ; et l'on ne s'agace mutuellement que pour montrer combien on est sûr les uns des autres. On ne revient point ensuite faire chez soi les messieurs ; on passe aux vignes toute la journée : Julie y a fait une loge où l'on va se chauffer quand on a froid, et dans laquelle on se réfugie en cas de pluie. On dîne avec les paysans et à leur heure, aussi bien qu'on travaille avec eux. On mange avec appétit leur soupe un peu grossière, mais bonne, saine, et chargée d'excellents légumes. On ne ricane point orgueilleusement de leur air gauche et de leurs compliments rustauds ; pour les mettre à leur aise, on s'y prête sans affectation. Ces complaisances ne leur échappent pas, ils y sont sensibles ; et voyant qu'on veut bien sortir pour eux de sa place, ils s'en tiennent d'autant plus volontiers dans la leur...

Le soir, on revient gaiement tous ensemble. On nourrit et loge les ouvriers tout le temps de la vendange ; et même le dimanche, après le prêche du soir, on se rassemble avec eux et l'on danse jusqu'au souper... Ces saturnales sont bien plus agréables et plus sages que celles des Romains. Le renversement qu'ils affectaient était trop vain pour instruire le maître ni l'esclave ; mais la douce égalité qui règne ici rétablit l'ordre de la nature, forme une instruction pour les uns, une consolation pour les autres, et un lien d'amitié pour tous.

Elts d’analyse :

Un monde clos, communauté repliée sur une idée du bonheur (construction philosophique), société intime et familiale, limité à la famille de Wolmar, ses domestiques et ses paysans. Prospérité basée sur les travaux agricoles, valeur suprême = la vertu. Argent peu important, limité aux échanges avec l’ext et paye des domestiques. Auto suffisance et autarcie. Travail = joie qui gomme l’inégalité entre les maîtres et serviteurs.

Ms inégalité réelle = Wolmar « despote éclairé », l’homme de la Raison, qui dirige avec « sensibilité » paternaliste.

Sur l’extrait :

Société qui apparaît comme un monde unanime, égalité sentimentale, fraternité temporaire sous la direction d’une autorité (Julie) qui provoque joie et générosité. Evocation d’une sorte d’âge d’or biblique ; institution bien ordonnée, repas en commun, ms chacun reste à sa place …. Fête ms modérée par l’égalité. Tableau idyllique et confusion réalité / apparence.

 

L’île des esclaves Marivaux : une rééducation sociale. Echange des rôles : maitres/esclaves à la suite d’un naufrage sur une île. Permet pendant un temps une inversion des rôles. Retour à la normale à la fin. Plutôt un apologue qu’une utopie = l’inversion ne crée pas un monde parfait, il n’y a pas d’immobilisme ms une progression d’une prise de csce = les maitres doivent exercer leur pouvoir avec mesure et raison.

 

XXème : les contre utopies ( ou dystopies)

Fantasme de l’utopie de la modernité cf futurisme ( 1909, Italie) : haine du passé, éloge de la modernité = vitesse et machine + figure de l’artiste, créateur d’utopie, inventeurs de formes inédites, novatrices cf Bauhaus ( et XX Le Corbusier en architecture)

Ms « face noire » de la machine = industrialisation et 1ère Guerre Mondiale ( première guerre « industrielle). Mécanisation de l’humain par la machine (taylorisme) cf « Métropolis » F. Lang 1926 = machines mangeuses d’homme.

L’homme nouveau du communisme : pr bcp d’intellectuels : construction de l’URSS = exemple d’une utopie en train de se construire sous leurs yeux, ds un pays réel. Idée de l’émancipation d’un peuple tt entier, libéré de l’oppression et exploitation. Idéalisation soutenue ensuite par la prpagande stalinienne : « un avenir radieux qui se construit jour après jour ». Société communiste qui apparaît comme idéale, capable de produire des efforts extraordinaires au service de la collectivité.

Le nazisme utopie politique ms tendances de la tradition utopique : la transparence de l’état tt puissant, l’organisation hiérarchique, subordination de l’individu aux règles établies et srt, idée de pureté, image d’un homme nouveau, régénéré ( cf culte du corps, hygiénisme), + rééducation si déviance ( camps)

Met en récit les dangers de la réalisation d’ « utopies négatives », univers totalitaire, parfois concentrationnaire (Voir lecture complémentaire W ou le souvenir d’enfance Pérec)

  • Destruction du libre arbitre, homme = un maillon au service de la CITE
  • Désintégration de la cellule familiale
  • Pouvoir centralisé et autoritaire.
  • Utilisation à des fins destructrices de l’humanité de l’homme des avancées de la science, de la technique, manipulations génétiques.

 

Dystopies ( préfixe « dys » négation, malformation, erroné) = monde organisé // utopies ms conduisent à l’asservissement de l’hô. Monde terrifiant d’abord présenté comme parfait, dimension critique, mise en garde contre régimes politiques totalitaires, idéologies « de masse ». Svt fictions situées ds le futur (anticipations sociales) S.F car évolutions technologiques pas déterminantes ( au centre ds S.F) ms utilisation des découvertes scientifiques à des fins politiques et idéologiques. // utopie = monde né d’une volonté, résultat d’un plan réfléchi et conscient. Concrétisation d’un projet politique, ms pouvoir absolu, ordre absolu, oppression absolue et parfaite. utopies, svt descriptives, peu d’actions, un discours philosophique. Dystopies prennent une forme narrative (intrigue et personnages) + apparition progressive de la réalité de l’oppression. Mettent svt en scène un personnage en décalage avec le syst, une inadaptation qui mène au refus et remise en cause. Notion d’individu utopies où slt une collectivité. Sorte d’utopie ms vue sous l’angle de l’individu et des libertés individuelles. + la société évoquée n’est pas un modèle à atteindre, ms un modèle refusé. Idée générale = dénonciation de la prétention à changer l’homme par la réalisation d’un idéal. Impossibilité d’un hô nouveau. Rêve de progrès mène au cauchemar

 

Le meilleur des mondes A. Huxley 1932 ( se situe +- 2005)

Inspiré par le bonheur promis par la société de consommation et perspectives nouvelles du bonheur par la propérité. Taylorisme et industrialisation. Obligation d’être heureux ( si non, drogue = soma), de produire, de jeter, interdiction de réparer.

Bébés naissent en laboratoire, conditionné en vue des besoins, eugénisme, plus de familles. Division de la société en classes fixes, hiérarchisées : les plus basses = programmées pour les travaux les plus abrutissants (demi-robots) + individus déviants, marginaux, parqués ds des camps. Livre et culture interdits.

1984 G. Orwell 1948

Dev des moyens de communication mène au conditionnement des masses.

Fahrenheit 451 Ray Bradbury 1953

// Maccarthisme : intellos éliminés sur dénonciation de leurs voisins ou proches pr assurer la sécurité nationale et le bonheur commun. Société où le livre est interdit (pompiers)

La planète des singes P. Boulle

 

J. Starobinsky « L’Utopie n’aura pas lieu, elle est derrière nous »

 

Filmographie :

« Métropolis » F. Lang 1921

« Fahrenheit 451 » F. Truffaut

„ Soleil vert“ R. Fleisher 1973

„ THX1138“ G. Lucas 1971

„ Zardoz“ J. Boorman

La peste Camus : un humanisme

Séquence III : pourquoi pas l’utopie ?

 

Objet d’étude : l’humanisme

Perspectives d’étude : les formes de l’argumentation, l’histoire littéraire, les genres littéraires

Problématique : en quoi les valeurs humanistes peuvent-elles fonder l’écriture d’un autre monde ?

 

Par extension avec les valeurs de l’Humanisme de la Renaissance, terme qui désigne « toute pensée qui met au premier plan le dev des qualités essentielles de l’être humain ». Implique un engagement + 1 recherche de la vérité et de la moralité avec des moyens à la portée des humains + morale universelle fondée sur la communauté de la condition humaine. // avec les valeurs des Lumières (XVIIIème siècle) = confiance en l’homme, souci d’en assurer le bonheur et de lutter contre l’obscurantisme politique et religieux.

La peste appartient au « cycle de la révolte » avec L’état de siège ( théâtre), Les justes (théâtre), L’homme révolté ( essai)

 

Une dimension historique

«  Le contenu évident de La Peste est la lutte de la résistance européenne contre le nazisme » ( cf l’expression « la peste brune »)

L’occupation : rapprochement suggéré : « Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres » : usage du téléphone et échanges de courrier deviennent presque impossibles // occupation et communication « zone libre » et « zone occupée », instauration du couvre-feu, limitation du ravitaillement, rationalisation de la consommation de l’essence, formation de longues queues dvt les magasins  d’alimentation et pratique du marché noir (Cottard : collaboration active, profiteur, trafic et se réjouit de la présence du fléau)

Nazisme : cf le « camp d’isolement » mis en place ds le stade d’Oran // Vélodrome d’hiver 1942 + isolement de certains quartiers // ghettos.

Libération et retours de déportation : « mère, époux et amants qui avaient perdu toute joie avec l’être maintenant égaré dans une fosse anonyme ou fondu en un tas de cendres » + « peuple abasourdi dont tous les jours une partie, entassée dans la gueule d’un four, s’évaporait en fumées grasses ».

Echo ds le dernier chapitre de l’épuration.

On peut faire des // avec Le rapport de Brodeck, utilisation de repères historiques ds la construction de la fable

 

Une dimension mythologique

Peste peut-être un support allégorique car imaginaire collectif marqué par les grandes épidémies : au XIV ( 1347-1353) « la peste noire » = mort de 24 millions de personnes en Europe, début XVII à Londres = trois vagues successives, Marseille (1720, suite à l’arrivée d’un bateau d’Orient, peste se répand ds la ville puis ds la région provençale : qqs cas, identification de la maladie suite à la mort d’un enfant, expansion ds certains quartiers, les plus pauvres, expansion de l’épidémie, fuite des habitants aisés, mesures prises par les autorités inneficaces, lieux de quarantaine, blocus de la ville, peste vue par un prêtre comme « Dieu a déclaré la guerre à son peuple », apaisement et disparition de la maladie, de 1720 à 1721 = le pic cad de 30 à 40 000 morts sur population de 80 à 90 000 marseillais), réapparition à Alger en 1921. Oran comme métaphore de ces grandes villes ravagées par la maladie.

Mot « fléau » = double sens : figuré = la peste, la calamité qui s’abat sur le peuple / sens propre : un instrument qui sert à battre les céréales, deux bâtons liés à un bout. Image évoquée par Panelou = représente la force divine qui menace la ville entière. Immense pièce de bois tournoyant au dessus de la ville avec un « bizarre sifflement ». Assimilation avec des monstres de l’Antiquité : peste comme Minotaure dévore « son tribut chaque soir » + image de « l’ange de la peste » // malédiction divine sur les villes condamnées ds la Bible ( Sodome, Gomorrh = détruites par le souffre et par le feu car non respect des lois de l’hospitalité et de la charité) + Sphinx antique qui garde la ville de Thèbes pendant l’épidémie de la peste ( envoyée par les dieux pr punir Œdipe de ses crimes). + Dragon légendaire qui étend ds la ville sa puissance : « Elle flamba dans les poitrines, elle illumina le four, elle peupla les camps d’ombres aux mains vides, elle ne cessa d’avancer de son allure patiente et saccadée ».

Dimension cosmique : « Cette ville déserte, blanchies de poussière, saturée d’odeurs marines, toute sonore des cris du vent, gémissait comme une île malheureuse »

On peut faire des rapports avec La mort du roi Tsongor ds le rapport entre le romanesque et les mythes.

Ville aux portes fermées comme ds les tragédies grecques, constitue le lieu clos d’une tragédie moderne = celle de l’homme accablé par une fatalité qui le dépasse, victime du mal qui frappe le monde de manière absurde. D’ailleurs, roman en cinq parties ( 5 actes ds tragédies, unité de lieu, unité de temps = 9 mois concentré sur une seule action, la lutte contre le fléau)

 

L’humanisme

Porté par le personnage de Rieux, recherche de camus pour fonder un « nouvel humanisme ». Sorte de porte-parole de l’auteur : « Le plus proche de moi, ce n’est pas Tarroux, le saint, c’est Rieu, le médecin. »

Concept de l’absurde (L’étranger, Caligula) = prise de conscience du caractère machinal de l’existence humaine + certitude de la mort comme seule fin possible « Sous l’éclairage mortel de cette destinée, l’inutilité apparaît » d’où l’homme ne peut véritablement comprendre le monde, il y est étranger. L’absurde naît de « cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. » L’appel humain = sa quête d’un sens, d’une cohérence du monde. Or, pas de réponse du côté de la transcendance divine ou autre. Ms Þ la révolte (L’homme révolté 1951) = l’homme peut échapper à l’absurdité de sa condition, avec ses propres moyens humains. Pas de recours à des croyances religieuses ou idéologies politiques (Camus proche du parti communiste un moment, ms s’en éloigne rapidement). Révolte contre l’absurde doit prendre la forme de la lutte, et une lutte collective : « Je me révolte, donc nous sommes » + recherche du bonheur : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ».

// personnage-narrateur de la peste = Rieux. Incarne l’homme révolté, engagement individuel ds une lutte collective. Agit ds le quotidien, refuse les abstractions explicatives. Humaniste de l’action, lutte contre la peste avec détermination, énergie, qualités humaines et morales, honnêteté et lucidité.

S’oppose au père Paneloux qui recherche une réponse au mal et à l’absurde ds la foi religieuse cf le prêche qui conclut la semaine de prières collectives pr lutter contre le fléau et ses interprétations religieuses de la peste :

Ø       Châtiment divin

Ø       Symbole de la condition humaine marquée par le péché originel

Ø       Epreuve imposée par les lois de la Providence divine

Rieu et Tarrou l’homme d’action et l’intellectuel = incarnent des valeurs opposées ms pas inconciliables : Tarrou conscient de l’absurde ms ne croit pas en l’homme, à l’action collective, intellectualisation sans action = position stérile.

Rambert = individualiste à la recherche de son propre épanouissement.

Cottard = l’homme inconscient de sa condition.

Cf aussi au début du roman, évocation d’une ville « où l’on s’ennuie », occupations vides de sens, hommes figés ds leurs habitudes, médiocrité consentie ou imposée par l’existence. Répétitions également pendant l’épidémie ( Rambert écoute le même disque, même film ds les cinémas, une seule pièce de théâtre = Orphée aux enfers ( !)). Luttes successives des personnages contre le fléau = lutte contre le mal tjors à recommencer, tjrs à reprendre pr donner un sens à la vie. Luttes en partie vaines // Sisyphe ( symbole de la condition humaine selon Camus).Et fin du roman, la victoire est provisoire, la lutte est tjrs à recommencer contre les forces hostiles et écrasantes.

Héroïsme : héros n’est pas celui qui effectue à un moment privilégié une belle action, ms valeur de solidarité et de fraternité. Pensée humaniste : révolte contre la mort, contre l’injustice et morale de l’action commune : « la solidarité des hommes se fonde sur le mvt de la révolte » + « la longue complicité des hommes aux prises avec leur destin. » Foi en l’homme : « les hommes sont plutôt bons que mauvais », « le mal qui est ds le monde vient plutôt de l’ignorance ». Cf Cottard « un cœur ignorant, c’est-à-dire solitaire »