17.03.2012
Eléments de réponse pour la lecture cursive La religieuse de Diderot
Séquence V : un conte libertin et satirique L’ingénu de Voltaire
Objet d’étude croisés : la question de l’homme – l’argumentation
Problématique : quelle stratégie argumentative se cache derrière la fiction ?
Lecture cursive La religieuse de Diderot
Histoire inspirée de celle de Marguerite Delamarre, véritable religieuse. S’est tournée vers la justice pour être relevée de ses vœux : cloîtrée de force par ses parents car enfant illégitime. A perdu son procès. Affaire qui fit parler dans les salons à partir de 1758. Marquis de Croismare = ami de Diderot, est intervenu ds le procès. D’abord une correspondance destinée à le mystifier, lui faire croire que Marguerite se serait enfuie. Début de la rédaction en 1760, échanges entre la religieuse et celle qui l’aurait recueillie.
Reprise de l’écriture en 1780-1781. devient un roman épistolaire, une seule longue lettre destinée à son protecteur., sorte de roman mémoire, fausse autobiographie.
Roman mémoire = le personnage le récit de sa vie (justification) récit continu et rétrospectif.
Roman épistolaire = le personnage exprime dans le moment même de l’énonciation ; ses impressions et ses pensées.
Ds La religieuse, les deux formes coexistent le témoignage immédiat, l’expression de la souffrance vécue (lettre) et récit rétrospectif qui demande une mise en forme du plaidoyer.
Genre littéraire problématique et influence de plusieurs types romanesques :
§ Le roman « sensible » : le pathétique, l’expression constante de la douleur morale, une héroïne vertueuse sacrifiée, goût des larmes à la mode cf La Nouvelle Héloïse, la mort de melle de SY ds L’Ingénu.
§ Le roman libertin : vie dans le couvent entraîne des mœurs sexuelles vécues ds l’hypocrisie et le mensonge mais permet aussi des scènes « plaisantes » pour le lecteur + scènes de sadisme et mortifications = satisfait le goût de l’époque pour ce type de roman et position de voyeur ( cf Suzanne qui ne semble pas comprendre la dimension sexuelle des caresses de la supérieure d’Arpagon). + Suzanne placée ds une bière pendant l’office des morts, apostasie ( exclusion de la communauté), religieuses qui marchent sur elle, accusation de sorcellerie et verre sous ses pieds, scène de l’exorcisme … cf Les bijoux indiscrets ( 1748) et « Histoire de la graine et du coutelet ds Jacques le fataliste
§ Le roman noir : admiration de Diderot pour Richardson, cf L’éloge de Richardson, auteur anglais connu à partir des années 1750 pour Paméla : veut faire comme lui une œuvre émouvante : « nous pleurerons ensemble sur les personnages malheureux de ses fictions, mais aussi une œuvre utile en montrant « la morale en action ». // Victime = une femme, innocente et belle, enfant illégitime, cachée, enfermée, prédilection pour les lieux clos : couvent, cellule, cachot ( châteaux, souterrains …). Univers de la persécution : tortures physiques et morales.
§ Le roman initiatique : comment une conscience de jeune fille se forme dans une succession de rencontres et d’épreuves
§ Le roman mémoire : le personnage propose en continu le récit de sa vie ms mise en forme rétrospective de ses aventures.
§ Le roman épistolaire : le personnage exprime ds le moment même de l’énonciation, ses impressions et ses pensées.
Ces deux formes d’expression de la narratrice se gênent parfois : le témoignage immédiat, l’expression de la souffrance vécue (dramatique et pathétique) et récit rétrospectif qui met en place le plaidoyer ( argumentatif et critique). Double but du récit = attendrir le lecteur (dimension romanesque) et mettre à jour une réalité insupportable (dimension du plaidoyer argumentatif) et idées représentatives de la pensée des Lumières.
§ La morale naturelle, la raison : Suzanne = une héroïne raisonnable, foi sincère, ms désir de liberté pour préserver la pureté de sa conscience, n’a pas la vocation à devenir religieuse, donc hypocrisie et mensonge de la contraindre à cette vie dédiée à dieu et qu’elle respecte trop pour faire semblant. Dénonciation d’un système répressif démesuré face à une démarche individuelle raisonnable : victime fait preuve de courage et de détermination, poursuit sa logique : est croyante, ne se révolte pas contre dieu, n’est pas motivée par une passion amoureuse, mais par la simple volonté de sincérité. Face à sa démarche cohérente, la répression apparaît encore plus injuste ( scènes de sadisme moral et physique)
§ L’homme est un homme social : « l’homme est né pour la société. Séparez-le, isolez-le, ses idées se désuniront, son caractère se tournera, mille affections ridicules s’élèveront dans son cœur, des pensées extravagantes germeront dans son esprit, comme les ronces ds une terre sauvage » ( cf aussi l’évolution du personnage du Huron ds L’Ingénu) Or, le monde du couvent est un monde clos, ce qui entraîne la dégradation de la nature humaine. Critique de la pratique de la religion cloîtrée : l’enfermement est néfaste à l’esprit humain, il conduit à des débordements sadiques, à des dérèglements ds les esprits, ds les mœurs, peut conduire à la folie ( cf supérieure de Sainte Eutrope). Ds cet univers fermé, tt être peut devenir un tortionnaire : une religieuse peut devenir « une bête féroce, étrange métamorphose pour laquelle la disposition est d’autant plus grande qu’on est entré jeune dans une cellule et que l’on connaît moins la vie sociale » (paroles de la supérieure de Moni)
§ Dénonciation des couvents aussi comme des lieux où le divin n’est pas l’essentiel. Servent les intérêts individuels et mondains : se débarrasser d’un membre de la famille indésirable ou gênant. Suzanne = fille illégitime, doit disparaître. Réalité sociale fréquente au XVIII ème ( cf Melle de SY enfermée pour éviter son mariage avec le Huron). Les jeunes filles enfermées contre leur gré = une vocation religieuse des couvents dévoyée. // lettres de cachet, même utilisation. + rôle de l’argent : ds le premier couvent, Suzanne est trompée, amenée à accepter l’état religieux par les arguments hypocrites de la mère supérieure qui elle agit par intérêt financier : une religieuse de plus = une dot de plus ( nombreuses références ds la roman à ce rachat d’une religieuse par un autre couvent) + couvents qui reproduisent les inégalités sociales de l’extérieur cf couvent de Longchamps = pr les jeunes filles de la haute noblesse et haute bourgeoisie = plus libres et introduction de « plaisirs interdits » : musiques, friandises …
§ Couvent comme image du monde l’absolutisme et de ses déviances ( cf le monde du sérail ds Les lettres persanes Montesquieu, la lettre d’adieu de Roxanne). Chgt de supérieure = chgt de régime d’ordre « divin ». En opposition avec la mère de Moni ( religion pratiquée avec raison et tolérance), la sœur sainte Catherine réintroduit des pratiques sévères et excessives ( le cilice) + « Les favorites du règne antérieur ne sont jamais les favorites du règne qui suit », « En un moment, la maison fut pleine de troubles, de médisances, de calomnies et de persécutions » : de favorite, Suzanne devient persécutée. La « gouvernance » de sœur Sainte Catherine va laisser libre cours au « sadisme mystique » et autoriser ts les excès contre Suzanne : « J’invoquais le ciel, j’étais à terre, et l’on me trainait (…), j’étais dans un état à toucher des âmes de bronze » : persécution contre un individu par tte une communauté = complètement opposé à l’esprit chrétien. + dérives monarchiques de la supérieure de Sainte Eutrope : rapport malsains, pervers, éviction de la favorite précédente au profit de Suzanne + tableau des religieuses préférées autour de la mère supérieur tableau libertin d’une sexualité refoulée et honteuse, non dite : « Une autre avait pris ma place en mon absence sur le bord du lit de la supérieure, était penchée vers elle, le coude appuyé entre ses deux cuisses, et lui montrait son ouvrage ; la supérieure, les yeux presque fermés, lui disant oui ou non sans presque la regarder. » Ce refoulement va conduire la supérieure à la folie et à la mort.
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Pour compléter Saint Yves : le personnage du Huron
Séquence V : un conte libertin et satirique L’ingénu de Voltaire
Objet d’étude croisés : la question de l’homme – l’argumentation
Problématique : quelle stratégie argumentative se cache derrière la fiction
La dimension subversive du huron
La dimension religieuse
· Rencontre avec les Huguenots chapitre VIII : critique de la révocation de l’Edit de Nantes et de ses conséquences : Saumur, ville ruinée et dépeuplée, dragonnades, exil = les sujets fidèles deviennent des ennemis.
· Rencontre avec Gordon : les jansénistes comme victimes des jésuites et de l’intolérance religieuse ms aussi « secte » et critique de la « grâce efficace » : chapitre X. Rejet de tout fanatisme, déisme et tolérance cf reprise de l’image de l’horloger dans « nous sommes sous la puissance de l’Etre éternel comme les astres et les éléments ; qu’il fait tout en nous, que nous sommes de petites roues de la machine immense dont il est l’âmes ».
· Les jésuites et l’éducation religieuse
L’ignorance du clergé : ne peut pas répondre aux questions du Huron concernant le Nouveau testament : recours à la hiérarchie, puis à l’autorité suprême = le jésuite qui peut répondre par l’art oratoire, pas par l’érudition. (chapitre III) + fin du chapitre IV sur le « saint Hercule »
La différence entre la parole du Nouveau testament et les pratiques religieuses : de nombreux arrangements possibles (chapitre III et IV) principalement attaques contre le baptême et la confession.
Mœurs religieuses : abus de la bonne chère cf Kerkabon = « le seul bénéficiaire qu’on ne fût pas obligé de porter dans son lit quand il avait soupé avec ses confrères » + joie de l’évêque et orgueil stupide = « évêque de Saint Malo, flatté comme on peut le croire, de baptiser un Huron, arriva dans un pompeux équipage, suivi de son clergé » + « la joie de baptiser un Bas-Breton huron et anglais était si grande que l’on passa par-dessus ces singularités » et interdictions stupides : ne pas se marier avec sa marraine n’a plus de sens au XVIII ème siècle.
· Les jésuites et leur pouvoir
· Leur influence sur la politique : (le père La Chaise) + par la rencontre avec Gordon, mise au jour de leur rôle néfaste : apparente affabilité qui cache une absence totale de scrupules, opportunisme (cf père tout à tous), leur seul but = poursuivre les jansénistes et accroître leur pouvoir temporel cf discours de Gordon chapitre XIX : les manœuvres des jésuites peuvent conduire un fils à emprisonner ses propres parents ou un frère à trahir son propre frère pour obtenir un bénéfice. Donc, dénonciation de leur rôle dans les persécutions religieuses par l’espionnage et la délation dans les lieux publics « Il y avait à table un jésuite déguisé qui servait d’espion au Révérend Père La Chaise » ( ce qui va conduire à l’arrestation du Huron) et lieux privés : sorte de police // qui confesse « les femmes de chambre par lesquelles on savait les secrets des maîtresses »
· Le rôle du pape : le seul qui puisse accorder une dispense pour que le Huron puisse épouser Mlle de S.Y « nous sommes ici sur la côte de l’Océan, et je quitterais Mlle de Saint Yves pour aller demander la permission de l’aimer à un homme qui demeure vers la Méditerranée, à quatre cents lieues d’ici, et dont je n’entends point la langue ! Cela est d’un ridicule incompréhensible ! » ( fin chapitre V) + rencontre avec Gordon ( chapitre X) : « Voilà qui est étrange, tous les malheureux que j’ai rencontrés ne le sont qu’à cause du pape »
La critique sociale et politique
· La critique politique = l’absolutisme « On lui (au roi) a fait croire que dès qu’il aurait dit un mot, tous les hommes penseraient comme lui et qu’il nous ferait changer de religion, comme son musicien Lulli fait changer en un moment les décorations de ses opéras » : un roi aveuglé, peu au courant des réalités de ses sujets. Mais faute rejetée sur les jésuites « on a trompé ce grand roi sur ses intérêts comme sur l’étendue de son pouvoir » + utilisation des lettres de cachet, détention abusive et sans procès ( personnage de Gordon)
· Organisation de la cour : bureaucratie, non reconnaissance des mérites personnels et achat des charges (chapitre IX) Au Huron qui fait étalage de ses mérites militaires et de sa victoire contre les anglais le commis répond « que probablement on lui accorderait la permission d’acheter une lieutenance ». La réplique du Huron met à jour cette incohérence « que je paye le droit de me faire tuer pour vous, pendant que vous donnez ici vos audiences tranquillement ? Je crois que vous voulez rire (…) Je veux être utile : qu’on m’emploie et qu’on m’avance ». A lieu de quoi, il sera emprisonné.
· Corruption des mœurs : vénalité et abus de pouvoir ( aussi personnage de Saint Pouange) : arrestation abusive sur la base de deux lettres d’accusations très légères.
· Mépris du pouvoir et rôle des courtisans lettre du jésuite chapitre XX : la « prison n’était qu’une méprise, que ces petites disgrâces arrivaient fréquemment, qu’il ne fallait pas y faire attention » → banalisation méprisante, pouvoir hautain et inconscient, injuste et autoritaire. Véritable raison de la lettre = l’envie des femmes de la cour de voir le Huron « toutes les femmes de la cour s’empresseraient de faire venir son neveu à leur toilette » : curiosité méprisante. Pour effacer les malheurs causés : « le roi daignerait le remarquer quand il passerait dans la galerie, et peut-être même lui ferait un signe de tête » (…) « il serait question de lui au souper du roi ». Flatteries ridicules qui montre le système dont se satisfont les courtisans. Ms Huron déchire la lettre et Gordon souligne : « C’est donc ainsi qu’on traite les hommes, comme des singes ! On les bat et on les fait danser »
La dimension philosophique ( à croiser avec le mythe du bon sauvage)
Personnage se situe ds la tradition de la littérature philosophique cf technique de l’œil neuf depuis Les lettres persanes Montesquieu // conte philosophique voltairien et lien avec les personnages type Candide et roman d’initiation : personnage naïf par lequel on voit les défauts sociaux, politiques, philosophiques d’une époque donnée.
Selon Voltaire, l’homme est fait pour vivre en société. Le bonheur social est possible ms il est gêné par l’ingérence de la religion ds la vie individuelle et sociale ( cf le pape et le mariage du Huron) et la collusion entre les religieux et les autorités politiques. + le philosophe n’est pas un être solitaire, il doit se former pour apprendre et agir.
Au départ, Huron = le prototype du bon sauvage. Sa naïveté = une sorte de bon sens « naturel » qui permet la remise en cause des conventions et des dogmes + de croyances acquises et apprises qui obscurcit l’intelligence par l’apprentissage de préjugés. Ms ce n’est pas un éloge de « l’état de nature » ( ≠ Rousseau) car sauvage = violent et impulsif ( se bat contre le Récollet, contre les gardes à Versailles, agit par impulsions cf chapitre V et VI : « il l’épousait, si elle ne s’était pas débattue avec toute l’honnêteté d’une personne qui a de l’éducation » (…) « le huron possédait une vertu mâle et intépide (…) il allait l’excercer dans toute son étendue ». La « morale naturelle » n’est pas suffisante.
Les arts et la philosophie = mission civilisatrice et et éducative, la connaissance éloigne les superstitions et les préjugés d’où l’apprentissage dans la prison dans les livres mais aussi par le débat d’idées avec Gordon. + idée que la connaissance unit alors que la religion divise. Transformation radicale : « Je serai tenté de croire aux métamorphoses car j’ai changé de brute en homme ».
Evolution de sa sensibilité, également amoureuse. Fougue quasi animale avant la prison ms sentiments tendres après et expression lyrique : « Vous coupable ! non vous ne l’êtes pas, le crime ne peut être que dans le cœur, le vôtre est à la vertu et est à moi » = pardon du huron à Mlle de saint Yves.
Rappel : opposition Voltaire Rousseau sur les notions de nature et de culture Discours sur l’origine des inégalités : première partie : Rousseau construit un monde utopique où l’homme vit en harmonie avec une nature fait pour lui, un homme vertueux et travailleur, un bonheur simple et naturel. Deuxième partie : naissance de l’inégalité en trois étapes : la notion de propriété = les riches et les pauvres + lois pour garantir la propriété = inégalités + transformation d’un pouvoir légitime (magistrats élus) en un pouvoir arbitraire ( pouvoir héréditaire)
Autre opposition encore dans Discours sur les sciences et les arts où Rousseau démontre que paradoxalement, les sciences et les arts ne servent pas le bonheur des hommes mais engendrent des tares sociales.
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Question de synthèse : le personnage de mademoiselle de Saint Yves
Question de synthèse : la dimension critique et romanesque du personnage de mademoiselle de Saint Yves
Voltaire, dans L’Ingénu, critique la religion, la cour, l’influence des Jésuites sur la politique, la corruption des mœurs, en utilisant l’ironie et la satire. Le parcours du huron sert de fil conducteur à cette dénonciation, mais le personnage de mademoiselle de Saint Yves permet également de construire cette dimension satirique : religieuse et sociale, tout en restant un personnage romanesque.
I Satire religieuse
Saint Yves = marraine du huron, donc mariage impossible : ridicule de cet interdit puisque deux personnes du même âge, n’avait de raison d’être que au début du christianisme lorsque parrain et marraine bcp plus âgées que les nouveaux baptisés.
Envoyée au couvent pour éviter le mariage avec le Huron : critique de cette pratique courante à l’époque : des jeunes filles sont enfermées dans les couvents sans vocation, de force, pour des intérêts privés ou familiaux cf La religieuse de Diderot qui retrace une histoire plus ou moins véridique mais reflétant cette réalité.
Saint Yves comme représentante d’une vertu « naturelle » : elle résiste aux assauts du Huron, non pas pour des raisons de dogme mais par « dignité » raisonnable. (face aux Huron qui ne connaît au départ que le mariage « naturel »)
Fidélité à la parole et à l’amour donné : part à Versailles pour éviter un mariage qu’elle ne souhaite pas et délivrer son « fiancé » : rencontre avec Saint Pouange : proposition déplacée d’échanger la liberté de celui qu’elle aime contre sa vertu. « le saint Pouange, perdant toute honte, lui insinua qu’elle réussirait si elle commençait par lui donner les prémices de ce qu’elle réservait à son amant » = chantage.
Refus mais confusion, se retrouve face à un dilemme moral. Va subir le poids de l’influence du libertinage en vogue à la cour et dans la noblesse en général. Sert de support à la confrontation entre la vertu « naturelle » et la vertu « possible ».
Rencontre alors avec le père tout à tous : représentant ici de la morale « jésuite » et de l’art de la casuistique : interprétation de la notion de péché à relativiser selon l’intention du pêcheur + lien entre le pouvoir et le religieux (pouvoir temporel et pouvoir spirituel) : « Saint Pouange, ah ! ma fille, c’est tout autre chose, il est cousin du plus grand ministre que nous ayons jamais eu, homme de bien, protecteur de la bonne cause, bon chrétien, il ne peut avoir eu une telle pensée, il faut que vous ayez mal entendu ».
Saint Yves finit par succomber, malgré elle et par vertu, obtient la libération du Huron et de Gordon, refuse de revoir Saint Pouange, horreur de son acte qui la pousse à la mort.
II Critique de la société
Saint Yves, quand elle arrive à Versailles, passe de bureaux en bureaux, comme le Huron mais alors que lui se retrouve à la Bastille, elle « monte » dans la hiérarchie jusque saint Yves car femme et belle cf libertinage plutôt que raison qui conduit les affaires publiques. Le mérite n’est pas reconnu, seule compte la satisfaction des plaisirs immédiats des puissants. Libertinage admis et couvert par l’église : les femmes renoncent à leur vertu pour que leur mari obtiennent un poste plus élevé + caution de l’église : « les actions ne sont pas d’une malice de coulpe quand l’intention est pure ; et rien n’est plus pur que de délivrer votre mari. » + chapitre XIII course de monsieur de Kerkabon pour être reçu, se heurte à des portes closes : « Le prieur se présenta chez le révérend père de La Chaise : il était avec Mlle du Tron (…)Il alla à la porte de l’archvêque : le prélat était enfermé avec la belle Mm de Lesdiguières pour les affaires de l’église. Il courut à la maison de campagne de l’évêque de Meaux : celui-ci examinait avec Mlle de Mauléon l’amour mystique de Mm Guyon »
Les sentiments sont achetés, conception matérialiste et vénale de l’amour : l’amie de Saint Yves n’est pas choquée du cadeau de Saint Pouange : les boucles d’oreilles contre un moment d’intimité = une pratique courante et banale alors que la vue de ce cadeau accélère la mort de Saint Yves car lui rappelle l’horreur de son acte. Humiliation = ridicule à la cour, ne fonctionne pas sur un système de valeurs morales mais matérialistes. Amie de Versailles ne perçoit plus l’immoralité des ces pratiques.
Saint Pouange comme incarnation de la toute puissance sociale de la noblesse libertine qui n’a d’autre morale que celle de son plaisir.
Dénonciation aussi de la pratique des lettres de cachet, distribuées selon les intérêts des puissants et non selon une notion de justice : saint Pouange en propose une contre son frère à Saint Yves : « On est bien libéral de lettres de cachets dans vos bureaux puisqu’on en vient solliciter du fond du royaume comme des pensions » + « Je suis bien loin d’en demander une contre mon frère. J’ai beaucoup à me plaindre de lui, mais je respecte la liberté des hommes »
III La dimension romanesque
L’amour = un des moteurs de l’action dans ce conte philosophique, plutôt nouveau. Influence du roman sentimental mis à la mode par la littérature anglaise + La Nouvelle Héloïse de Rousseau. Thèmes romanesques : l’amour contrarié, la vertu outragée, mort de l’héroïne pourtant irréprochable, « pure » (du moins dans ses intentions) + sous genre du roman « sensible » qui fonctionne de même avec stéréotypes ; grand seigneur libertin, jeune fille innocente, jeune homme candide et amoureux qui se sacrifie au nom de l’amour. (mais ici saint Yves sacrifiée)
Saint Yves = figure romanesque et héroïque en concurrence avec Ingénu car ses actions aussi décisives dans le déroulement de l’intrigue. Prend en charge l’évolution de l’action quand le Huron est en prison et permet la poursuite de son évolution. Au début du récit : possède les qualités traditionnelles de l’ingénue au théâtre, de la « jeune première » : jolie, bien élevée, vertueuse, soucieuse de son honneur et du respect des règles sociales et des bienséances. Puis évolution : « Ce n’était plus cette fille simple dont une éducation provinciale avait rétréci les idées. L’amour et le malheur l’avaient formées. »
Personnage pathétique : « les infortunes de la vertu »
(Registre destiné à apitoyer le récepteur, il utilise le lexique de la compassion : termes évoquant la misère et la douleur associés à un vocabulaire affectif (tristesse, lamentation) et religieux (supplications). Afin d'émouvoir, le registre pathétique use d'une fréquente prise à partie de l'auditoire (exclamations, invocations, apostrophes invitant à la déploration). Les images sont violentes, parfois hyperboliques
Il s’agit d’émouvoir le lecteur et de solliciter sa compassion.)
Passages les plus pathétiques = les deux audiences avec Saint Pouange, l’arrivée à la Bastille : « Quand il fallut descendre du carrosse, les forces lui manquèrent ; on l’aida ; elle entra, le coeur palpitant, les yeux humides, le front consterné. On la présente au gouverneur ; elle veut lui parler, sa voix expire, … » et les retrouvailles avec l’Ingénu, l’évolution de sa maladie, l’aveu et la mort.
Saint Yves en proie à un dilemme « tragique » : après la proposition immorale de Saint Pouange = vertu indignée et révolte de sa conscience : « La Saint Yves pleurait, elle était suffoquée, à demi renversée sur un sofa, croyant à peine ce qu’elle voyait, ce qu’elle entendait », « Je ne puis le laisser périr, je ne puis le sauver » Goût pour les larmes, se meurt d’amour et de remords « La belle Saint Yves baissait la vue, regardait son amant, rougissait et détournait, le moment d’après, ses yeux baignés de pleurs »
Mort pathétique qui réunit tous les protagonistes dans la douleur mais aussi le pardon et apaisement final.
Théâtralisation de sa mort : « La tante, presque sans vie, tenait la tête de la mourante dans ses faibles bras, son frère était à genoux au pied du lit. Son amant pressait sa main qu’il baignait de pleurs, et éclatait en sanglot » = scène de théâtre ou esthétique picturale cf Greuze.
Esthétique du drame prôné par Diderot = le drame bourgeois : peinture « réaliste » des milieu bourgeois, ton sérieux, malheur touchant des héros pourtant vertueux, dialogue en prose, recours à la pantomime pour exprimer l’émotion (cf Le fils naturel de Diderot). Théâtre édifiant.
Arrivée de l’amie de Versailles qui rapporte les pendants d’oreille = coup de théâtre. Dramatisation soulignée par l’exclamation de saint Yves : « Ah ! Madame, vous m’avez perdue ! Vous me donnez la mort ! »
Mort qui provoque le repentir de Saint Pouange (conversion et remords) au mépris de la vraisemblance psychologique et narrative , retour à une sorte d’innocence oubliée « le torrent des affaires et des amusements avait emporté son âme » …. ; Saint Yves comme martyre de la vertu : son premier miracle ? Ironie voltairienne.
Mort inutile dans le fonctionnement de la narration + pardonnée par le Huron : Voltaire se plait à imiter les genres à la mode + satire de La Nouvelle Héloïse, imitation parodique de la mort de Julie ?
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Question de synthèse : textes pour "le libertinage"
Séquence V : un conte libertin et satirique L’ingénu de Voltaire
Objets d’étude croisés : la question de l’homme – l’argumentation
Problématique : quelle stratégie argumentative se cache derrière la fiction ?
Textes complémentaires : du libertinage « érudit » au libertinage des mœurs
Molière Dom Juan I 2 : Don Juan, Sganarelle « la tirade de l’inconstance »
DON JUAN. - Quoi ? tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n'est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable ; et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d'une conquête à faire. Enfin il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne, et j'ai sur ce sujet l'ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu'il y eût d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.
Les Liaisons dangereuses Choderlos de Laclos, 1782
LETTRE XLVIII : LE VICOMTE DE VALMONT À LA PRÉSIDENTE DE TOURVEL
C'est après une nuit orageuse, et pendant laquelle je n'ai pas fermé l'oeil ; c'est après avoir été sans cesse ou dans l'agitation d'une ardeur dévorante, ou dans l'entier anéantissement de toutes les facultés de mon âme, que je viens chercher auprès de vous, Madame, un calme dont j'ai besoin, et dont pourtant je n'espère pas jouir encore. En effet, la situation où je suis en vous écrivant me fait connaître plus que jamais la puissance irrésistible de l'amour ; j'ai peine à conserver assez d'empire sur moi pour mettre quelque ordre dans mes idées ; et déjà je prévois que je ne finirai pas cette Lettre sans être obligé de l'interrompre. Quoi ! ne puis-je donc espérer que vous partagerez quelque jour le trouble que j'éprouve en ce moment ? J'ose croire cependant que, si vous le connaissiez bien, vous n'y seriez pas entièrement insensible. Croyez-moi, Madame, la froide tranquillité, le sommeil de l'âme, image de la mort, ne mènent point au bonheur ; les passions actives peuvent seules y conduire ; et malgré les tourments que vous me faites éprouver, je crois pouvoir assurer sans crainte, que, dans ce moment, je suis plus heureux que vous. En vain m'accablez-vous de vos rigueurs désolantes, elles ne m'empêchent point de m'abandonner entièrement à l'amour et d'oublier, dans le délire qu'il me cause, le désespoir auquel vous me livrez. C'est ainsi que je veux me venger de l'exil auquel vous me condamnez.
Jamais je n'eus tant de plaisir en vous écrivant ; jamais je ne ressentis, dans cette occupation, une émotion si douce et cependant si vive. Tout semble augmenter mes transports : l'air que je respire est plein de volupté ; la table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour moi l'autel sacré de l'amour ; combien elle va s'embellir à mes yeux ! j'aurai tracé sur elle le serment de vous aimer toujours ! Pardonnez, je vous en supplie, au désordre de mes sens. Je devrais peut-être m'abandonner moins à des transports que vous ne partagez pas : il faut vous quitter un moment pour dissiper une ivresse qui s'augmente à chaque instant, et qui devient plus forte que moi.
Je reviens à vous, Madame, et sans doute j'y reviens toujours avec le même empressement.
Cependant le sentiment du bonheur a fui loin de moi ; il a fait place à celui des privations cruelles. À quoi me sert-il de vous parler de mes sentiments, si je cherche en vain les moyens de vous convaincre ? après tant d'efforts réitérés, la confiance et la force m'abandonnent à la fois. Si je me retrace encore les plaisirs de l'amour, c'est pour sentir plus vivement le regret d'en être privé. Je ne me vois de ressource que dans votre indulgence, et je sens trop, dans ce moment, combien j'en ai besoin pour espérer de l'obtenir. Cependant, jamais mon amour ne fut plus respectueux, jamais il ne dut moins vous offenser ; il est tel, j'ose le dire, que la vertu la plus sévère ne devrait pas le craindre : mais je crains moi-même de vous entretenir plus longtemps de la peine que j'éprouve.
Assuré que l'objet qui la cause ne la partage pas, il ne faut pas au moins abuser de ses bontés ; et ce serait le faire, que d'employer plus de temps à vous retracer cette douloureuse image. Je ne prends plus que celui de vous supplier de me répondre, et de ne jamais douter de la vérité de mes sentiments.
Écrite de P..., datée de Paris, ce 30 août 17**.
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12.03.2012
Proposition pour la LA : la mort de mademoiselle de Saint Yves
Séquence V : un conte libertin et satirique L’ingénu de Voltaire
Objets d’étude croisés : la question de l’homme – l’argumentation
Problématique : quelle stratégie argumentative se cache derrière la fiction ?
LA : chapitre XX de L’Ingénu Voltaire
I Les regards et les discours sur la mort
1) Regard et discours du Huron sur la mort de SY
· Désespoir et douleur de l’ingénu à la mort de SY passe par la difficulté à renoncer à sa vue : « son amant,
qui semblait la chercher encore quoiqu’il ne fût plus en état de rien voir » : connecteur logique de l’opposition marque la différence entre volonté et réalité, marque la difficulté à réaliser la perte de l’être cher. Réalité insoutenable = perte des sensations. + « déjà le corps de la belle SY avait été proté dans une salle basse » : cadavre mis à l’écart de la vue très rapidement.
· Perte de la parole : « le morne et terrible silence du huron » entraîne celui des autres membres de la
famille. Mort comme impuissance à dire et à consoler « qui exclut tout discours, et qui ne se manifeste que par des mots entrecoupés » = solitude du huron + spectacle de sa détresse// impuissance de ses proches : « mélange de compassion et d’effroi » : spectacle de la souffrance qui fait pitié, provoque l’empathie « compassion », mais aussi la distance car peur « l’effroi » Þ un certain réalisme dans une analyse des effets de la mort d’un proche, mais reste peu développée.
2) Les regards et discours de la société sur la mort.
· Enumération en une seule longue phrase des réactions à l’exposition de la bière à la porte de la maison
(longue phrase qui prépare l’entrée en scène du libertin SP) = sorte de passage en revue très rapide : juxtaposition des subordonnées : une subordonnée = un groupe et passage à un autre. Opposition d’avec les deux circonstancielles « Au milieu du spectacle de la mort », « tandis que les corps sont exposés » : moments longs et graves ≠ « deux prêtres récitaient des prières d’un air distrait » : dimension critique = accomplissement mécanique d’un devoir + « des passants jettent … sur la bière par oisiveté » sans y penser, légèreté, parce qu’ils passent par là, puis oubli : « poursuivent leur chemin ». Longue phrase qui présente les réactions de la société qui ne veut pas voir la mort en face et chute = arrivée de SP prolongement de l’idée de négation d’une mort qui dérange les vivants.
· Réaction du libertin (représente le libertinage de la cour ici) + mis en valeur par le changement des temps
verbaux = utilisation du présent de narration ici. Pointe la vacuité et la lâcheté : « nourris dans les plaisirs » = hors de la réalité, uniquement préoccupé par la satisfaction de désirs temporels immédiats. + pense que cette situation le rend supérieur et inaccessible au destin du commun des mortels « qui pense que l’on doit lui épargner » (obligation pour les autres de le protéger), ne pas lui laisser voir ce qui pourrait le déranger dans ses plaisirs, le « ramener à la contemplation de la misère humaine ». « Misère humaine » = le destin de tous les hommes, c’est la mort. Refus du rappel de la « triste condition humaine », provoque le « dégoût » et non la réflexion. Libertinage comme fuite du réel et non comme posture philosophique ( s’oppose au libertinage intellectuel de Cyrano de Bergerac)
3) Regard et discours sur la mort « possible » du huron, son suicide.
· Une « possibilité » tragique et pathétique atténuée cf réplique au style direct du huron introduite par le
récit par énumération « sans pleurer, sans gémir, sans s’émouvoir » = un personnage lucide qui parle de mourir + atténuation de l’idée de suicide par l’emploi de l’euphémisme « finir ma vie ». (en contradiction avec la douleur pathétique : peut laisser penser à la posture philosophe du texte : intrusion du discours sérieux du narrateur sur le sujet du suicide, interdit par l’église). Affirmation forte : personne « sur terre » ne peut empêcher la mort volontaire. Importance de la précision, ne prend pas en compte en un premier temps la dimension religieuse.
· La prise de position du narrateur est implicite dans les paroles qui ne sont pas dites par Gordon, donc
prises en charge par le narrateur. Sorte de prétérition. Ce qui n’est pas dit = qualifiés négativement, préceptes qualifiés de « lieux communs fastidieux ». Sorte de maximes inutiles et sans fondement : « on » + formes impersonnelles « il n’est pas permis, il ne faut pas ». Sentences contre le suicide disqualifiées par le recours à des images simplistes « un soldat à son poste » + contradiction évidente
« sortir de sa maison » n’est pas possible alors qu’ « on ne peut y demeurer ». + selon le texte, indifférence de dieu en ce qui concerne cette question : dieu déiste « l’Etre des Etres » (cf « l’être suprême ») et pas de référence à l’âme chrétienne cf périphrase, homme = « l’assemblage de quelques parties de matière » dont dieu ne se soucie pas de la place « dans un lieu ou dans un autre ». Recours final à Caton (philosophe) qui « répondit par un coup de poignard » aux « raisons impuissantes » énumérées. Mais « désespoir ferme et réfléchit » : pas un plaidoyer pour le suicide mais une attitude philosophique. S’oppose au suicide « pathétique » qui serait celui du huron.
II Théâtralisation et pathétique : un texte qui relève du romanesque « sentimental » et larmoyant.
1) Un désespoir général et excessif
· « Spectateurs » nombreux du désespoir du huron : « tous les assistants » (c’est-à-dire quasiment tous les
protagonistes du conte !!!) + « l’hôtesse et sa famille » (inutilité narrative d’ailleurs de cette venue) + mouvements rapides « accoururent » et accomplis par le groupe ensemble, en même temps cf pronom personnel « on ». 3on écarta toutes les armes » et juxtaposition « « on tremblait de son désespoir, on le gardait à vue, on observait tous ses mouvements » = sorte de ballet autour du personnage central, objet de tous les regards comme sur une scène de théâtre // spectateurs d’une tragédie qui « tremblent » pour le héros, dont ils craignent la mort et sont suspendus à ses gestes.
· Scène excessive dans les mouvements et le nombre + dans le type de manifestations de leur douleur +
pluriel « des larmes et des cris » mais se limitent à cette expression visible. Pas d’expression de sentiments ni personnels, ni collectifs. Pathétique naît parce que des gestes sans âme cf « toutes les armes » = abondance peu vraisemblable (on est dans une auberge, pas dans un château fort …)
Scène de deuil qui ne sonne pas juste : cf Greuze « Le retour du fils prodigue » (tableau)
2) Huron = une âme tellement éplorée, tellement « tendre » qu’elle en devient caricaturale.
· Commentaire direct du narrateur = généralisation explicative de la réaction du personnage : « Les âmes
fortes ont des sentiments bien plus violentes que les autres quand elles sont tendres » : maxime qui semble bâtie pour la circonstance, n’est soutenue par aucune théorie ou autre justification psychologique, se limite à une affirmation d’autorité, présentée comme vraie par le présent de vérité générale. + sens de «âme tendre » au XVIII ème, sens fort de sentimentale, sensible, mais aussi portée au larmoyant. (Thème et attitude à la mode)
· Eléments excessifs // caricature de « l’amant éploré » : « perdit l’usage des sens » = s’évanouir mais
périphrase qui met en évidence la perte de maîtrise de soi, la perte de la conscience. Etat physique du huron ensuite = reflet d’un désespoir profond « morne et terrible silence », « yeux sombres » = mutisme et repli sur soi mais aussi accompagné de manifestations visibles caractérisées par l’agitation involontaire « ses lèvres tremblantes, les frémissements de son corps » : évoque une figure tragique comme en delà d’elle-même, absence de contrôle + « il ne fût plus en état de rien voir ». Tragique annoncé par l’adjectif « fatal » désignant le moment de la mort de SY (alors que n’est pas fatale du tout, puisque inutile narrativement).
Le lecteur ne peut adhérer à cette mise en scène qui semble parodier les morts tragiques des héroïnes romanesques.
3) L’apparition de SP ramène le texte vers une vision des mœurs plus proches de celles du temps : un désir amoureux et libertin, qui, par contraste, apparaît comme plus « réel »
· « Passion amoureuse » inverse à celle du huron : est basée sur la satisfaction des sens et est né de
l’insatisfaction du nombre : « n’ayant été satisfait qu’une seule fois », « par une seule jouissance » et causée par la susceptibilité du libertin : aime ce qui se refuse (cf Don Juan = intérêt de l’amour libertin = dans la conquête de la femme que l’on n’a pas encore possédée, pas dans la construction d’un sentiment) : « le refus de ses bienfaits l’avait piqué ». Orgueil personnel et désir de vaincre (cf toujours Don Juan) : « venir chercher lui-même celle qu’il n’aurait pas peut-être voulu revoir si elle était venue d’elle même »
· Utilisation de stéréotypes du langage amoureux de l’époque pour marquer le vide des sentiments réels de
SP « ayant tous les jours devant les yeux l’image de la belle SY » + « enfoncé dans son cœur l’aiguillon des désirs » = image clichée de la flèche de Cupidon + allusion grivoise à la réelle motivation de son désir de revoir SY. + contraste entre cette « passion » et son attitude « il détourne les yeux » devant la bière où repose le corps de l’objet de ses désirs qu’il a poussé à la mort.
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11.03.2012
Histoire des arts : le mythe du bon sauvage
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Texte de la LA chapitre XX L'Ingénu
Séquence V : un conte libertin et satirique L’ingénu de Voltaire
Objets d’étude croisés : la question de l’homme – l’argumentation
Problématique : quelle stratégie argumentative se cache derrière la fiction ?
LA : extrait du chapitre XX de L’Ingénu Voltaire
Lorsque le moment fatal fut arrivé, tous les assistants jetèrent des larmes et des cris. L'Ingénu perdit l'usage de ses sens. Les âmes fortes ont des sentiments bien plus violents que les autres quand elles sont tendres. Le bon Gordon le connaissait assez pour craindre qu'étant revenu à lui il ne se donnât la mort. On écarta toutes les armes ; le malheureux jeune homme s'en aperçut ; il dit à ses parents et à Gordon, sans pleurer, sans gémir, sans s'émouvoir : « Pensez-vous donc qu'il y ait quelqu'un sur la terre qui ait le droit et le pouvoir de m'empêcher de finir ma vie ? » Gordon se garda bien de lui étaler ces lieux communs fastidieux par lesquels on essaye de prouver qu'il n'est pas permis d'user de sa liberté pour cesser d'être quand on est horriblement mal, qu'il ne faut pas sortir de sa maison quand on ne peut plus y demeurer, que l'homme est sur la terre comme un soldat à son poste : comme s'il importait à l'Être des êtres que l'assemblage de quelques parties de matière fût dans un lieu ou dans un autre ; raisons impuissantes qu'un désespoir ferme et réfléchi dédaigne d'écouter, et auxquelles Caton1 ne répondit que par un coup de poignard.
Le morne et terrible silence de l'Ingénu, ses yeux sombres, ses lèvres tremblantes, les frémissements de son corps, portaient dans l'âme de tous ceux qui le regardaient cemélange de compassion et d'effroi qui enchaîne toutes les puissances de l'âme, qui exclut tout discours, et qui ne se manifeste que par des mots entrecoupés. L'hôtesse et sa famille étaient accourues ; on tremblait de son désespoir, on le gardait à vue, on observait tous ses mouvements. Déjà le corps glacé de la belle Saint-Yves avait été porté dans une salle basse, loin des yeux de son amant, qui semblait la chercher encore, quoiqu'il ne fût plus en état de rien voir.
Au milieu de ce spectacle de la mort, tandis que le corps est exposé à la porte de la maison, que deux prêtres à côté d'un bénitier récitent des prières d'un air distrait, que des passants jettent quelques gouttes d'eau bénite sur la bière1 par oisiveté, que d'autres poursuivent leur chemin avec indifférence, que les parents pleurent et qu'un amant est prêt de s'arracher la vie, le Saint-Pouange arrive avec l'amie de Versailles.
Son goût passager, n'ayant été satisfait qu'une fois, était devenu de l'amour. Le refus de ses bienfaits l'avait piqué. Le père de La Chaise n'aurait jamais pensé à venir dans cette maison ; mais Saint-Pouange, ayant tous les jours devant les yeux l'image de la belle Saint-Yves, brûlant d'assouvir une passion qui par une seule jouissance avait enfoncé dans son cœur l'aiguillon des désirs, ne balança2 pas à venir lui-même chercher celle qu'il n'aurait pas peut-être voulu revoir trois fois si elle était venue d'elle-même.
Il descend de carrosse ; le premier objet qui se présente à lui est une bière ; il détourne les yeux avec ce simple dégoût d'un homme nourri dans les plaisirs, qui pense qu'on doit lui épargner tout spectacle qui pourrait le ramener à la contemplation de la misère humaine.
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Question de synthèse : textes pour le mythe du bon sauvage
Séquence V : un conte libertin et satirique L’ingénu de Voltaire
Objet d’étude croisés : la question de l’homme – l’argumentation
Problématique : quelle stratégie argumentative se cache derrière la fiction ?
Textes complémentaires : le mythe du bon sauvage
« Des cannibales » extrait des Essais de Montaigne (1595)
Mais ces autres, qui nous viennent pipant des assurances d'une faculté extraordinaire qui est hors de notre connaissance, ne faut-il pas les punir de ce qu'ils ne maintiennent l'effet de leur promesse, et de la témérité de leur imposture ? Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n'ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C'est chose émerveillable que de la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang ; car, de déroutes et d'effroi, ils ne savent que c'est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l'ennemi qu'il a tué, et l'attache à l'entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître, fait une grande assemblée de ses connaissant ; il attache une corde à l'un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient éloigné de quelques pas, de peur d'en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l'autre bras à tenir de même ; et eux deux, en présence de toute l'assemblée, l'assomment à coups d'épée.
Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n'est pas, comme on pense, pour s'en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes ; c'est pour représenter une extrême vengeance. Et qu'il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s'étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d'une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusques à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens ici de l'autre monde, comme ceux qui avaient sexué la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu'eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu'elle devait être plu.s aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.
Je ne suis pas marri que nous remarquons l'horreur barbaresque qu'il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu'il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu'à le manger mort, à déchirer par tourments et par gênes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l'avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entré des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu'il est trépassé.
Chrysippe et Zénon, chefs de la secte stoïque ; ont bien pensé qu'il n'y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fut pour notre besoin, et d'en tirer de la nourriture ; comme nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville de Alésia, se résolurent de soutenir la faim de ce siège par les corps des vieillards, des femmes et d'autres personnes inutiles au combat. “ Les Gascons, dit-on, s'étant servis de tels aliments, prolongèrent leur vie. ”.
Et les médecins ne craignent pas de s'en servir à toute sorte d'usage pour notre santé ; soit pour l'appliquer au-dedans ou au-dehors ; mais il ne se trouva jamais aucune opinion si déréglée qui excusât la trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté, qui sont nos fautes ordinaires.
Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie.
Diderot Supplément au voyage de Bougainville « le discours du vieillard aux Tahitiens »
Le Supplément au voyage de Bougainville ou Dialogue entre A et B sur l'inconvénient d'attacher des idées morales à certaines actions physiques qui n'en comportent paraît en 1796 à titre posthume
« Pleurez, malheureux Tahitiens! Pleurez ; mais que ce soit de l'arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants : un jour, vous les connaîtrez mieux. Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voyez attaché à la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pend au côté de celui-là, dans l'autre, vous enchaîner, vous égorger, ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices; un jour vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu'eux. Mais je me console; je touche à la fin de ma carrière; et la calamité que je vous annonce, je ne la verrai point. O Tahitiens! mes amis! vous auriez un moyen d'échapper à un funeste avenir; mais j'aimerais mieux mourir que de vous en donner le conseil. Qu'ils s'éloignent, et qu'ils vivent. »
Puis s'adressant à Bougainville, il ajouta: « Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive : nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature; et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr ; vous vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? Orou!, toi qui entends la langue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me l'as dit à moi, ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal : « Ce pays est à nous ». Ce pays est à toi ! et pourquoi? parce que tu y as mis le pied? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : « Ce pays appartient aux habitants de Tahiti », qu'en penserais-tu?... Tu n'es pas esclave: tu souffrirais la mort plutôt que de l'être, et tu veux nous asservir! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi? Tu es venu; nous sommes-nous jetés sur ta personne? avons-nous pillé ton vaisseau? t'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis? t'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux? Nous avons respecté notre image en toi.
Laisse nous nos mœurs ; elles sont plus sages et honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons plus troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons. Sommes-nous dignes de mépris, parce que nous n'avons pas su nous faire des besoins superflus? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger ; lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vêtir. Tu es entré dans nos cabanes, qu'y manque-t-il, à ton avis? Poursuis jusqu'où tu voudras ce que tu appelles les commodités de la vie ; mais permets à des êtres sensés de s'arrêter, lorsqu'ils n'auraient à obtenir, de la continuité de leurs pénibles efforts, que des biens imaginaires. Si tu nous persuades de franchir l'étroite limite du besoin, quand finirons-nous de travailler ? Quand jouirons-nous ? Nous avons rendu la somme de nos fatigues annuelles et journalières la moindre qu'il était possible, parce que rien ne nous paraît préférable au repos. Va dans ta contrée t'agiter, te tourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer : ne nous entête ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques. »
17:10 Publié dans Séquence V L'Ingénu (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Fiche récapitulative
Séquence V : un conte libertin et satirique L’ingénu de Voltaire
Objet d’étude croisés : la question de l’homme – l’argumentation
Problématique : quelle stratégie argumentative se cache derrière la fiction ?
Fiche récapitulative sur les trois courants de pensée « traversés » pendant la séquence …
Les jésuites
L’homme est, pour eux, capable, en vertu de son « libre arbitre », de conquérir son salut : la dévotion, la pratique des sacrements et l’observance des rites permettent à l’homme d’être sauvé.
A chacun de construire, d’orienter sa vie. Dieu a accordé à tous sa grâce : l’homme est libre de déterminer son destin qui dépend de ses actions.
Mais, les Jésuites en étaient arrivés à proposer une « technique de salut » ! Il suffisait de pratiquer, de sacrifier à un formalisme théâtral et superstitieux, de craindre Dieu plutôt que de l’aimer ce qui mène à un reniement des vertus morales et des valeurs chrétiennes authentiques : une théologie et une morale mieux accordées aux idéaux et aux mœurs des puissants.
Les jansénistes (Abbaye de Port-Royal – 1709 destruction complète du monastère)
Cornélius Jansen (dit Jansénius) rédige l’Augustinus.
Le salut ne peut résulter que de la grâce, faveur gratuite et toute puissant de Dieu et non de l’effort et des mérites humains. Attribuer à l’être humain le pouvoir de se sauver, c’est nier l’omnipotence de Dieu. Dieu n’accorde sa grâce qu’à ceux dont il sait, par avance, qu’ils la mériteront.
Cette doctrine de l’élection divine ne tend pas à mettre un petit nombre d’hommes au-dessus des hiérarchies terrestres
La lutte entre les deux courants tourne autour :
* de la question de la grâce : l’homme a-t-il son salut entre ses mains ?
* de la question du péché :
Pour les Jésuites, pour qu’il y ait péché, il faut qu’il y ait conscience de celui-ci (la casuistique leur permet de faire la part du bien et du mal).
Pour les Jansénistes, les forces du Mal constituent une puissance redoutable face aux forces du Bien. Il faut donc lutter contre elles par la prière.
Les libertins
Le terme vient du latin « libertinus » qui qualifie l'état d'un homme affranchi, c'est-à-dire libéré de toutes les entraves, en particulier celles de l'esclavage.
Aujourd’hui, ce terme est synonyme de pratique de mœurs dissolues. Le sens est différent à l’origine (XVIème siècle) : il désigne de manière laudative une personne affranchie des conventions. Le libertinage est un mouvement de contestation des idées traditionnelles. Goût pour la réflexion indépendante, la tolérance, mépris pour les dogmatismes et les fanatismes : ce sont des hommes de raison et de réflexion.
Certains entamèrent une critique du christianisme, de ses preuves historiques, de ses institutions et de ses miracles : Hobbes, Locke, Bayle.
A l'époque de Molière, le mot a ce double sens et dans le cas du personnage de DJ, il a déjà le sens péjoratif, par exemple dans la bouche de Sganarelle (I, 2).
Le libertinage est un phénomène de classe : il est l'apanage d'une noblesse décadente
17:08 Publié dans Séquence V L'Ingénu (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Proposition de LA pour mademoiselle de Saint Yves et le jésuite
Séquence II : un conte libertin et satirique « L’ingénu » de Voltaire
LA possible pour l’extrait du chapitre XVI
« Elle rencontre un jésuite » du début à « …. cet amant infortuné »
I Le raisonnement du jésuite
1) Les étapes du raisonnement.
· Indignation et condamnation morale suite à l’exposé du dilemme de SY « Voilà un abominable pêcheur ! » exclamation indignée soutenue par présentatif « Voilà » et termes péjoratifs = condamnation claire et conforme à la morale religieuse
· Retournement complet à partir de la mention du nom : « Monseigneur » (terme appellatif respectueux utilisé pour des personnes éminentes même si pas de grande noblesse) : affirmation de son statut social vs partie narrative précédente = juste Saint Pouange (narrateur) + « c’est tout autre chose » = deux poids et deux mesures selon le rang social du « p^cheur » : introduction de la critique des jésuites car arbitraire et donc injustice. + retournement de la culpabilité = mise en cause de SY « Il faut que vous ayez mal entendu » = raisonnement spécieux qui entraîne une nelle conséquence non fondée sur un argument (ce n’est pas possible donc c’est une erreur de SY)
· Conseil final ≠ conclusion attendue d’un confesseur « je ne vous conseille rien » = prétérition qui révèle la lacheté et suivie de conseils implicites « vous serez utile à votre mari » (Prétérition = figure de style qui consiste à dire que l’on ne dira pas quelque chose alors justement qu’on le dit ex « Il est inutile de vous dire que …)
2) Etude du cas de conscience
· Casuistique : un raisonnement en apparence logique cf présence des connecteurs logiques « premièrement » , « deuxièmement » … pour présenter chaque argument + autres connecteurs qui les structure et les articulent « car, bien que, en effet, ainsi … » + présent de vérité générale « les actions ne sont pas une malice de coulpe… » = maxime généralisante + généralités « il faut toujours éviter », « rien n’est plus honnête, rien n’est plus pur… » Þ forme et apparence d’une logique mais une logique de mauvaise foi.
· « premièrement » introduit la démonstration en quatre étapes pour convaincre SY que adultère avec SP ≠ adultère.
o 1er argument = de moralité + jeu sur les mots + concession aux valeurs de SY « rien n’est plus honnête ». Neutralisation du sentiment amoureux, jésuite lui substitue une opposition d’appellation : amant = mondain vs mari = honnête Þ offenser dieu dans la parole et non dans les actes = déplacement du problème + dieu préfère un mensonge.
o 2nd argument = syllogisme = Huron pas vraiment son mari or péché d’adultère = tromper son mari donc pas de péché d’adultère. Þ argument qui se fonde sur la loi religieuse et la détourne pour arriver à une fausse conclusion : pas de mari, pas d’adultère + « commettriez » = conditionnel qui laisse à SY l’illusion qu’elle a encore un choix possible, qui lui revient.
( syllogisme = raisonnement spécieux qui se fonde sur une apparence logique cf « Tous les hommes sont mortels. Or Socrate est un homme, donc Socrate est mortel » mais « Tout ce qui est rare est cher. Or un cheval bon marché est rare, donc un cheval bon marché est cher. »)
o 3ème argument = se fonde sur la « morale » jésuite = il n’y a pas de péché si il n’y a pas d’intention de pécher + la pureté de l’intention efface la faute « rien n’est plus pur » + personnalisation ce ce précepte « votre mari »
o 4ème argument = argument par l’exemple + argument d’autorité : convocation de la parole d’un père de l’église Saint Augustin : histoire similaire à celle de SY, la femme commet l’adultère « SA approuve fort sa généreuse résignation »
3) Les limites de ce discours : convaincre une femme honnête que pêcher n’est pas pêcher conduit le jésuite à des incohérences
· argumentation qui ne peut reposer que sur des sous entendus hypocrites, ne peut révéler son but réel cf adultère = « péché énorme qu’il faut toujours éviter » mais glissement vers le compromis jésuitique « autant qu’il est possible » + caractère sournois de la casuistique : « le fera mettre dans le gîte où est à présent la chère personne … » = longue périphrase pour ne pas nommer la Bastille Þ discours « jésuite » ne peut nommer la réalité, utilise des circonvolutions et des détours : faire enfermer un homme à la bastille = dévoilerait le véritable but des jésuites.
· Une argumentation qui déforme et tord la réalité au point de se contredire et devient incohérente cf 4ème argument la conclusion de l’apologue ( de l’histoire racontée) contredit l’argument en faveur de l’adultère « Il est vrai que le vieux richard la trompa » = mari pendu alors que la femme avait sacrifié sa vertu.
La construction du discours du jésuite vise à convaincre logiquement, mais aussi à persuader, le personnage d’agir en fonction d’une morale pervertie, contraire aux valeurs religieuses. La dimension satirique s’appuie sur cette casuistique pour en montrer les effets déviants et néfastes.
II Dimension satirique
1) Dilemme et pathétique = les valeurs morales de SY + dimension romanesque qui parasite le tragique.
· SY = la figure de la vertu. Représente la fidélité, le respect de la parole donnée, respect des valeurs religieuses et de la conduite vertueuse prônée par l’église : « celui qu’elle devait épouser légitimement » + lexique de la vertu outragée « belle et désolée », sentiment religieux « elle avait une répugnance horrible. + « la pauvre fille » : antéposition de l’adjectif = caractère pitoyable qui invite le lecteur à compatir. + prise dans un dilemme tragique qui met en opposition deux valeurs et choix impossible car perte inévitable quelque soit le choix : sacrifier sa vertu / sacrifier son amour. Evocation de la mort pour résoudre le dilemme = appartient au tragique « s’il ne s’agissait que de sa propre vie, elle la sacrifierait plutôt que de succomber » = la mort plutôt que le déshonneur
· Mais répétitions hyperboliques qui finissent par faire sourire car redondances : tombe dans le pathétique au lieu de tragique (cf dimension romanesque du conte et satire des romans « larmoyants » à la mode ex : La Nouvelle Héloïse de Rousseau). Répétitions dévoilent l’ironie « je suis perdue quoique je fasse », « malheur/honte », « amant enseveli tout vivant/indigne de vivre » « je ne puis le laisser périr/ je ne puis le sauver » = antithèses qui répètent les stéréotypes tragiques = l’impuissance devant un choix à l’issue malheureuse inéductable. Cf tentation finale qui résume le piège tragique = seule issue, sa mort comme délivrance mais raisonnement absurde car si elle meurt vertueuse, le huron reste en prison.
2) La condamnation satirique du rôle social des jésuites et de leur collusion avec les classes sociales dirigeantes
· Déviation de leur rôle religieux. TàT n’est pas une aide pour la vertu (rôle du confesseur) : « son bon confesseur », « douces paroles » = adjectifs ironiques. + effet sur SY contraire de consolation « corruption égale entre « discours du jésuite » et « propositions du ministre » Þ SY « effrayée », « éperdue », provoque la peur et la douleur.
· Incitation à la délation et participation à la persécution : « Vous devriez bien me dire le nom », puis « à coup sûr quelque janséniste » = ennemi des jésuites, doit être emprisonné. Tout à tous = un espion qui viole le secret de la confession pour éliminer les « opposants » à son ordre : « je le dénoncerai » + évocation de le puissance politique et de l’influence auprès du roi des jésuites : « le P de la Chaise qui le fera mettre (en prison) ». Substitution de la logique de la délation à celle de la justice.
· Soumission aux puissants et au pouvoir temporel cf portrait élogieux de SP : d’abord intouchache car relation familiale glorieuse « cousin du plus grand ministre que nous ayons jamais eu » ( = Louvois) : superlatif + négation absolue « jamais » = flatterie excessive et ironie de Voltaire. Puis qualification « bon chrétien, homme de bien » cf double sens « de bien » = honnête, de valeur, mais aussi qui possède des biens. Et conclusion du jésuite « il ne peut avoir une telle pensée : logique inversé, ce sont normalement les actes qui font le bon chrétien, ici, c’est le statut social.
3) La manipulation du langage par la casuistique conduit à un mode de pensée illogique et perverti : la religion sort de son rôle et justifie le vice.
· Ds 4ème argument : reprise approximative « un pauvre homme ne pouvant payer à César ce qui appartenait à César » d’une maxime des Evangiles « il faut rendre à César ce qui appartient à César ». Sens de cette maxime = la religion est souveraine dans le domaine religieux, mais pas dans le domaine politique (César) Þ séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel = une des règles théoriques de l’église. Ici, démonstration de l’inverse + « où il n’a rien, le roi perd ses droits », autre maxime qui contredit la justesse la première Þ incohérence des références : discours devient absurde à force de tout mélanger. + illogisme : SP devient dans l’exemple « un vieux richard » = dévalorisation contraire à l’argumentation de TàT SP « honnête homme »
· « Autodérision » ironique : « Quand un jésuite vous cite SA, il faut que ce saint ait pleinement raison » : reconnaissance implicite que la casuistique utilise les arguments en fonction de son intérêt et non selon leur valeur « réelle » d’exemplarité.
· Dernière phrase du jésuite « je prierai dieu pour vous, et j’espère que tout se passera à sa plus grande gloire » = adultère comme servant la gloire de dieu : renversement des valeurs
Eléments pour une conclusion
Ø Discours du jésuite comme exemple satirique de la logique casuistique : vise à convaincre = présente de manière en apparence rationnelle un argumentaire construit et à persuader = manipulation du langage, hypocrisie. Dimension critique : perversion des rôles des religieux et des valeurs. Jésuites apparaissent comme liés au pouvoir temporel, habitués à flatter la morale douteuse des gens de cour et à substituer leur intérêt à ceux de la vertu qu’ils devraient défendre.
Ø Le pathétique lié au personnage de SY = « où quand la vertu tue » héroïne « tragique » mais support de l’ironie voltairienne
Ø Dimension satirique religieuse et romanesque
Ø Ouverture : la scène de la mort de SY / sa fonction romanesque = support de la thématique amoureuse dans le conte / support de la dimension critique = les mœurs des gens de cour = la corruption plutôt que la justice // fim de P. Leconte « Ridicule » : le comte de Malavoy pour obtenir les moyens de sauver les paysans de sa province devra faire preuve de « bel esprit » : un bon mot pour pouvoir agir avec justice = disproportion qui marque l’incohérence des décisions politiques. / chapitre IX : la critique du pouvoir : décisions prises par des commis plus occupés à satisfaire leur « relation amoureuse » qu’à recevoir et écouter les préoccupations « réelles »
17:07 Publié dans Séquence V L'Ingénu (OI) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


