11.03.2012
Question de synthèse : notes pour le personnage de Thésée
Question de synthèse Phèdre : le personnage de Thésée
Un héros aveuglé ? La loi aveugle ?
Retour de Thésée = un coup de théâtre qui déclenche le tragique, le retour du roi et de l’époux = retour de la loi et donc de l’interdit, la parole qui a été libérée pendant son absence (Phèdre et Hippolyte ont déclaré un amour caché et interdit) devient condamnable et criminelle. Cf Phèdre V 854-856 « Il me semble que déjà ces murs, ces voûtes/ Vont prendre la parole, et prêts à m’accuser / Attendent mon époux pour le désabuser »
Avt son retour (III) : Thésée = figure héroïque qui pèse sur la scène + figure du séducteur, amour physique, = rejeté par Phèdre et Hyppolite cf I 1 portrait par H. « des faits moins glorieux, / sa foi partout offerte et reçue en cent lieux » + un menteur, un don juan cruel et volage, négligeant : énumération de ses victimes : « Tant d’autres, dont les noms lui sont lui-même échappé / Trop crédules esprits que sa flamme a trompé », Hélène « dérobée », Péribée « pleurs », Ariane « injustices » = vol, tristesse, trahison. ( Racine s’inspire de plusieurs versions de la mythologie et les regroupe : Hélène aurait été enlevée par Thésée, puis délivrée par ses frère, Péribée = une des jeunes filles livrée au minotaure, aurait été épousé par Thésée).
Figure du séducteur qui l’oppose à son fils cf Théramène sur H. « Ce superbe Hippolyte/ Implacable ennemi des amoureuses lis/ Et d’un joug que Thésée a subi tant de fois ». Idem rejet par Phèdre de ce Thésée amoureux.
Mort de Thésée annoncée a libéré la parole interdite et engendrée une crise politique. Quand, il revient (III) le problème de la succession a déjà été réglée, reste celui de la parole de la passion.
A son retour, paroles ambiguës de Phèdre « Vous êtes offensé », « Indigne de vous plaire » : suggèrent la honte et la faute, se dit profanée ms la faute peut en revenir aussi bien à elle qu’à son fils.
Parole d’H. : veut partir de Trézène, plus de raison de rester puisque Thésée est de retour, dit sa volonté = devenir héroïque en tuant des monstres et donc digne de son père : V 937-952 reproduction de ses exploits mais en mode mineur « si quelque monstre a pu vous échapper », « fils inconnu d’un si glorieux père », « Prouve a tout l’univers que j’étais votre fils » : chercher la reconnaissance de son propre nom par celui de son père.
Tirade de Thésée révèle la cause de son absence, a été aider son ami Pirithoûs dans une entreprise amoureuse et enfermé près des Enfers, a pu se libérer avec l’aide des dieux (Neptune). Racine accumule ici deux versions de l’histoire mythologique : Thésée serait allé deux fois aux Enfers cf V 637 « du dieu des morts déshonorer la couche ». Fait de Thésée une figure de revenant, lié aux forces de la mort. + tirade qui donne de lui-même une image héroïque, un triomphateur, aimé des dieux et fidélité à l’amitié, fidélité à l’amour de Phèdre : « je servais à regrets des desseins amoureux » + figure du père et époux aimant heureux de rentrer chez lui « Lorsque avec transport … Tout ce que les dieux m’ont laissé de plus cher … mes embrassements ». Cette figure ne peut s’exprimer.
Devant les paroles de Phèdre, envisage la trahison politique : « La Grèce à qui mon bras fut tant de fois utile/A-t-elle au criminel accordé quelque asile ? » et dvt le silence de son fils, le met en cause immédiatement « Mon fils, mon propre fils / est-il d’intelligence avec mes ennemis ? »
IV 1 : montre l’aveuglement de Thésée, il a vu des signes ms se trompe sur leur sens. A Oenone en parlant d’H. après l’accusation mensongère : « Il n’a pu s’empêcher de pâlir », « De crainte, je l’ai vu tressaillir » : a vu les marques du trouble ms les interprète comme des preuves de culpabilité, la peur de la punition paternelle pour avoir osé aimer Phèdre. Idem IV 2 quand voit son fils évoque son « noble maintien », son front où « brille de la vertu le sacré caractère » Ces indices de son innocence vont devenir les « signes certains » de la perfidie et de la trahison : « Quel oiel ne serait pas trompé comme le mien » = ironie tragique, son œil ne se trompe pas, il voit bien le vrai H. innocent, mais erreur de son esprit et de sa volonté.
Cf construction de la tirade : commence par nier l’apparence innocente : « Monstre », « reste impur », « une tête ennemie » = si H. est un monstre, il va être tué par son père, le tueur de monstre. Puis, lui ordonne de disparaître définitivement (répétition de « Fuis » en début de vers) sous peine qu’il ne le tue lui-même : « Si tu veux qu’un châtiment soudain/ t’ajoute aux scélérats qu’a puni cette main/ Prends garde que jamais l’astre qui nous éclaire/ Ne te vois en ces lieux mettre un pied téméraire ». Enfin, invoque Neptune et lui demande de tenir la promesse faite : « Venge un malheureux père/ J’abandonne ce traître à toute ta colère » = la malédiction qui va tuer son fils.
Ds l’échange de répliques qui suit = alternances d’accusations répétées et de justifications inutiles = absence de doutes de Thésée. A déjà condamné son fils. H évoque sa réputation, n’a jms été sensible à l’amour → « ce même orgueil qui te condamne », « Phèdre seule charmait tes impudiques yeux ». H. avoue son amour pour Aricie malgré l’interdiction paternelle → « Tu te feins criminel pour te justifier ». H. en arrive à invoquer le monde à son secours « Que la terre, le ciel, que toute la nature … » → « Toujours les scélérats ont recours au parjure ». Thésée n’évolue pas tout ce que dit H. se retourne contre lui. N’accuse pas directement Phèdre, ms rappelle son hérédité. H. se piège en gardant le silence, se tait par respect de son père, son père va le tuer.
IV 6 : va sceller le sort tragique de son fils en empêchant, sans le savoir, Phèdre de parler pour prendre sa défense, révélation de l’amour d’H. pour Aricie va fermer le piège. Phèdre va se taire, folle de jalousie.
Acte V à partir de la scène 3 : succession de dévoilements, Thésée va arriver à la vérité, mai trop tard. Scène 2 à Aricie « éclairez mon trouble » ms scène 3 refuse de la croire « votre amour vous aveugle » : ironie tragique, c’est lui qui ne voit rien. « J’ai vu couler des larmes véritables » = celles de Phèdre, « larmes véritables » effectivement ms se trompe de cause. Scène 4 envisage un complot d’Aricie et H contre lui « Sont-ils d’accord tous deux pour me mettre à la gêne ? »ms le doute est installé « Quelle plaintive voix crie au fond de mon cœur ? ». Scène 5, annonce du suicide d’Oenone, Thésée veut mener une enquête, rechercher des indices, des témoins, faire revenir son fils. Injustice puisqu’il a déjà poser la condamnation.
Thésée = figure écrasante et injuste // dieux grecs et dieu janséniste + Un séducteur = une image légère de l’amour rejetée par H. Phèdre, Aricie + Un loi davantage qu’un père ou qu’un roi, roi qui se trompe, ne comprend pas les signes visibles, les interprète selon sa volonté + symbolise l’interdit social et moral, à partir de l’acte III la figure monstrueuse est omniprésente, c’est lui qui la fait surgir et la parole ne devient plus aveu ms accusation + un père héroïque, castrateur, préoccupé de sa propre gloire.
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Question de synthèse : notes pour le personnage d'Hippolyte
Question de synthèse Phèdre : le personnage d’Hippolyte
Une parenté sauvage et mortelle
Sa mère = reine des Amazones ( Amazones, filles d’Arès, dieu de la guerre et d’Arthémis, déesse de la virginité et de la force féminine) « Antiope », par son hérédité, du côté de la chasteté, le place dans le refus de l’amour et de ses lois cf son autoportrait V66 à 72 : « Je me suis applaudi quand je me suis connu », emploi du langage de la gloire héroïque.
Hérédité qui l’écarte aussi de la succession de Thésée sur le trône d’Athènes cf Oenone « fils de l’étrangère » + « le fils d’une Scythe/ Accablant vos enfants d’une empire odieux /Commande au plus beau sang de la Grèce et des dieux » = le sang de Phèdre et de ses enfants = royal et divin. (D’ailleurs Athènes donne le trône au fils de Phèdre). + homme de l’ombre, de la forêt, lié aux chevaux cf portrait par Théramène « orgueilleux et sauvage …faire voler un char sur le rivage … rendre docile au frein un coursier » + pureté « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur » vs Phèdre, vs son père, le séducteur. « On sait de mes chagrins l’inflexible rigueur » : moralité sans faille pour laquelle il est connu en Grèce cf autoportrait V1101-1112. Sa rigueur morale et son respect des lois paternelles vont le conduire à sa perte.
Une parenté écrasante
Rapport avec Thésée : opposition et rejet de son père séducteur : « des faits moins glorieux/Sa foi partout offerte et reçue en mille lieux » V 83-84. H. ne peut exister face au héros et cherche cet héroïsme cf III 4 « Vous n’aviez pas encore atteint l’âge où je touche/Déjà plus d’un tyran, plus d’un monstre farouche/Avait de votre bras senti la pesanteur » + « Souffrez si quelque monstre a pu vous échapper/ Que j’apporte à vos pieds sa dépouille honorable ». tente d’exister ms ne le peut que lorsque son père est absent = déclaration de sa flamme à Aricie ou quand il le chasse = fuite avec elle alors possible. Quand le père est présent : H. se tait, ne dit pas la vérité sur Phèdre, silence par respect pour le père = excès inverse de Phèdre, se condamne par le silence. Meurt en héros pathétique (cf récit de Théramène). Ironie tragique car H. = celui qui veut quitter la scène tragique ( aller chercher son père, aller chercher le trône d’Athènes, aller combattre des monstres), quand finalement, il sort = mort.
Comment être l’objet de l’amour de Phèdre ?
Un amour qui l’a écrasé, chassé, exilé, a nié son identité (cf loi qui interdit de dire son nom devant Phèdre) dvt l’aveu = horreur « Théramène fuyons », « Je ne puis sans horreur me regarder moi-même » = dégout de soi, l’amour de Phèdre le Sali. Ce que Phèdre a compris V 745 « Comme il ne respirait qu’une retraite prompte/ Et combien sa rougeur a redoublé ma honte »
Qui Phèdre aime-t-elle ?
Un thésée jeune, glorieux, pas volage, ni infidèle, un cœur pur cf portrait sublimé de l’aveu indirect. Un amour pur, sans interdit, partagé et sans pesanteur tragique, ce qui lui est impossible cf reconstruction imaginée de l’amour entre H. et A. IV 6 V 1238-1240 : « ils se voyaient avec pleine licence ; /Le ciel de leur soupirs approuvant l’innocence ; / Ils suivaient sans remords leur penchant amoureux » : pureté de l’amour dont elle rêve.
17:02 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.02.2012
Une mise en scène de La guerre de Troie mise en scène par Nicolas Briançon
Merci Kevin, mais c'est tout ce que j'ai pu trouver ....
17:28 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.02.2012
Pour compléter la composition de la pièce
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Perspectives d’étude : connaissance des genres et des registres ; approche de l'histoire littéraire et culturelle ; réflexion sur l'intertextualité et la singularité des textes.
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
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Relevé des parallélismes (actes I et II) |
Référence de la scène/ citations |
Description / analyse |
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L’action |
– Acte I, scène 1 : Hippolyte et Théramène. Hippolyte veut partir à la recherche de son père.
– Acte I, scène 3 : Phèdre et OEnone. Phèdre veut mourir. |
première apparition de Phèdre et d’Hippolyte = animés d’un dessein dont ils seront finalement détournés par leur interlocuteur. Se confient à leur interlocuteur, avant de l’aveu, plus violent, de leur amour à la personne concernée. La mécanique de l’aveu est //: Théramène et OEnone doivent d’abord vaincre leur réticence à parler. Leurs tirades respectives = exposition de la longue résistance opposée au sentiment amoureux. |
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– « Si je la haïssais, je ne la fuirais pas » (v. 56).
– « Tu connais ce fils de l’Amazone, / Ce prince si longtemps par moi-même opprimé » (v. 262-263). |
Hippolyte = aveu de son amour par le biais d’une litote qui rappelle Chimène à Rodrigue, dans Le Cid : « Va, je ne te hais point. » Phèdre ne peut pas nommer celui qu’elle aime ; recours à une périphrase : « le fils de l’Amazone » |
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– Acte II, scène 2 : Hippolyte se déclare à Aricie.
– Acte II, scène 5 : Phèdre se déclare à Hippolyte |
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La situation tragique
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– « Mon père la réprouve, et par des lois sévères/ Il défend de donner des neveux à ses frères » (v. 105-106).
– « Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ?/ Donnerai-je l’exemple à la témérité ? » (v. 111-112). |
Sentiments de Phèdre comme ceux d’Hippolyte = sous le coup d’un interdit. En aimant Aricie, Hippolyte enfreint la loi paternelle qui condamne la descendante de Pallas à la captivité et à la solitude. En aimant Hippolyte, Phèdre ajoute l’inceste à l’adultère. |
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La réaction de leur entourage : les faux-semblants de l’amour et de la haine |
– « Quoi vous-même Seigneur, la persécutez-vous ? […] Et devez vous haïr ses innocents appâts ? » Théramène, v. 52-55. – « Hé bien, votre colère éclate avec raison./ J’aime à vous voir frémir à ce funeste nom./ Vivez donc. Que l’amour, le devoir vous excite./ Vivez, ne souffrez pas que le fils d’une Scythe,/Accablant vos enfants d’un empire odieux,/ Commande au plus beau sang de la Grèce, et des Dieux » OEnone, v. 207 sq. |
Phèdre et Hippolyte, soumis à cet interdit, ont lutté contre leur amour, ont réussi à le dissimuler sous les apparences de l’inimitié ; ce masque a si bien fonctionné que leurs confidents se trompent sur leur état d’esprit ; tous deux formulent l’hypothèse de la haine. |
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La stratégie rhétorique adoptée par les protagonistes
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« Un frein plus légitime arrête mon audace./ Je vous cède, ou plutôt je vous rends une place/ Un sceptre, que jadis vos aïeux ont reçu/ De ce fameux mortel que la Terre a conçu./ L’adoption le mit entre les mains d’Égée. » (v. 493 sq.).
– « Je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes./Mon fils n’a plus de père, et le jour n’est pas loin/ Qui de ma mort encor doit le rendre témoin./ Déjà mille ennemis attaquent son enfance,/ Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense » (v. 586 sq.). |
Phèdre et Hippolyte formulent un argument politique (problème de la succession à la mort de Thésée) avant dévoiler leur sentiment amoureux. Intention politique précise (Hippolyte) ou projet de fonder une alliance (Phèdre) =chacun d’entre eux aborde l’être aimé. Hippolyte redonne sa liberté à la captive Aricie, puis lui rend la couronne de ses ancêtres Pallantides. Justifie cette démarche en invoquant sa prestigieuse ascendance. C’est en sollicitant la bienveillance pour son fils, que Phèdre aborde à son tour Hippolyte
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La vision idéale de Thésée |
– « Tu sais combien mon âme attentive à ta voix,/ S’échauffait aux récits de ses nobles exploits/ […] Mais quand tu récitais des faits moins glorieux,/ Sa foi partout offerte, et reçue en cent lieux,/ […] Tu sais comme à regret écoutant ce discours,/ Je te pressais souvent d’en abréger le cours./ Heureux ! si j’avais pu ravir à la Mémoire/ Cette indigne moitié d’une si belle histoire » (Hippolyte, acte I, scène 1, v. 75 sq.) – « Je l’aime, non point tel que l’ont vu les Enfers,/ Volage adorateur de mille objets divers,/ Qui va du Dieu des morts déshonorer la couche ;/ Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche » (Phèdre, acte II, scène 5, v. 635 sq.).
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Phèdre et Hippolyte redessinent à leur guise les contours du personnage de Thésée : même rejet de l’inconstance volage, garde la figure héroïque, ne conservent que ses titres de gloire.
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16:51 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Indications pour construire les questions de synthèse
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
I La tragédie est une affaire de famille : les personnages comme incarnation du tragique
v Hippolyte : « Le dessein en est pris : je pars cher Théramène » : une parenté « sauvage » et mortelle : comment être le fils de Thésée ? comment ne pas être l’objet de l’amour de Phèdre ?
v Oenone : « Pour la servir j’ai tout fait, tout quitté / Et j’en reçois ce prix ! Je l’ai bien mérité. » : confidente ou intrigante ?
v Thésée : « Que vois-je ? Quelle horreur en ces lieux répandue / fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ? » : un héros aveuglé, la loi aveugle ?
II Phèdre : un rôle écrasant « ni tout à fait innocente ni tout à fait coupable »
v Une parenté fatale : « la fille de Minos et de Pasiphaé »
v Une victime des dieux : « C’est Vénus toute entière à sa proie attachée »
v Le poids du rôle social : « Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! »
v Une descente aux enfers : « Je respire à la fois l’inceste et l’imposture »
III L’amour tragique et la mise en scène de sa parole sur scène
v L’amour comme une souffrance morale et physique ; les aveux.
v La parole tragique tue l’autre.
IV Un théâtre de la cruauté : la figure du monstre et des dieux.
v La monstruosité sur scène
v La monstruosité hors scène
v Où est dieu dans tout ça ?
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
I La tragédie est une affaire de famille : les personnages comme incarnation du tragique
v Hippolyte : « Le dessein en est pris : je pars cher Théramène » : une parenté « sauvage » et mortelle : comment être le fils de Thésée ? comment ne pas être l’objet de l’amour de Phèdre ?
v Oenone : « Pour la servir j’ai tout fait, tout quitté / Et j’en reçois ce prix ! Je l’ai bien mérité. » : confidente ou intrigante ?
v Thésée : « Que vois-je ? Quelle horreur en ces lieux répandue / fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ? » : un héros aveuglé, la loi aveugle ?
II Phèdre : un rôle écrasant « ni tout à fait innocente ni tout à fait coupable »
v Une parenté fatale : « la fille de Minos et de Pasiphaé »
v Une victime des dieux : « C’est Vénus toute entière à sa proie attachée »
v Le poids du rôle social : « Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! »
v Une descente aux enfers : « Je respire à la fois l’inceste et l’imposture »
III L’amour tragique et la mise en scène de sa parole sur scène
v L’amour comme une souffrance morale et physique ; les aveux.
v La parole tragique tue l’autre.
IV Un théâtre de la cruauté : la figure du monstre et des dieux.
v La monstruosité sur scène
v La monstruosité hors scène
v Où est dieu dans tout ça ?
16:48 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Pour construire les questions de synthèse : la monstruosité dans Phèdre
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Perspectives d’étude : connaissance des genres et des registres ; approche de l'histoire littéraire et culturelle ; réflexion sur l'intertextualité et la singularité des textes.
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
I la monstruosité sur scène
1) Phèdre
Elle se considère depuis le début comme un monstre, se laisse aller au malheur « tu vas ouïr le comble des horreurs » Horreurs = amour = crime. « je sentis tout mon corps et transir et brûler » : antithèse feu et glace, deux élts incontrôlables par les humains, on imagine un corps qui subit des souffrances insupportables et inhumaines, à l’épreuve « des feux redoutables » + « J’ai langui, j’ai séché, dans les feux, dans les larmes » : corps qui se détruit, s’autocomsume, de l’intérieur. « Vénus toute entière à sa proie attachée » = Phèdre se considère comme un animal traqué, poursuivi. « Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée » : violence extrême, absence de raison, scène sanglante + « une odieuse mère » = image d’elle-même dégradée. « Qu’un soin bien différent me trouble et me dévore » : dévorer = animalité « ma folle ardeur malgré moi se déclare » : instinct animal qui s’oppose à la raison humaine + « te paraître odieuse, inhumaine » + « délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite » = animal monstrueux et mythique « voilà mon cœur » : comme organe sanglant sorti d’elle-même, sacrifice rituel des animaux, offrande à son dieu. Phèdre se rabaisse au rang d’une souillure que seule la mort peut délivrer le monde de son horreur « Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté/ Rend au jour, qu’ils souillaient, toute sa pureté »
2) Hippolyte
Est considéré comme un traître monstrueux par son père, Thésée qui le pense coupable d’un amour incestueux « un traître, téméraire/Préparait cet outrage à l’honneur de son père » + « Projets audacieux, détestable pensée ». Thésée pense Hippolyte capable d’avoir penser utiliser la force contre lui « l’insolent de la force empreintait le secours » + « le coupable amour dont il est dévoré » = même feu intérieur que Phèdre mais attribué à tort. Thésée qualifie son fils de « monstre », « tête ennemie » et termes renvoyant à sa culpabilité « infamie », « haine », « honte », « scélérat ». Le mensonge et le silence de Phèdre finit par salir Hippolyte, innocence bafouée. Quand Hippolyte se déclare coupable ( amour pour Aricie interdit par son père), celui-ci ne le croit pas.
Dernière image donnée d’Hippolyte par Théramène = effrayante « tout son corps n’est bientôt qu’une plaie » + « les ronces dégoûtantes/ Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes » : corps sanglant, morcelé, pantelant et pitoyable.
3) Thésée
Le tueur de monstre dont les exploits sont constamment rappelés par Hippolyte et Phèdre. Devient aussi un monstre par son aveuglement plus ou moins volontaire. + condamne aveuglement son fils sur la seule foi d’Oenone et de ce qu’il croit voir de Phèdre à son retour « je le crois criminel puisque vous l’accusez ». Image négative d’un père maudissant à tort son propre fils, c’est lui qui convoque le monstre tueur.
4) La créature envoyée par Neptune
Est mise sur scène par le récit de Théramène. Monstruosité à l’état pur, imaginaire mythologique et baroque. « Un effroyable cri, sorti du fond des eaux » : nature effrayée par l’apparition de l’imaginaire monstrueux. Vision effrayante d’un monstre « armé de cornes menaçantes » + « écailles jaunissantes » = pourriture. « indomptable taureau, dragon impétueux » = inqualifiable dc encore plus effrayant = un condensé de monstres. « Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage » : personnification, tous les élts sont pétrifiés, ainsi que la mer qui est pourtant la créatrice de ce monstre, « Le flot qui l’apporta, recule épouvanté »
II La monstruosité hors scène
1) Les unions monstrueuses
· Pasiphaé, la mère de Phèdre, a été séduite par un taureau. Cette relation a donné naissance au Minotaure, tueur dans son labyrinthe des jeunes gens qu’Athènes devait sacrifier. Tué par Thésée, avec l’aide d’Ariane, sœur de Phèdre.
· Thésée et Ariane : sœur de Phèdre, abandonnée par Thésée sur l’île de Naxos « Ariane, ma sœur, de quel amour blessée /Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée » (versions divergentes sur son sort ultérieur) Dans une version, elle quitte finalement l'île pour suivre le dieu Dionysos, qui l'emmène à Lemnos. Selon d'autres traditions, elle mourut de chagrin ou fut mise à mort sur demande de Dionysos par Artémis. (repris par Racine)
· Thésée et Antiope (reine des Amazones : peuple mythologique), ont donné naissance à Hippolyte, peuple considéré comme barbare « le fils d’une Scythe »
· Phèdre amoureuse de son beau fils depuis plusieurs années. Etat qui l’anéantit.
2) Une ambiance inquiétante
La tragédie est un spectacle inquiétant, pesant. Les pulsions des personnages semblent primitives et difformes // instinct animal. La passion et le désir sont les forces motrices des personnages mais elles les conduisent à leur perte : désirs obsessionnels et inavouables. Le spectateur est invité à percevoir ses propres démons obscènes et incontrôlés (inceste, sadisme, lutte à mort) = catharsis, Eros et Thanatos.
La mort est omniprésente, depuis le départ, les personnages vont vers un destin fatal, par leur propre obsession, fatalité des dieux.
3) Une vision janséniste ?
· La notion de fatalité
Phèdre : dès le début de la pièce est condamnée à mourir « Soleil, je te viens voir pour la dernière fois ». On sait que Phèdre = descendante du soleil par sa mère. Annonce sa mort, accepte son sort, le recherche même « Où ai-je laissé mes vœux et mon esprit / je l’ai perdu, les dieux m’en ont ravi l’usage » : Phèdre reporte la faute de son mal sur les dieux. Elle se déclare innocente : « Vénus toute entière à sa proie attachée », malédiction de la déesse, elle est une victime traquée.
Hippolyte : « Le destin en est pris, je pars cher Théramène » = premier vers de la pièce ! Hip. Conscient d’avoir un destin, ce pourquoi, sans doute, il annonce un départ proche tout au long de la pièce (pour des raisons différentes). Finit chassé du lieu tragique et rattrapé alors par le monstrueux.
Thésée : « Les dieux impatients ont hâté son trépas », accuse les dieux d’être responsables de la mort de son fils, par la suite, accuse Phèdre. Négation de son propre rôle.
· Des dieux protecteurs mais agressifs
Thésée « protégé » par Neptune, c’est lui qui envoie le monstre contre le fils innocent et même participe à la furie des chevaux qui traînent le corps de leur maître.
Vénus s’acharne contre Phèdre, descendante du Soleil dont elle veut se venger ( soleil aurait dévoilé un de ses amours). La condamne à aimer contre la loi sociale et morale.
· Des dieux cruels et cachés
Divinités au caractère païen, dieux qui prennent parti de l’un de l’autre personnage, se mêlent des histoires humaines, interviennent et agissent pour ou contre (contre en fait car « aide » de Neptune = mort d’un innocent)
Mais aussi, Racine donne une image du divin // jansénisme. Dieux cachés, mais tjours présents, dieux obscurs et sourds aux prières désespérées (cf Phèdre qui bâtit un temple à Vénus). Ces dieux distribuent peu de grâces, n’épargnent aucune souffrance aux personnages, les laissent se battre en vain.
Le texte semble accuser les dieux en les montrant coupables et cruels. Les personnages sont hantés par ces puissances invisibles qui habitent la nature (cf le monstre marin).Personnages comme enjeux de querelles entre les dieux qu’ils ne peuvent maîtriser, dont ils sont les jouets impuissants.
Dieu janséniste qui maîtrise le pardon et la grâce, l’élection divine, la prédestination de l’âme // hommes impuissants face à cette volonté obscure et inconnue d’eux. Phèdre rongée par le remords (mais quand a-t-elle pêché ?) // absence de liberté. Phèdre prisonnière de la malédiction familiale et consciente de sa déchéance « Je respire à la fois l’inceste et l’imposture » = pêcheur auquel dieu janséniste a refusé le salut. Scène tragique comme un purgatoire. + Prédestination des personnages = mort tragique inévitable. Homme « sauvé » est choisi par Dieu. + Thésée // dieu de pouvoir, cruel et aveugle.
Hippolyte // dieu inconscient et faible (celui de Phèdre dans sa folie)
Rappel : dans le jansénisme, la grâce n'est pas donnée à tous les hommes, même pas à tous les hommes justes ; elle dépend de la pure miséricorde de Dieu. Ainsi, le salut de l'homme n'est pas l'effet de sa liberté.
« La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable » Pascal
En ce sens, la fatalité, représentée par les dieux, enlève à Phèdre son libre arbitre. « ni tout à fait coupable ni tout à fait innocente », la fille de Pasiphaé a une conscience aiguë de la misère de sa condition. Le seul moyen d'affirmer sa liberté reste le suicide, preuve ultime que l'homme ne peut se sauver si Dieu l'abandonne.
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Pour construire les questions de synthèse : le personnage d'Oenone
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Perspectives d’étude : connaissance des genres et des registres ; approche de l'histoire littéraire et culturelle ; réflexion sur l'intertextualité et la singularité des textes.
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
Dans la tragédie classique, la pièce étant basée sur le langage et non sur les actions, les personnages doivent toujours parler. Souvent, le confident n'a pas de personnalité propre, il ne joue pas un rôle important. Il est là pour écouter, donne des conseils de "bon sens", et éviter les monologues. Cependant, Oenone n'est pas une simple confidente, une destinataire passive. Elle a une influence sur l'action. Sans elle, le destin de Phèdre paraitrait moins tragique.
I- UNE IMPORTANTE PRESENCE SCENIQUE
Oenone est toujours associée aux phases dramatiques de Phèdre. Phèdre n'est jamais sans elle sur scène, à part dans l’ acte V, celui de la mort.
> Acte I, scènes 2 à 5 : Oenone précède Phèdre sur scène, elle décrit son état, elle lui conseille de rencontrer Hippolyte.
> Acte II, scène 5 : Elle assiste aux deux aveux de Phèdre mais ne dit rien. Elle n'intervient pas mais reste présente.
> Acte III : Elle devient la messagère de Phèdre vers Hippolyte (Scène 1 ). Elle annonce le retour de Thésée ( scène 3 ). Elle suggère l'accusation d'Hippolyte à Phèdre.
> Acte IV : Avec Thésée (scène 1 ) elle est la messagère entre les deux époux (Thésée et Phèdre ) qui ne se sont presque pas adressé la parole (6 mois d'absence = 6 vers ). Elle accuse Hippolyte, Phèdre l'y a autorisée en ne s’y opposant pas directement.
> Acte V : Oenone est absente de cet acte, c'est Panope qui annonce sa mort: "Dans la profonde mer Oenone s'est lancée" v. 1466. Puis Phèdre, mourante, dresse le réquisitoire de la mauvaise influence d'Oenone.
Interlocutrice complaisante. Comme Théramène qui a écouté les confidences d'Hippolyte, Oenone écoute celles de Phèdre, qu'elle lui a "arrachées". Ensuite Oenone retrouve Phèdre régulièrement pour rendre compte des différentes scènes d'affrontement qui ont eu lieu ( aveux x2 Hipp + Thésée qui annonce l'amour Hipp et Aricie). Oenone est là, muette ou presque pour calmer la colère et la rage de Phèdre (IV 6).
Le rôle d'Oenone est donc relativement conforme à celui des confidents traditionnels mais elle est aussi beaucoup plus active.
II UN ENGAGEMENT AFFECTIF TOTAL
Oenone est liée à Phèdre par des sentiments de fidélité, d'affection d'une grande intensité.
> Elle est en quelque sorte le "double maléfique" de Phèdre. Elle est aussi passionnée pour Phèdre que Phèdre pour Hippolyte. On la voit pour la première fois, elle est bouleversée par l'état physique et moral de Phèdre : témoigne d'une grande compassion.
>Elle s’est sacrifiée pour Phèdre, leur relation remonte à l'enfance de sa maîtresse, Oenone s'en souvient : "songez vous qu'en naissant mes bras vous ont reçus ?" v.234. Elle n'a pas de vie en dehors de Phèdre. On ne connaît pas sa descendance, ses ancêtres. Sinon qu'elle a tout sacrifiéà Phèdre : " Mon pays, mes enfants, pour vous j'ai tout quitté" v.235. N'ayant personne d'autre au monde, elle mêle son destin à celui Phèdre jusque dans la mort : " Mon âme chez les morts descendra la première" v.230.
Elle n'a aucun projet personnel (bonheur, pouvoir). Elle porte une passion égale à Phèdre que Phèdre a pour Hippolyte. Un attachement fanatique.
III UN AGENT DU TRAGIQUE
Oenone exerce sur Phèdre une influence profonde.
> Elle est responsable. Elle oriente les décisions de Phèdre. Oenone maintient le personnage central dans les normes du personnage tragique.
> Son emprise sur l'action. C'est elle qui, par son insistance, obtient le premier récit de Phèdre. Ici, elle dépasse son rôle de confidente habituelle, normalement réduite àécouter ou transmettre. C'est elle qui forme le dessein criminel de condamner un innocent. C'est elle qui assume l'accusation face à Thésée. Une lourde part de responsabilité lui est attribuée par Phèdre mourante : " La détestable Oenone a conduit tout le reste" v.1626 acte V.
>Elle est l'incarnation de la fatalité. Ainsi dénoncée, Oenone apparaît comme une présence diabolique envoyée par le ciel hostile ( Vénus ? ), la forme incarnée par la fatalité, celle par qui le destin bascule . C'est grâce à elle que Phèdre reste digne de pitié, car pas totalement coupable, donc propre à susciter l'émotion tragique.
IV DE L'ECHEC AU CHÂTIMENT
Après avoir étéécoutée et suivie par Phèdre toute une partie de la pièce, Oenone va être désavouée.
> Le désaveu. Le coup d'arrêt est portéà l'influence d'Oenone, lorsqu'elle justifie les "excès de la jalousie" en banalisant le crime : "La faiblesse aux humains n'est que trop naturelle " v.1301. Elle atteint ici un point de rupture, sa trop grande compassion va provoquer la révolte de Phèdre .
> L'énigme de ses derniers mots vers 1327-1328, et de son dernier geste "Ah Dieux ! Pour la servir j'ai tout fait, tout quitté ; Et j'en reçoit ce prix ? Je l'ai bien mérité." Ici encore, soumise à sa maîtresse, on la dirait pourtant consciente du mal qu'elle a fait.
> Sa mort : très liée à Phèdre et rejetée, aucune capacité de survie ne lui reste. Personnage pathétique plus que confidente, elle partage le sort noble et tragique normalement réservé aux héros. Son désespoir représente une forme d'injustice du destin car l'immensité aveugle de son dévouement aurait pu lui valoir une "récompense".
CONCLUSION
Plus qu'une confidente, Oenone n'est qu'en apparence un personnage symétrique de Théramène. Elle exerce en fait, sur l'action une influence considérable.
L'agent du destin. La passion incestueuse est devenue publique puis criminelle à cause d'Oenone.
Une puissance tragique. Elle meurt et elle a été responsable de mort par excès d'affection : La mort des autres et la sienne.
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LA Le récit de Théramène
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Perspectives d’étude : connaissance des genres et des registres ; approche de l'histoire littéraire et culturelle ; réflexion sur l'intertextualité et la singularité des textes.
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
LA V 6 « le récit de Théramène »
Eléments pour une introduction (deuxième partie)
Début acte V succession de scènes courtes où Thésée découvre petit à petit la vérité + scène 1 = Hippolyte a proposé à Aricie de le rejoindre dans son exil : une solution possible pour sortir de la scène du tragique où les personnages sont enfermés depuis le début, le hors scène est évoqué comme un espace de liberté et de réalisation. Mais impossible puisque tragédie : Thésée lui-même a convoqué Neptune pour réaliser sa vengeance. Extrait = récit du confident d’H. qui vient annoncer sa mort à Thésée. Retour arrière qui vient accabler Thésée et accomplir le parcours tracé, H. mort, plus rien de ne être sauvé. Correspond à la règle classique de la bienséance qui voulait que les scènes violentes ne soient pas représentées sur la scène, mais violence de l’irruption du hors scène, dans un lieu clos et aliénant : comment le discours du personnage met-il en scène le tragique ? Tout d’abord , le récit est dramatisé, construit comme une oraison funèbre et ensuite la dimension tragique se déploie à travers d’autres registres pour construire une sorte de tableau baroque.
I Une oraison funèbre : la stratégie d’un récit dramatisé, la plainte du confident à destination d’un père coupable, un héros réhabilité.
1) La composition du récit
· Alors que mort d’H. déjà annoncée, T. reprend son récit dès le départ du héros de la ville = construction d’un effet d’attente, récit des circonstances précises retardé pour permettre une progression et un contraste.
o Départ du héros et de son escorte = moment de calme, solennel, marqué par la tristesse d’ H étendue à son entourage : « tout pensif », recueillement et communion : « ses gardes affligés / Imitaient son silence » + ses chevaux « l’œil morne maintenant et la tête baissée » = déjà tableau d’un deuil, et annonce du destin → H. ne va pas vers sa liberté, sort de scène pour mourir. + Evocation de la tristesse pour toucher Thésée, responsable de cet exil. Calme soutenu par le rythme, binaire aux césures peu marquées, lenteur du début du récit va contraster avec l’enchaînement des autres moments.
o Apparition du monstre annoncé par l’ouïe
o Le monstre vu
o Le combat héroïque
o H. traîné par ses chevaux
o Théramène se précipite ver H. mourant.
o Un certain retour au calme, tout est joué : T. recueille les dernières paroles du héros expirant et se retourne vers Thésée pour évoquer sa culpabilité.
Construction d’ensemble qui vise à la dimension tragique par « la terreur et la pitié » : attendre Thésée, atteindre les spectateurs (double énonciation), progression construite en vue de produire un effet cf interruption du récit des actions pour laisser place à l’expression des sentiments vers 1545,1546. Récit plutôt réaliste et vraisemblable au départ mais qui va laisser place au surnaturel et au pathétique.
· Construction d’un récit « spectacle », qui donne à entendre et à voir. Premier « tableau », un départ
presque sans vie et sans mouvement, presque immobile : « sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes » vs force et vigueur habituelle de ses chevaux « Pleins d’une ardeur si noble » + annonce de ce qui va se passer, ne vont pas obéir à leur maître « qu’on voyait autrefois (…)/ obéir à sa voix ». Puis, un bouleversement, mouvement vient du monstrueux qui apparaît en deux temps par le son, l’ouïe cf chiasme sur quatre vers et répétition entre les deux segments : « un effroyable cri »/ »une voix formidable »/ « un cri redoutable » = piège, les dieux se manifestent et se répondent. Adjectifs immédiatement hyperboliques. Action soudaine, déchaînement aussi marqué par le changement des temps verbaux : de l’imparfait duratif de la 1ère partie au passé composé. Le monstrueux ouvre la brèche dans la réalité : intrusion du surnaturel « titanesque » : les mondes marins et terrestres s’unissent « du sein de la terre »// « sorti du flot des flots » : imaginaire mythologique envahit la parole de Théramène (et la parole « classique »). A l’ouïe, succède la vue « Cependant », nouveau contraste mais description logique en fait, le monstre sort de la mer.
Récit dramatisé et mis en scène.
2) La plainte de T. vise à toucher Thésée (la pitié d’un père injuste)
· Les marques du discours personnel s’insèrent dans le cours du récit, l’énonciateur y prend sa place
cf pronoms personnels « nous » au départ, Théramène dans le groupe, distancié par rapport à H. : « nos coeurs, notre sang, », puis témoin privilégié, dernier recours pour la parole du mourant : « j’y cours », « j’arrive », « je l’appelle ». T.devient acteur et aide, soutien cf rôle du confident + proximité affective entre les deux personnages (absence du père). Puis T. devient la voix d’H. sur la scène. Discours rapporté au style direct. Rappel de l’innocence et doc accusent Thésée périphrase : « un fils injustement accusé » + désignation de lui-même « une innocente vie », « mon ombre plaintive ». Sous forme hypothèse, envisage sa reconnaissance et l’aveuglement du père : « Si mon père un jour désabusé/ Plaint le malheur d’un fils » : hypothèse lointaine « un jour » = absence de confiance + grandeur d’âme, n’accuse pas Phèdre mais dernièr souhait pour celle qu’il aime, la confie à T. « Prends soin après ma mort de la triste Aricie », et slt indirectement à son père « Dis-lui qu’avec douceur, il traite sa captive ». Seul les dieux sont accusés métonymie « Le ciel « violence par la personnification « m’arrache ». Image d’une victime pure jusqu’au bout.
· Un témoin qui exprime ses sentiments : adresse directe à Thésée qui coupe le récit « Excusez ma
douleur » ; évocation de son chagrin comme une faute envers Thésée = mise en cause du père, renvoie à son insensibilité à lui. + « image cruelle » cruauté du sort d’H. = crauté de Thésée qui l’a maudit et exilé (fait sortir de la scène) « pour moi » mis en valeur par sa place centrale dans le vers = pas pour vous. + « J’ai vu » répété qui encadre la dénomination de Thésée « seigneur » = statut social ≠ statut de père rythme ternaire renforce la répétition et allongement du rythme sur la périphrase « votre malheureux fils » +un chagrin intense et sans fin qui devrait être celui du père « de pleurs une source éternelle » accentué par « N’a laissé dans mes bras ». Rappel de l’injustice du sort d’H. Accuse les dieux dans un premier temps « « où des dieux triomphe la colère » = dieux tragiques injustes puis « Et que méconnaîtrait son père » = père qui ne l’a justement pas reconnu, n’a pas su voir la vérité, ne le reconnaîtrait pas ds la mort non plus vs T.
3) Récit qui construit une figure héroïque d’H.
· Héroïsme moral (cf dernières paroles)
· Héroïsme mythologique = tueur de monstre. H devient l’égal de Thésée, cf périphrase « digne fils d’un
héros ». héroïsme mis en évidence par l’attitude ≠ d’Hippolyte face au monstre : les hommes se cachent épouvantés « chacun cherche un asile » ms héros « lui seul » mis en valeur par sa place en milieu de vers. + les élts naturels eux aussi épouvantés par cette apparition « Le ciel avec horreur …/ La terre même s’en émeut … l’air … Le flot recule » : série de personnifications, énumération des élts + hyperbole « Tout fuit » qui marque la solitude héroïque. Combat d’H = rapide et efficace « d’une main sûre », suite de verbes d’action au présent de narration « Arrête …, saisit …, Pousse », détermination qui le présente d’abord comme vainqueur « Il lui fait dans le flanc une large blessure » et provoque la souffrance et la chute du monstre : « De rage et de douleur », monstre blessé à mort et mis à terre « vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant ». Force du monstre multiplie la valeur héroïque ; de « bondissant » devient « gémissant ».
· Mais un héroïsme fatal, monstre blessé va provoquer la mort du héros cf « courage inutile » antithèse qui
annonce l’issue inévitable. « Une gueule enflammée/ Qui les couvre de feu, de sang et de fumée » : énumération + allitération en « f » = image de la destruction : dragon cracheur de feu et de sang, et résultat du feu « fumée », condense l’image dev ensuite : couleur rouge qui s’étend et s’oppose au noir = dimension spectaculaire du récit grandiose, la scène se transforme en une vision d’horreur colorée, violente, où le surnaturel domine. Un héros extraordinaire face à un force extraordinaire qui va l’emporter malgré son courage. Cf désignations par T. « leur maître, l’intrépide Hippolyte » + lieu de la mort « ces tombeaux antiques/ Où des rois ses aïeuls sont les froides reliques » : rappel de son ascendance royale par Thésée + « généreux sang » : adj = glorieux, noblesse de son hérédité. Acquiert sa dignité ( vs « fils de l’Amazone ») ms ds la mort.
Le récit met donc en place le spectacle de la mort d’Hippolyte, qui passe par une parole qui dit la douleur,le reproche, l’injustice et réhabilite une figure héroïque qui n’a pu se faire reconnaître et s’accomplir. Mais la dimension tragique se met au service d’un imaginaire paroxystique : la catharsis devient le support d’un tableau baroque.
II Du tragique au baroque : récit qui vise à provoquer l’horreur ainsi que la pitié en libérant un imaginaire « extraordinaire ».
1) Un combat tragique : l’horreur.
· L’horreur hyperbolique et surnaturelle = le surgissement du monstre et ses effets. Apparaît en deux
étapes = effet d’attente. D’abord sonorités extrèmes + effet immédiat et hyperbole et antithése « notre sang s’est glacé » (la chaleur/ le froid) : effet impossible + les chevaux doués de sentiments « le crin s’est hérissé » = une sorte d’arrêt du monde. Puis, annonces métaphoriques qui marquent le désordre du monde « plaine liquide » : mélange du terrestre et du marin, tranquillité de la mer qui est bouleversée + personnification « sur le dos de le plaine liquide » : mer qui prend vie. Autre métaphore « anormale » : « une montagne humide » : même mélange géographique et hyperbolique. Paysage qui se métamorphose « à gros bouillons », « des flots d’écume » image de déferlement, de catastrophe de la nature « vomit à nos yeux » : dégoût de la nature elle-même face au monstrueux qu’elle a porté dans le monde des hommes qui va en être bouleversé. Envahissement total « l’air en est infecté » et retrait du naturel « Le flot qui l’apporta recule épouvanté » : laisse la place au surnaturel. L’homme n’a aucune chance contre l’incarnation de l’horreur divine.
· Ironie tragique et horreur ds le retournement de situation : le monstre blessé va provoquer la course
folle des chevaux d’H., une attitude anormale « Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix » // sont devenus le « relais du monstre marin cf la métaphore « Ils rougissent le mors d’une sanglante écume ». Ironie tragique car H. tué par ce qui faisait son identité héroïque = « fils de l’amazome », dompteur de chevaux + Etymologie de son prénom : « celui qui aime les chevaux » = son identité mythologique. Retournement tragique voulu par les dieux, injustes et cruels cf autre intrusion du surnaturel ms vision que T. ne reprend pas complètement à son compte : « On dit qu’on a vu même … », « un dieu qui d’aiguillons pressait leur flanc poudreux » = Neptune qui s’acharne et provoque directement la mort du héros. Une intervention qui motive aussi la dimension imaginaire du récit.
2) Retournement de situation qui fait du héros épique un héros pathétique, un jouet du destin qui ne contrôle plus rien et soumis à la violence déchaînée contre lui.
· Evocation de la résistance impossible « En efforts impuissants leur maître se consume », verbe = inutilité
succession rapide d’actions subies : « La frayeur les emporte », « la peur les précipite, … / L’essieu crie et se rompt » ; le héros « Voit voler en éclats tout son char fracassé » : verbe qui renvoie à l’absence de prise possible sur le cours des evts. Rapidité construite par le rythme de la scène : rythme binaire des alexandrins, marqué par les césures fortes à l’hémistiche et les enjambements « L’essieu plie / et se rompt // l’intrépide Hippolyte Voit voler en éclats … » : allongement du rythme par l’enjambement qui soutient l’idée du « vol » + autre enjambement « … // j’ai vu votre malheureux fils traîné par les chevaux que sa main a nourri » + césure forte qui déséquilibre au contraire le vers « Ils courent // tout son corps n’est bientôt qu’une plaie » = 3 // 9. + nombreuses allitérations en « r » : sonorité qui domine le passage de la course des chevaux jusque leur arrêt.
· Impuissance du héros victime de ce qu’il a aimé : « char fracassé », soulignée par les répétitions « sourds
à cette fois », « ni le frein ni la voix », « sa voix les effraie » H. n’est pas « entendu … trahison injuste « par les chevaux que sa main a nourri », absence de reconnaissance ds les deux sens du terme, en tant que maître, en tant que héros, en tant que fils … Provoque la pitié car sort injuste, immérité et image d’un corps lamentable. Héros « embarrassé, traîné » vs champ lexical de la violence « rochers, se rompt, en éclats, fracassé » soutenu par les allitérations en « r » + « il tombe » contraire au monstre qui « s’élève ». Image d’un corps supplicié « n’est bientôt plus qu’une plaie », en morceaux : « les dépouilles », « un œil mourant » « un corps défiguré » = sans visage, + antithèse « héros expiré » souligne l’horreur. H. sacrifié à la vengeance des dieux, l’aveuglement de son père et l’amour de Phèdre. N’est plus rien : « Triste objet » : périphrase qui condense le pathétique de cette mort.
3) Un tableau baroque comme une libération de l’imaginaire sanglant et violent qui fait écho à la violence intériorisée de la parole tragique classique. ( = « l’art de la sourdine », dire sans dire …)
· Description d’un monstre mythologique, légendaire, digne des récits antiques ou du Moyen Age, hors de la
rationalité classique, de l’idéal d’équilibre et d’harmonie, de la poétique de la règle et de la mesure que cherchait l’écriture tragique du XVII. Monstre hybride, composite, elts symboliques et traditionnels en tre le minotaure et l’hydre de Lerne : la sauvagerie rentre sur scène, (elle y en depuis le début … ms cette fois, on la « voit ») : « cornes menaçantes » + « Indomptable taureau » : évocation du taureau, animal divin, et aussi le monstre de la Crète, vaincu par Thésée + « sa croupe » = terme utilisé pour les chevaux + poisson « écailles jaunissantes » + dragon cracheur de feu « dragon impétueux », « une gueule enflammée ». Adjectifs hyperboliques « furieux, indomptable, impétueux ». Courbes // baroque, sorte de dragon serpent « se recoupent en replis tortueux », hideux et mystérieux surgit du fond de l’océan ou du fond des temps. Le monstre est visible // ceux que peuvent combattre les héros épiques ≠ Phèdre.
· Le monstre libère la violence et le sang envahit la parole ms sang versé, extérieur vs « brûlantes veines »,
ici « qui les couvre de feu, de sang » = dragon cracheur de sang + chevaux ensuite « contaminés » : « qui rougissent le mors d’une sanglante écume », puis le héros pitoyable « une plaie, un corps défiguré ». Le sang d’H. s’est répandu de manière hyperbolique « De son généreux sang la trace nous conduit », abondance, exagération, image baroque là aussi, dans l’excès et la démesure, sang = un flot répandu : « Les rochers en sont teints », « les ronces dégouttantes » = qui gouttent sur la terre. + « Portent les dépouilles sanglantes » = le rouge baroque envahit la scène classique par l’excès et la dramatisation pathétique.
Elts pour une conclusion :
Récit comme une oraison funèbre, un dernier hommage, une réhabilitation de la dimension héroïque, ms aussi une mise en accusation du père et des dieux, + récit qui vise à produire un effet sur les spectateurs : la catharsis tragique, l’horreur et la pitié qui s’étendent ici à une évocation d’un imaginaire sanglant, violent, plus baroque que classique. + règle de la bienséance ici en quelque sorte détournée au profit du merveilleux épique et mythologique, vraisemblance classique mis à mal. + du monstre moral, Phèdre, au monstre « traditionnel », celui des légendes, qui peut être combattu : scène théâtrale comme mise en scène par la parole qui évoque un autre temps, un autre monde = surgissement des hydres, des Méduses et autres Gorgones …. . Avt dernière scène, il ne reste que le poison pour tuer le dernier monstre, de « l’intérieur ». On peut opposer les deux morts : H. = pathétique vs Phèdre, reste ds le tragique, H. en héros pleuré par Théramène, personne pour pleurer Phèdre = accomplit son destin comme un choix nécessaire vs H. un destin « brisé » par d’autres …
16:45 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.02.2012
Ds questionnaire lecture cursive La guerre de Troie Jean Giraudoux
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Perspectives d’étude : connaissance des genres et des registres ; approche de l'histoire littéraire et culturelle ; réflexion sur l'intertextualité et la singularité des textes.
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
Lecture cursive : La guerre de Troie n’aura pas lieu Giraudoux
1 – Précisez quels peuvent être les enjeux de la pièce dans le contexte historique où elle a été écrite et représentée ?
2 – En quoi ce texte est-il une réécriture ? Analysez le titre, précisez les éléments du mythe, donnez quelques éléments de « modernisation »
3 – Comment est traitée ici la notion tragique de « destin » ?
4 – Montrez que cette pièce mélange les registres : comique, tragique, satirique, burlesque.
5 – La pièce a aussi une portée critique : quelles en sont les « cibles » ?
6 – En conclusion : cette pièce vous paraît-elle « efficace » (pouvant toucher ou alerter un public actuel…) Pour quelles raisons ?
17:37 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.01.2012
Texte pour la LA "Le récit de Théramène"
Séquence IV : Phèdre Racine « De l’amour j’ai toutes les fureurs »
Objet d’étude : le théâtre et ses représentations
Perspectives d’étude : connaissance des genres et des registres ; approche de l'histoire littéraire et culturelle ; réflexion sur l'intertextualité et la singularité des textes.
Problématique : comment mettre en scène le discours tragique ?
THERAMENE
A peine nous sortions des portes de Trézène,
Il était sur son char. Ses gardes affligés
Imitaient son silence, autour de lui rangés ;
Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes ;
Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes ;
Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois
Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix,
L'oeil morne maintenant et la tête baissée,
Semblaient se conformer à sa triste pensée.
Un effroyable cri, sorti du fond des flots,
Des airs en ce moment a troublé le repos ;
Et du sein de la terre, une voix formidable
Répond en gémissant à ce cri redoutable.
Jusqu'au fond de nos coeurs notre sang s'est glacé ;
Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé.
Cependant, sur le dos de la plaine liquide,
S'élève à gros bouillons une montagne humide ;
L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,
Parmi des flots d'écume, un monstre furieux.
Son front large est armé de cornes menaçantes ;
Tout son corps est couvert d'écailles jaunissantes ;
Indomptable taureau, dragon impétueux,
Sa croupe se recourbe en replis tortueux.
Ses longs mugissements font trembler le rivage.
Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage,
La terre s'en émeut, l'air en est infecté ;
Le flot qui l'apporta recule épouvanté.
Tout fuit ; et sans s'armer d'un courage inutile,
Dans le temple voisin chacun cherche un asile.
Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,
Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,
Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sûre,
Il lui fait dans le flanc une large blessure.
De rage et de douleur le monstre bondissant
Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant,
Se roule, et leur présente une gueule enflammée
Qui les couvre de feu, de sang et de fumée.
La frayeur les emporte, et sourds à cette fois,
Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix ;
En efforts impuissants leur maître se consume ;
Ils rougissent le mors d'une sanglante écume.
On dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux,
Un dieu qui d'aiguillons pressait leur flanc poudreux.
A travers des rochers la peur les précipite.
L'essieu crie et se rompt : l'intrépide Hippolyte
Voit voler en éclats tout son char fracassé ;
Dans les rênes lui−même, il tombe embarrassé.
Excusez ma douleur. Cette image cruelle
Sera pour moi de pleurs une source éternelle.
J'ai vu, Seigneur, j'ai vu votre malheureux fils
Traîné par les chevaux que sa main a nourris.
Il veut les rappeler, et sa voix les effraie ;
Ils courent ; tout son corps n'est bientôt qu'une plaie.
De nos cris douloureux la plaine retentit.
Leur fougue impétueuse enfin se ralentit ;
Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques
Où des rois ses aïeux sont les froides reliques,
J'y cours en soupirant, et sa garde me suit.
De son généreux sang la trace nous conduit,
Les rochers en sont teints, les ronces dégouttantes
Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.
J'arrive, je l'appelle, et me tendant la main,
Il ouvre un oeil mourant qu'il referme soudain :
"Le ciel, dit−il, m'arrache une innocente vie.
Prends soin après ma mort de la triste Aricie.
Cher ami, si mon père un jour désabusé
Plaint le malheur d'un fils faussement accusé,
Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive,
Dis−lui qu'avec douceur il traite sa captive,
Qu'il lui rende..." A ce mot, ce héros expiré
N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré,
Triste objet, où des dieux triomphe la colère.
Et que méconnaîtrait l'oeil même de son père.
19:00 Publié dans séquence IV L2 Phèdre Racine (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


